Posts tagged ‘TEL AVIV’

avril 15, 2012

Tel Aviv, 5e ville abritant le plus de start-up au monde

Malgré le handicap de sa taille, Tel Aviv reste néanmoins l’un des leaders en matière de start-up et s’annonce comme une ville clé du développement mondial.

Selon le projet Startup Genome, qui cartographie les clusters les plus importants au monde, Tel Aviv en cinquième position, se place devant Los Angeles et Bangalore en terme de nombre de start-ups. 1. Silicon Valley, 2. New York, 3. Londres, 4. Toronto, 5. Tel Aviv. Paris figure à la 11ème place.

Israël occupe la 5ème place dans la liste internationale des écosystèmes de start-ups, selon une étude effectuée dans le cadre du projet Startup Genome, réalisé par les entrepreneurs Bjoern Herrmann, Max Marmer et Ertan Dogrultan. En première place se positionne sans grande surprise la Silicon Valley et notamment les villes de Palo Alto, San Francisco, San Jose, et Oakland. En deuxième position se situe la mégalopole de New York qui devance les villes de Londres et Toronto, respectivement, en 3ème et 4ème position. Tel Aviv arrache donc la 5ème place à Los Angeles et à l’indienne Bangalore, devançant des villes comme Singapour en 7ème place ou Moscou, qui occupe la 10ème position. […]


Selon cette étude, le succès d’une start-up est dépendant des critères suivants : les décisions prises quant à l’élaboration du produit proposé (construction de prototypes, tests sur les premiers clients), le caractère satisfaisant du produit, le recrutement d’employés, l’élaboration du modèle d’entreprise, et l’investissement dans le marketing et les ventes.

Malgré le handicap de sa taille, Tel Aviv reste néanmoins l’un des leaders en matière de start-up et s’annonce comme une ville clé du développement mondial.

Lionel Yrhi

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mars 24, 2012

Tel Aviv. Février-mars 2012. 6/6

by Olivier YPSILANTIS


Il y a peu d’espaces verts à Tel Aviv mais il y a beaucoup d’arbres, et de très beaux arbres avec chacun une individualité marquée. Il y a peu d’espaces verts dans le centre-ville mais en remontant vers le nord, on parvient aux berges du fleuve Yarkon aussi verdoyantes que celles de la Garonne à Toulouse avec sa Prairie des Filtres.

 

La ville devient de plus en plus moderne à mesure que l’on remonte vers le nord, une particularité qu’explique son développement sud → nord, à partir de Jaffa. Je me dirige vers le nord et regrette déjà le sud, les quartiers limitrophes de Jaffa, Florentine surtout, si riches d’odeurs et de parfums, qui me replacent dans ces quartiers périphériques d’Athènes, vers Éleusis surtout. J’en aime le caractère méditerranéen oriental. Bien-être total, adhésion à tout ce qui m’entoure, à une ambiance précise mais difficile à définir. Le guide touristique mentionnerait ‟rien de remarquable”, et pourtant…

 

Trumpeldor cemetery. Photographie prise du trentième étage de la Isrotel Tower

 

2 mars 2012. Rue Joseph Trumpledor, le cimetière, dense et minéral, une pierre plutôt claire. De rares inscriptions en caractères latins. Au dos d’une stèle : Annabella Shepherd from Cardiff England. Plus loin, deux dates qui délimitent une vie : 29 – II – 1958 et 29 – X – 2002. Côte-à-côte : Rebecca Mizrahi 1891-1943 et Simon Mizrahi 1884-1927. Et à quelques pas : Lewis W. Nagley of Leeds England Died on the 27th April 1921 in his 50th year May his soul rest in everlasting peace. Pas de fleurs, de ces fleurs qui s’imaginent embellir les cimetières et qui ne font que les enlaidir. Et pas d’images. Rien que la beauté de cette antique écriture. Sur quelques rares sépultures, l’étoile de David. Plus rares encore, ces deux mains ouvertes qui se touchent en symétrie par le pouce et l’index et des Menorah. Ici et là, posés sur la pierre, des cailloux du souvenir — de la prière. Tout en déambulant dans ce cimetière, je ne cesse de penser ‟Peuple du Livre” : chacune de ces sépultures est comme un livre fiché en terre. A ma grande surprise, je finis par découvrir à l’autre bout de ce dense périmètre quelques discrets portraits, des médaillons ovales, des photographies en noir et blanc imprimées sur céramique. Une imposante sépulture (peut-être la plus imposante de ce cimetière) où des cailloux ont été déposés en grand nombre : Professor Doktor Hirsch Perez Chajes Oberrabbiner der Israelitischen Kultusgemein Wien. Sur une stèle, une lyre en bas-relief. Et sur deux ou trois autres, gravé ou en ronde-bosse, un arbre — un olivier ? — au tronc sectionné.

