Posts tagged ‘trumpeldor’

mars 19, 2012

Tel Aviv. Février-mars 2012. 4/6

 

26 février 2011. Les massacres de Jaffa de mai 1921 furent provoqués par l’exaspération des Arabes face au développement soutenu de Tel Aviv la voisine, cinq jours d’émeutes qui firent quarante-neuf victimes juives. Suite à ces violences, la population juive de Jaffa passa de 12 000/13 000 habitants à 5 000 habitants ; de nombreuses entreprises juives commencèrent à déménager vers Tel Aviv.

 

Pinhas Rutenberg (1879-1942) apporta la fée électricité à Tel Aviv, le 10 juin 1923. Ce jour-là, il fut porté en triomphe. Ci-joint, en lien, une notice biographique éditée par Jewish Agency for Israel :

http://www.jewishagency.org/JewishAgency/French/Jewish+Education/Israel+et+Sionisme/Portraits/Pinhas+Rutenberg.htm

A ce propos, j’ai connu deux ingénieurs juifs, survivants des KZ aujourd’hui décédés, qui eux aussi apportèrent la fée électricité : Benjamin Rapoport dans les campagnes françaises et en Algérie, Jacques Stroumsa dans le monde entier à commencer par Jérusalem.

 

Tel Aviv devint vraiment une ville avec la cinquième aliya, commencée en 1933 et provoquée par les poussées antisémites en Europe centrale et orientale. La population de Tel Aviv passa de 48 000 habitants en 1929 à 150 000 habitants en 1936. Cette aliya apporta par ailleurs avec elle d’importants capitaux qui furent essentiellement investis à Tel Aviv. En 1936, la ville commença à s’équiper d’un port. Ainsi ne dépendrait-elle plus du port de Jaffa que les Arabes bloquaient avec une grève générale, destinée à protester contre la politique britannique, grève qui précéda de peu la Grande Révolte arabe (1936-1939). Jaffa était alors le principal centre urbain arabe du pays. Les violences de 1921 et de 1936-1939 accélérèrent donc le processus de divorce entre Jaffa et Tel Aviv. La municipalité de Tel Aviv désirait depuis longtemps mettre fin à sa dépendance envers Jaffa quant à la collecte des taxes et aux services. L’une des conditions essentielles à la mise en place d’une administration et d’une fiscalité indépendantes devint effective en octobre 1927, lorsque la puissance mandataire délimita la zone municipale de Tel Aviv, lui conférant une totale autonomie. Ainsi, Tel Aviv faubourg de Jaffa devint-elle une ville à part entière.

 

Un guide incontournable pour l’amoureux d’un style dont Tel Aviv est la meilleure représentante au monde : ‟Bauhaus Tel Aviv, an Architectural Guide” de Nahoum Cohen.

 

Tout le monde est très couvert bien que la température avoisine les 20° C. Il est vrai que le ciel est lui aussi couvert… Étrange impression : en remontant une rue arborée, je me revois à Pondichéry, sur cette belle place aux arbres puissants et aux constructions basses, blanches, harmonieuses, lourdes de nostalgie. C’est probablement le dessin des branches qui me ramène à Pondichéry où je me revois dans le petit bar de cette place de Government Park à siroter des Ricard, une boisson que je n’apprécie guère mais qui, là-bas, avec la diète indienne, des semaines de thé, de trains et de chemins de poussière me transportait au septième ciel. La plus grande richesse du voyage est bien cette vertigineuse saveur que met en nous la réminiscence : aujourd’hui, Pondichéry et, hier, Athènes Government Park pour la saveur des pains au sésame.

 

Rothschild Street, avec terre-plein central pour la promenade, comme en Espagne ! Ces beaux arbres au feuillage vernissé protègent le promeneur sous les plus fortes chaleurs. Au 133, une plaque : ‟City engineer (de 1929 à 1950) father of the ‟White City” Yaakov Ben-Sira lived in this house”. Les encorbellements de Tel Aviv, tous en ciment, qu’ils soient anguleux ou arrondis, et les arbres au système veineux très apparent contribuent pour beaucoup au caractère de la ville. J’aurais tant aimé vivre dans cette ville dans les années 1920-1930. La belle construction Art Déco, à l’angle de Rothschild Boulevard et de Balfour Street, avec ses balcons en ferronnerie inhabituels à Tel Aviv. Balfour Street, une menorah métallique couronne un château d’eau ; elle est faite de simples barres de fer comme on en utilise pour armer le béton.