 

Nahum Gutman. Une vision de Tel Aviv à ses débuts, une métropole née de rien, ou presque, il y a à peine un siècle. A gauche, on devine la ville arabe, Jaffa. Et cette longue construction blanche pourrait être le lycée Herzliya dont il a été question dans un précédent texte. Dans cette vision rêvée, l’artiste a placé les débuts de Tel Aviv à bonne distance de Jaffa.

 

Au Musée Nahum Gutman. Ce que je préfère dans cette œuvre très variée ce sont les petits dessins à la plume ou au crayon sur des bouts de papier jauni qui décrivent des scènes de la construction de Tel Aviv, dans les années 1930 et 1940, comme ces ouvriers pavant une rue ou travaillant sur des échafaudages, avec des dromadaires porteurs de matériaux de construction. Outre ces petits croquis, précieux documents sur la naissance d’une ville qui ne peut être comparée à aucune autre, j’apprécie les illustrations pour livres d’enfants qui constituent une part importante de son œuvre. La belle esquisse pour la couverture de ‟In the Land of Lobengulu King of Zulu”. Et j’allais oublier les scènes balnéaires, avec mamans et enfants, et portuaires, avec dockers. Dans l’atelier de l’artiste je remarque une monographie sur Dufy, ce qui ne me surprend guère : j’avais pensé à lui devant certains dessins de Nahum Gutman.

 

Le Musée Nahum Gutman est situé dans le plus charmant et l’un des plus anciens quartiers de Tel Aviv, Neve Tzedek, limitrophe de Florentine. On devine dans ces petites maisons basses une discrète influence turque. Sur le front de mer, une mosquée au pied de l’énorme hôtel David Inter-Continental. Une caractéristique de Tel Aviv : de grandes cages installées dans l’espace public pour le recyclage des bouteilles en plastique. On pense à un concept, aux Accumulations d’Arman. Tel Aviv et ses jus de fruits ! Tel Aviv et ses pains ! Tel Aviv et ses arbres ! La boulangerie-pâtisserie Stern Street 8 dans le quartier de Florentine ! Les gâteaux sont présentés dans de grands bacs en fer blanc et coupés à la demande. Les petits gâteaux triangulaires, en vrac, pour fêter Pourim, les oreilles d’Haman.

 

Dans les rues, quelques affiches rappellent la mort d’Avraham Stern, il y a soixante-dix ans (1942-2012). J’apprends par une plaque commémorative devant la Grande Synagogue sur Allenby Street que ce lieu de culte servait de cache d’armes au LEHI, une cache que les Britanniques découvrirent au cours de la ‟Great Curfew”, le 3 juillet 1946.