 

Le style international Bauhaus, hautement fonctionnel, avait entre autres avantages celui de minimaliser les coûts de construction, de suppléer dans une certaine mesure à la pauvreté des matériaux et de proposer une grande variété de formes à partir de propositions simples. Ce style conçu en Europe centrale (en 1919, à Weimar) est particulièrement adapté au climat méditerranéen, avec ses toits en terrasse et ses vastes balcons qui prolongent les intérieurs.

 

Déception : le Museum of the Irgun Tzvai Leumi est fermé, ainsi que le Jabotinsky Institute in Israel installé dans le même bâtiment. Arrêt chez M. Pollak (36 King George Street) : des alignements et des amoncellements de livres aux couvertures fatiguées et dans presque toutes les langues d’Europe. Une fois encore, j’aimerais connaître l’histoire de chacun de ces livres, leur parcours, les mains et les regards qu’ils ont rencontrés. Le libraire me parle dans un français parfait, puis à un autre dans un anglais non moins parfait avant de passer à l’allemand puis à l’hébreu. L’hébreu dont je ne peux même pas tirer un son de la moindre lettre ! Le voyage c’est aussi cela, éprouver sa terrible limitation même quand on est trilingue. Les livres en français sont nombreux et de grande qualité. J’emporterais volontiers quelques Gaston Bachelard et Léon Poliakov, mais je ne puis charger ainsi mes valises. Je repars avec un ‟Que sais-je ?” : ‟Le judaïsme moderne” de Maurice-Ruben Hayoum, un homme à la culture encyclopédique, un authentique pédagogue. Dès la première page de ce petit livre, le lecteur est confronté à la Geistesgeschichte, juive en l’occurrence.

 

La librairie du 36 King George Street est située devant l’un des rares espaces verts de Tel Aviv centre, le Gan Meir Park (trois hectares), à peu de distance de la maison de H.N. Bialik. Ce manque d’espaces verts ne porte pas vraiment préjudice à la ville dont les nombreux boulevards, avenues et rues sont bordés d’arbres magnifiques. Je sais déjà que les arbres de Tel Aviv occuperont une place essentielle dans mes souvenirs.

 

Assis sur un banc du Gan Meir Park, le premier jardin public de la ville, inauguré en 1944 et ainsi nommé en hommage à Meir Dizengoff. J’entends une fois encore le russe autant que l’hébreu, un peu l’anglais et le français. J’ai surtout entendu le français sur le front de mer, avec ce sympathique accent pied-noir. En 1934, Nahum Sokolov décrivait la Tel Aviv Promenade comme plus belle que la Côte d’Azur et la Riviera ligure. Aujourd’hui, la Tel Aviv Promenade est déprimante sur sa portion nord mais elle embellit à mesure que l’on se rapproche de Jaffa, avec ces vastes dégagements gazonnés et ces immeubles dans lesquels se reflète le ciel.

 

J’apprends par un guide que H.N. Bialik avait fait planter dans son jardin les sept espèces de fruits bibliques (citées en Deutéronome 8,8) : le froment, l’orge, le raisin, la figue, la grenade, l’olive et la datte. Et tout en marchant dans cette ville, je pense à cette coutume juive qui veut qu’on laisse sa maison inachevée afin de commémorer la destruction du Temple. J’ai cherché des traces de cet inachèvement et je ne suis pas certain d’en avoir trouvées. J’ai toutefois appris par Yaacov Shavit que sur la façade de la Maison du Palmier (1922), on a pris soin de ne pas enduire quelques pierres, précisément en souvenir de la destruction du Temple. De nombreux immeubles années 1930 sont construits sur pilotis (en béton armé), ce qui permet de ménager de l’espace pour la végétation mais surtout pour y garer les voitures. Les cages d’escaliers saillantes avec emploi de blocs de verre sont l’une des caractéristiques de certains quartiers.

 

Sur Ben-Yehuda Street. En enseigne, Joseph Trumpeldor.