 

Avraham Stern (1907-1942)

 

Le Musée du LEHI est organisé autour de la chambre où fut assassiné son chef, le 12 février 1942, par les policiers britanniques. Le pot à lait caché au cours de l’été 1941, rue Dizengoff, et redécouvert en 1958 avec, à l’intérieur, des centaines de documents couvrant la période d’avril 1937 à juillet 1941, parmi lesquels des lettres de Jabotinski. La scission au sein de l’Irgoun à propos de l’opportunité d’un cessez-le-feu. La plate-forme idéologique du LEHI formulée par Avraham Stern (Yaïr), en 1941. Ses dix-huit points. La partition de la Palestine telle que la proposait ‟The Peel Commission”. Avraham Stern, figure centrale de l’Irgoun, notamment dans son aide apportée à l’immigration clandestine. Geula Cohen, la voix du LEHI. Une reconstitution dans le musée : Moshe Barazani (du LEHI) et Meir Feinstein (de l’Irgoun) se suicident en prison, avec une grenade cachée dans une orange, afin d’éviter le déshonneur de la pendaison, une histoire qui a tant ému Menahem Begin qu’il demanda à être inhumé à côté d’eux sur le Mont des Oliviers. ‟The Burma Road” (1948). L’attaque contre la prison de Saint Jean d’Acre (4 mai 1947). L’assassinat de Lord Moyne (6 novembre 1944). L’assassinat du comte Bernadotte (17 septembre 1948), justifié d’un certain point de vue, le Plan Bernadotte rendant impossible la vie d’un État juif. Ci-joint, ‟The Bernadotte Plan” présenté par Jewish Virtual Library :

http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/History/bernplan.html

 

Ci-joint, un très riche lien sur le Groupe Stern et l’Irgoun de Roland Gaucher :

http://www.theatrum-belli.com/archive/2010/11/02/terrorisme-le-groupe-stern-et-l-irgoun.html

 http://zakhor-online.com/?p=3215

 

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mars 22, 2012

Tel Aviv. Février-mars 2012. 5/6

by Olivier YPSILANTIS

 

A Shaul Sapir, un ancien du Palmach, en amical souvenir.

 

Redisons-le, Tel Aviv se développa exclusivement par le biais de l’entreprise privée, sans aide de la puissance mandataire et du trésor national. Cette particularité doit rester présente à l’esprit de celui qui marche dans cette ville à l’histoire si profondément originale.

 

Un timbre en hommage au Eden Cinema, un édifice emblématique de l’histoire de Tel Aviv.

 

Le cinéma Eden et ses six cents places. C’est dans cette salle que fut projeté, le 30 mai 1930, le premier film parlant à Tel Aviv. A ce propos, les films parlants (diffusés dans des langues étrangères) étaient considérés comme dangereux car ils contrariaient la diffusion de l’hébreu à une époque — les années 1930 — où cette langue s’efforçait de supplanter le yiddish, son principal concurrent considéré par ailleurs comme la langue de l’exil.

 

27 février 2012. J’écoute l’hébreu, une langue qui se forme dans les profondeurs de la gorge bien plus que dans la bouche ou sur les lèvres. C’est la langue orale par excellence, la langue de la vie donc, une langue faite pour le chant et la psalmodie. L’oral serait-il la vie ? Et l’écrit serait-il la mort ? L’encre est obscure. Maurice-Ruben Hayoum écrit dans le ‟Que sais-je ?” acheté sur King George Street : ‟La compilation de la littérature talmudique avec sa notoire complexité répondait à un besoin précis : dans un univers religieux où l’on a même préconisé apparemment un interdit d’écriture, le fait de consigner par écrit le Talmud, véritable mémoire multi-séculaire du penser et du vécu juifs, constituait en soi un acte révolutionnaire. Comme le notait Salomon Maïmon dans son ‟Autobiographie”, les maîtres-d’œuvre de cette immense compilation ont préféré transgresser une seule loi, l’interdit d’écriture, dans le but de sauver toutes les autres ordonnances religieuses.”

 

28 février 2012. Après 1932, le carnaval de Pourim fut désigné sur la proposition de Samuel Joseph Agnon sous le nom ‟Adloyada” , un nom inspiré de ce passage du Talmud où il est question de boire jusqu’à ne plus distinguer entre maudit soit Haman et béni soit Mordechai. Haman : l’ennemi numéro un du peule juif qui avait envoyé des décrets dans tout l’Empire perse par lesquels il ordonnait de tuer tous les Juifs sans distinction d’âge et de sexe ; mais survint le miracle de Pourim, incarné par la reine Esther et Mordechai. I am Mordechai a very good Jew, / You know me and love me and I love you. / I am a descendant of the Great King Saul, / I made wicked Haman cringe and crawl…

 

Une image de Pourim contenue dans la riche galerie d’images mise en ligne par JSSNews : http://jssnews.com/2012/03/09/pourrim-2012-les-photos/

 

Le premier carnaval de Pourim new wave eut donc lieu à Tel Aviv, en 1912, sous l’impulsion du professeur d’arts plastiques Abraham Aldema qui enseignait dans le plus ancien lycée de Tel Aviv, le Gymnasium Herzleya, un nom donné en hommage à Theodor Herzl. Abraham Aldema prônait les vertus éducatives de l’optimisme et de la fête.

 

L’histoire de ce lycée est inséparable de l’histoire de Tel Aviv, elle est même centrale. En 1962, cette construction emblématique (et fort belle) devenue exiguë et en mauvais état fut détruite. La Shalom Meir Tower (1963-1965) s’élève sur son emplacement. Elle fut longtemps la plus haute construction du Moyen-Orient. Le lycée de Tel Aviv est le premier établissement secondaire national non religieux du pays, creuset des valeurs fondatrices de la culture hébraïque en Eretz Israel.

 

Le lycée hébraïque Herzleya à l’époque de sa splendeur

 

Tel Aviv peut être envisagée comme une ville-État au sein du yichouv, avant même la fondation de l’État d’Israël. Les responsabilités de la municipalité étaient quasiment celles d’un gouvernement, un point que le livre de Yaacov Shavit expose avec pertinence. Tel Aviv comme sphère publique de la société civile juive en Eretz Israel. Tel Aviv subit le regard critique de David Ben Gourion : il la jugeait comme un yichouv urbain qui se serait développé trop vite, au détriment du yichouv rural. Conclusion de Yaacov Shavit : Tel Aviv pesait peut-être trop lourd par rapport à l’ensemble du yichouv des années 1920-1930, mais sans elle le yichouv n’aurait pu subsister.

 

Maison-musée David Ben-Gourion. Une construction années 1930, austère et fonctionnelle, confortable tout compte fait. Dans le salon, des cadeaux offerts par des chefs d’États et de gouvernements, dont un magnifique poignard en silex (XVIIe siècle – XVe siècle av. J.-C.) provenant d’Europe centrale, cadeau du Premier ministre du Danemark, Otto Krag. Dans une vitrine, des cadeaux offerts par diverses communautés juives, tant d’Israël que de la diaspora. Dans le couloir, des photographies montrent David Ben-Gourion en compagnie de personnalités : Winston S. Churchill (en 1961), Conrad Adenauer (en 1964), Pierre Messmer (en 1960), Guy Mollet (en 1959), H.N. Bialik (en 1933) et bien d’autres. Une série le montre dans son cadre familial, le plus souvent dans sa vaste bibliothèque avec ses enfants sur les genoux. Toujours au rez-de-chaussée, la chambre que David Ben-Gourion utilisa comme abri au cours de la campagne du Sinaï (1956) et de la guerre des Six Jours (1967). L’unique fenêtre de cette pièce a été bouchée avec des briques. David Ben-Gourion et sa famille vécurent en permanence dans cette maison jusqu’en 1953, année à partir de laquelle ils commencèrent à partager leur temps entre Tel Aviv et le Néguev, au kibboutz Sde Boker. David Ben-Gourion fit don de sa maison et de tout son contenu à l’État d’Israël, en 1976. Selon ses dernières volontés, elle fut transformée en musée et en Reading, Reviewing and Research Center. Les livres y sont classés par catégories : encyclopédies, religion (dont judaïsme, avec les sous-catégories : judaïsme hellénique, kabbale, etc.), littérature grecque, littérature latine, livres de voyage, histoire, histoire juive, religions (bouddhisme, zen, hindouisme, etc.), sciences, psychologie, éducation, économie, etc. La plupart des livres sont en hébreu et en anglais. Quelques titres au hasard : ‟La Révolution française” de Jean Jaurès, ‟The Doctrine of the Buddha” de George Grimm, ‟The Jewish Problem in the Soviet Union” de B.Z. Goldberg, ‟Cults of the Greek States” de Lewis Richard Farnell, ‟Minoans, Philistines and Greeks” de Andrew Robert Burn, ‟Jewish Influence on Christian Reform Movements” de Louis I. Newman, ‟The Dialogues of Plato translated into English” par Benjamin Jowett.