 

Une surprise ! Au 15 Ben-Yehuda Street, un café-bar avec, au-dessus de l’entrée, une photographie de Joseph Trumpeldor (celle que j’avais mise en ligne sur ce blog, le 26 décembre 2011, dans l’article ‟Les Subbotniks”). Je ne tarde pas à constater que la rue adjacente porte le nom de ce héros de l’État d’Israël. Arrêt au Café Michal, à l’angle de Dizengoff Street et de Jabotinsky Street : une sympathique ambiance française. Le garçon me demande d’où je viens. D’Espagne ! Ce pays semble fort prisé par nombre d’Israéliens.

(à suivre)

http://zakhor-online.com/?p=3157

 

Étiquettes : , ,
mars 6, 2012

Portrait de Joseph Trumpeldor par Jabotinsky

A l’occasion du « Yom Tel-Haï » – la journée du souvenir des héros de Tel-Haï – qui était commémorée hier en Israël, je publie ce portrait de Trumpeldor par Jabotinsky, extrait de L’Histoire de ma vie. Il est agréable de constater que, malgré le temps écoulé et des années de propagande post-sioniste, le souvenir de Trumpeldor est bien vivant en Israël aujourd’hui… Tel-Haï! P.I.L

 

Je le trouvai chez lui : avec sa physionomie d’homme du Nord, si je l’avais rencontré dans la rue je l’aurais peut-être pris pour un Ecossais ou un Suédois. Sa taille était plus élevée que la moyenne ; mince, les cheveux couleur d’écorce et courts, peignés avec l’attention d’un homme ordonné et modeste ; sans barbe ni moustache ; les lèvres pâles et minces, arborant un sourire tranquille. Il parlait un russe limpide, même s’il était légèrement atteint de cette maladie de la langue « chantée » à laquelle les habitants d’Eretz-Israël ont du mal à échapper. Son hébreu s’écoulait goutte à goutte, lentement, pauvre en vocabulaire mais cependant précis ; une fois je l’entendis essayer de parler yiddish – le yiddish des monts du Caucase ? Crainte et frisson… Son niveau culturel pourra peut-être être décrit en utilisant le mot de « maskil », dans son ancienne acception, celle de la génération d’autrefois : c’était un érudit, instruit en littérature russe, connaissant des œuvres que je n’ai jamais feuilletées de ma vie : livres de droit, de morale et de recherche, écrits par des auteurs russes célèbres il y a deux générations, dont le souvenir est oublié depuis l’aube de notre époque, comme Potebnia et d’autres du même genre ; mais il les avait lus et n’avait pas oublié le contenu de ses lectures. Jusqu’à ce jour, j’ignore s’il faisait partie de ceux que nous avons la détestable habitude de qualifier, selon notre concept juif, du nom de « sagaces ». Peut-être pas.

 

Jabotinsky et un groupe de Betarim sur la tombe de Trumpeldor

 

Toutes sortes d’épices, toutes sortes de persils, d’herbes amères et de ‘harrosète, de baume de Gilad et d’oignon d’Espagne se mélangent chez nous, dans la combinaison de ce concept – le scepticisme, la suspicion, une malice bon marché et la capacité à rendre courbe toute ligne droite, jusqu’à ce que la tête avale la queue. Tout cela était absent de sa personnalité. Par contre, je trouvai chez lui un œil capable de distinguer ce qui est blanc de ce qui est noir ; un sens de l’humour charmant et léger, sachant distinguer l’essentiel de l’accessoire. Mais, même de l’essentiel, il savait parler avec des mots simples, sans cette rhétorique artificielle qu’on ressentait parfois dans ses lettres : il parlait comme un homme « lucide », avec sérénité, sans émotivité ni pathos ; et sans employer non plus d’insultes – il n’avait pas voulu les apprendre à la caserne russe. Je dois avouer à ma honte éternelle (même si je ne regrette rien et n’ai pas l’intention de surmonter ce défaut), qu’à cet égard, mon registre de langage en russe diffère du sien comme l’enfer de la pureté et que je ne parvenais pas toujours à réfréner mon instinct, lorsque j’exprimais la profondeur de mes sentiments devant lui : il m’écoutait avec le même rire empli d’indulgence, sans colère, mais sans m’imiter. Je n’ai jamais entendu dans sa bouche la moindre insulte, sinon, peut-être, celle-ci : « Quel vaurien ! » Il affectionnait particulièrement ces deux mots d’hébreu : « Ein davar » (cela ne fait rien). On raconte qu’il est mort avec ces mots aux lèvres, cinq ans plus tard.