 

Une vue en perspective de la bibliothèque de David Ben Gourion, quatre pièces de diverses dimensions qui occupent presque tout le premier étage de la maison-musée : quelque vingt mille livres.

 

 

Un mot suffit à me dire l’Inde : rickshaw. Un mot suffit à me dire le Laos : tuk-tuk. un mot suffit à me dire Israël : sherout.

 

29 février 2010. Netanya. Beaucoup de retraités francophones. L’accent pied-noir est partout. Pâtisseries et bijouteries. Une boutique propose un bric-à-brac religieux dans divers matériaux : métal, verre, céramique. Dans une caisse, des kippas, huit shekels pièce. Netanya, une architecture et un urbanisme désastreux mais une ambiance sympathique. Le chauffeur du sherout est un Juif français de soixante-cinq ans, chaleureux et loquace, qui a fait son aliya dans les années 1960 après avoir vécu à Paris, Porte des Lilas. Il me questionne sur mes impressions d’Israël. Je fais montre d’enthousiasme. Il aime l’Espagne où il a passé des vacances. Il loue la beauté de ses paysages et l’amabilité de ses habitants. Il aimerait parler l’espagnol, ‟une langue qui donne l’envie de chanter”. Des Russes montent dans le sherout. Il me dit combien il apprécie leur venue : ‟Ce sont des gens énergiques ; et beaucoup d’entre eux ont un haut niveau d’éducation, médecins, ingénieurs, etc. C’est une immigration très bénéfique pour le pays.”

 

Le symbole du Palmach à l’entrée du Palmach Museum. Au cours de la guerre d’indépendance, en 1948, la Haganah était constituée de douze brigades dont trois du Palmach, le fer de lance de la Haganah.

 

2 mars 2012. Au Palmach Museum. Une exposition temporaire de dessins et de peintures de Ludwig Blum (1891-1974) d’excellente facture, au trait et à la touche énergiques, avec pour thème des portraits de membres du Palmach, des scènes de guerre et des scènes après bataille. Parmi les œuvres présentées, Eli, son fils, tué lors du dynamitage du A-Ziv Bridge, le 16 juin 1946 (voir Night of the Bridges), ainsi que les portraits des treize autres combattants tués au cours de cette opération. Dans le centre de documentation du Palmach, je discute avec des anciens. L’un d’eux se présente, Shaul Sapir, et m’entraîne devant d’énormes cahiers bourrés de photographies. Il a quatre-vingts ans passés. Il est petit, râblé, sa voix est profonde et chaleureuse. Je lui parle de Thadée Diffre, un nom qui ne lui évoque rien. Mais j’oubliais que cet officier du Palmach était connu sous le nom de Teddy Eytan. “Teddy Eytan ! s’exclame Shaul Sapir, mais ici tout le monde a connu Teddy. J’étais avec lui à Beer Sheva !” Il me raconte certaines de ses aventures sans jamais cesser de rigoler. Shaul Sapir tourne les pages plastifiées des grands albums : ‟I am here ! I am here !”, me dit-il en roulant les r. Autour d’une table basse, assis dans des fauteuils en osier, des anciennes et des anciens du Palmach discutent. Je salue ces héros.

 

Shaul Sapir, né en 1928, membre du Palmach.

 

Ci-joint, des interviews (en anglais) d’anciens combattants de la guerre d’indépendance (1948) réalisées par l’écrivain Efrem Sigel, un passionnant dossier. Shaul Sapir y apparaît en page 10 :

http://www.efremsigel.com/pdfs/Sigel,RoadtoLatrun,TheyFought(CongressMonthly)FINALAprMay08.pdf

(à suivre)

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mars 18, 2012

Tel Aviv. Février-mars 2012. 3/6

by Olivier YPSILANTIS

 

au Tel Aviv Museum of Art.

Les belles photographies de Gaston Zvi Ickowicz qui excelle tant dans les grands formats que dans les petits formats. Je leur trouve un discret air de famille avec celles de Hamish Fulton (the walking artist) : une même attention au sol qui nous supporte et que nous parcourons d’un regard si souvent négligeant. L’attention aux marques du temps, humain et géologique.

 

Une vaste exposition de gravures de Walid Abu Shakra. Les aquatintes sont plutôt ennuyeuses : on y sent la démonstration technique. Les pointes-sèches quant à elles sont pleines de vigueur avec ces vues de la campagne de son enfance : oliviers, terrains caillouteux, cactus, murets en pierre sèche ; ces gravures ont la spontanéité de dessins à la mine de plomb. A ce propos, la pointe-sèche est la plus belle des techniques en taille-douce, précisément parce qu’elle est la plus spontanée, la plus simple. Par ailleurs, on ne triche pas avec une telle technique, tandis que la cuisine de l’eau-forte permet de masquer les insuffisantes sous de la joliesse. Les empâtements soyeux et veloutés de la pointe-sèche.

 

La galerie des maîtres anciens avec prédominance de scènes bibliques qui prennent ici, en Israël, un sens particulier. Adam et Eve, le sacrifice d’Abraham (une grande composition de Jan Lievens), le rêve de Jacob, les Israélites ramassant la Manne, Moïse et Aaron enseignant aux Israélites les Dix Commandements, David tenant la tête de Goliath, les Égyptiens engloutis dans la mer Rouge, Moïse et le serpent de bronze, etc. La plupart de ces œuvres sont d’une facture plutôt médiocre mais, je le redis, ici, en Israël, elles prennent une signification renouvelée et je médite plus intensément leur enseignement.

 

Naum Aronson. Buste en bronze de Léon Tolstoï (1902-1908) réalisé chez Alexis Rudier, fondeur à Paris.

 

Surprise ! Un beau buste de… Raspoutine (1916) en plâtre patiné de Naum Aronson (1872-1943), un artiste qui accèdera à la célébrité en travaillant à un buste de Tolstoï.

 

Une série de beaux portraits de l’école anglaise, généralement en pied. Perdu au milieu de portraits du XVIIIe, un portrait hyperréaliste de David Nipo (né en 1964) réalisé en 2011, avec un fond à l’ancienne vert bronze : Ronald Fuhrer, spécialiste de l’art israélien et auteur d’une étude intitulée ‟Israeli Painting : From Post-Impressionism to Post-Zionism”). Cette facture hyperréaliste soutenue par de fortes références ne peut qu’intriguer le visiteur.

 

Dans les petites vitrines encastrées d’une salle à l’éclairage tamisé et directionnel, dix-sept Miniature Rooms (Helena Rubinstein Collection). Ambiance prenante : chacun de ces intérieurs nous attire en lui avec une sensation de cosiness. Différents styles, différentes ambiances donc : Biedermeier, Georgian, Mid-Victorian, Second Empire, etc.

 

Les maîtres hollandais, l’unité parfaite de la vision. Une peinture qui tend parfois vers le gestuel avec ces arbres agités par le vent. Les maîtres hollandais furent sérieux et jubilatoires, c’est pourquoi je les aime tant. Devant un grand paysage de Ruysdael, je détaille la technique du glacis qui dans le ciel laisse transparaître le support : les veines du bois se font nuages.