 

 

Avec un seul bras, il faisait plus de choses que ce que font et feront la plupart des hommes avec leurs deux mains. Sans aide extérieure, il se lavait, se rasait et s’habillait, faisait ses lacets, cousait des pièces aux coudes de ses habits, coupait son pain ; j’ai entendu dire qu’en Eretz-Israël il était considéré comme un des meilleurs laboureurs, et par la suite, à Gallipoli, comme un des meilleurs cavaliers et des meilleurs tireurs. Sa chambre était rangée avec un ordre exemplaire – tout comme ses pensées. Tout son comportement était empreint de calme et de générosité ; depuis longtemps il était végétarien, socialiste et détestait la guerre – mais il ne faisait toutefois pas partie de ces pacifistes qui sont assis les bras croisés, pendant que d’autres se battent pour eux.

 

EXTRAIT DE L’HISTOIRE DE MA VIE, EDITIONS LES PROVINCIALES

 http://vudejerusalem.20minutes-blogs.fr/archive/2012/03/06/portrait-de-joseph-trumpeldor-par-jabotinsky.html

Étiquettes : , ,
mars 6, 2012

Joseph Trumpeldor, le Lion de Tel-Haï

TRUMPELDOR.jpg

Il y a exactement 92 ans, Joseph Trumpeldor tombait, avec sept de ses compagnons d’armes, lors des combats pour la défense de la localité juive de Tel Haï, en Galilée. C’était le 11 Adar 1920, 1er mars. Sa bravoure est devenue légendaire et on raconte qu’avant de rendre l’âme, il a déclaré dans un dernier souffle : « Qu’il est bon de mourir pour sa patrie ». Un monument a été érigé en sa mémoire en 1934 à Tel Haï, représentant un lion rugissant. L’histoire de Trumpeldor est assez impressionnante et jusqu’à aujourd’hui, il est resté le symbole de l’héroïsme juif. Joseph Trumpeldor est né à Pyatigorsk en Russie, dans la région du Caucase. Engagé volontaire dans l’armée russe en 1902, il a pris part à la guerre russo-japonaise et a perdu son bras gauche au cours des combats.

 

Après des études de Droit à l’université de St Petersbourg, il décide en 1912 d’émigrer en Palestine, alors soumise au joug de l’empire ottoman, et s’installe dans un premier temps dans le Kibboutz de Degania. Lorsque la première guerre mondiale éclate, Trumpeldor, en tant que sujet et officier russe, s’exile en Egypte. C’est là qu’il rencontre Zeev Jabotinsky qui lui demande de militer à ses côtés pour former une unité de combattants volontaires juifs qui se mettraient à la disposition des forces britanniques et participeraient aux efforts de guerre pour libérer la terre d’Israël de toute présence étrangère. Après de nombreux échecs, la Légion Juive voit enfin le jour en 1917.

Au cours des années qui ont suivi, Trumpeldor a œuvré sans relâche en faveur du repeuplement de la terre d’Israël. En 1920, Trumpeldor a trouvé la mort lors d’affrontements avec des Arabes qui avaient pénétré à l’intérieur de Tel Haï, qu’il défendait avec ses camarades.

TEL HAI.jpg
Dans une lettre adressée à son frère Shmouel en 1911, il a écrit ces mots quasiment prophétiques : « Si une guerre éclate en terre d’Israël, on me désignera certainement pour commander des troupes bien que je me contenterais aisément de servir comme simple soldat. Nous serons là bas à la maison et non chez des étrangers. Je suis convaincu qu’un jour viendra où, las et fatigué, je regarderai avec joie et allégresse mes champs à moi, dans mon pays à moi. Et personne ne me dira : Va-t-en, moins que rien, tu es étranger sur cette terre. Mais si quelqu’un me parle ainsi, je défendrai avec la force et le glaive mes champs et mes droits. Et si je tombe au combat, je serai heureux, je saurai pour quel cause je tombe ».

C. DANA PICARD

NB C’est en l’honneur des huit morts de Tel-Haï qu’est nommée la ville de Kyriat Shemona, en Haute Galilée.
TEXTE REPRIS DU SITE AROUTS SHEVA

Étiquettes : , ,