 

Une toile de Salvator Rosa, un peintre à la touche très moderne, ‟expressionniste” dirais-je si le mot n’était si galvaudé, si fourre-tout. L’inquiétude sourd de chaque recoin de ce paysage, de chaque touche, comme dans les compositions d’Alessandro Magnasco. A ce propos, signalons que le Musée d’art et d’histoire du judaïsme (Paris) a fait l’acquisition il y a peu d’une peinture de ce dernier intitulée ‟Funérailles juives”.

 

‟Le Jugement Dernier” (1571) de Jacob de Backer montre le Christ qui trône bien au centre. Moïse qui tient les Tables de la Loi est placé à la même hauteur mais il est très excentré — je n’ose dire qu’il est poussé dans un coin.

 

Les compositions du peintre hollandais Jozef Israëls (1824-1911), son réalisme social.

 

Un charmant autoportrait de Mauricy Gottlieb.

 

Le Polonais Maurycy Gottlieb (1856-1879), son bel autoportrait de 1878 dont la touche et la tonalité m’évoquent Léon Bonnat.

 

Boudin, Jongkind, Sisley, Corot, Pissarro, Cézanne, Monet, Signac, Utrillo, Matisse, Vuillard et tant d’autres artistes réunis dans ce musée. Ma mère me les commentait, dans des galeries et des musées, des livres et des revues d’art.

 

Une surprise, Henri Martin, un artiste que j’ai découvert à Toulouse, avec ses grandes compositions qui ornent l’une des salles du Capitole. Henri Martin, un artiste très en vogue sous la IIIe République et injustement,oublié.

 

Un autoportrait de Max Liebermann (1911) : je lui trouve un petit côté Cézanne mais plus spontané. A ce propos, Cézanne fut parfois laborieux et Renoir parfois franchement mauvais. La critique est certes facile, me fera-t-on remarquer à raison.

 

Autre surprise, une composition de grandes dimensions de Leonid Pasternak (le père de Boris Pasternak) : ‟Max Liebermann opening an exhibition at the Academy in Berlin.”

 

Des peintures de Pascin le suicidé qui mêla si délicatement le dessin (au crayon) et la peinture (à l’huile), une peinture légère et transparente comme de l’aquarelle.

 

Kisling, le Juif polonais devenu parisien comme tant d’autres alors. Sa peinture sage, avec ces formes comme découpées aux ciseaux. Je ne me lasse pas du regard de ses modèles pourtant stéréotypé.

 

Matisse, une peinture qui n’est que dessin si on la compare à celle de Vuillard ou de Bonnard, par exemple.

 

Le plaisir très particulier que j’éprouve généralement devant les œuvres de Joaquín Torres-García, un plaisir qu’il me faudra analyser afin de l’augmenter. Ce plaisir tient en grande partie au fait que ses peintures me disent le livre, l’architecture du livre. Un air de famille avec Bissière.

 

Devant un découpage (ou ‟Relief”) en carton de Ben Nicholson dont les tonalités délicatement grises, entre étain et ardoise, me mettent en appétit. Je ne puis m’en détacher : ces tonalités mais aussi ce délicat équilibre entre des figures géométriques simples, sans oublier la netteté du découpage qui m’évoque certains procédés de la gravure.

 

Tel Aviv Museum of Art. Herta and Paul Amir Building.

 

J’ai éprouvé le même agacement dans cette partie du Tel Aviv Museum of Art qui porte le nom de ses donateurs, Herta and Paul Amir de Los Angeles. Preston Scott Cohen en est l’architecte. L’idée est sympathique, fort belle même, avec le vertical light fall, la folding surface et j’en passe, mais j’aurais préféré qu’elle s’en tienne au papier, à la maquette, que cette idée reste une idée. J’ai fait la même remarque au sujet du Jüdisches Museum Berlin — voir l’article que je lui ai consacré sur ce blog, le 11 avril 2011. Ce dernier surnommé le Blitz par les Berlinois est autrement plus compliqué et ce qui y est présenté est autrement plus riche. Résultat, on s’y perd, on s’y énerve, on y peste même. La construction et le parcours imposé obligent le visiteur à disperser son attention. La masse d’informations présentées dans la construction de Daniel Libeskind est considérable ; en conséquence, l’attention et les jambes sont mises à rude épreuve. Faire simple aurait été préférable. Ces constructions-objets qui réclament à ce point notre attention sont irritantes et, tout compte fait, prétentieuses : elles devraient s’effacer devant ce qu’elles présentent. Dans le genre, le comble de la prétention reste le Museo Guggenheim de Bilbao de Frank Gehry, adepte en l’occurrence des théories du déconstructivisme. Ajoutons que ces bâtiments alambiqués risquent de vieillir fort mal, c’est-à-dire de nous apparaître bientôt ringards mais aussi de perdre leur lustre à moins d’un entretien constant et compliqué, coûteux donc. Par ailleurs, leur coût de construction est pharamineux : chaque élément étant fait sur mesure. J’en reviens au Herta and Paul Amir Museum de Tel Aviv. Il est d’une taille plus modeste et il est moins tarabiscoté que les deux autres architectures en question, il recèle ici et là de charmants détails et d’amusantes trouvailles comme ces murs en forme de demi-coque. J’aurais toutefois préféré le mur perpendiculaire susceptible de recevoir des œuvres. Quant aux angles aigus, ils me sont insupportables : je les vois comme prêts à se refermer comme un piège et m’écraser. Revenons à l’antique simplicité, à la noble simplicité, par respect pour les œuvres présentées et les visiteurs. Lorsque je détaille les œuvres du déconstructivisme, les musées en particulier, je m’éprends plus encore des réalisations du Staatliches Bauhaus, de l’École de Chicago et de Louis Henry Sullivan, de Karl Friedrich Schinkel, à commencer par la Berliner Bauakademie.

 

(à suivre)

 http://zakhor-online.com/?p=3136

 

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mars 16, 2012

Tel Aviv. Février-mars 2012. 2/6

by Olivier YPSILANTIS

24 février 2012. Les fondateurs de Tel Aviv : ceux de l’ancien yichouv, les immigrants de la première aliya (1882-1904) et de la deuxième aliya (1904-1914) qui tous refusaient non seulement la ville orientale mais aussi les bourgades d’Europe orientale qu’ils avaient quittées. Tel Aviv, une contribution essentielle au sionisme, complémentaire du retour à la terre prôné par ce dernier.

 

Le roman utopique de Theodor Herzl, ‟Altneuland” (1902), est une description de la ville moderne telle qu’il l’imaginait. Ce roman écrit en allemand a été traduit en hébreu par Hahum Sokolov sous le titre ‟Tel Aviv”. Je le cite car il est étrange de constater que si cette ville n’a pas été construite selon un plan d’ensemble supervisé par une autorité supérieure, ainsi que nous l’avons vu, elle répond au moins en partie à la vision unificatrice de Theodor Herzl.

Étrange impression. Cette ville que je parcours en tous sens et jusque dans ses faubourgs les plus excentrés offre en bien des endroits des allures de campement malgré le parpaing et le béton, comme si l’énorme masse arabe (à quelques kilomètres seulement) refusait une telle implantation. Mais autre impression, contradictoire : cette ville tout juste centenaire (fondée en 1909) semble avoir toujours été.

La stèle en souvenir de l’attentat-suicide du 1er juin 2001, au ‟Dolphinarium”, une discothèque. On déplora vingt-et-un morts sans compter les nombreux blessés. La plupart des victimes étaient des adolescents, des immigrants russes et ukrainiens, ce qui explique que sur cette stèle à trois faces leurs noms soient gravés d’un côté en hébreu, de l’autre en russe.

Tel Aviv et ses arbres, des arbres qui m’évoquent les mangroves. Je détaille ces denses réseaux qui s’éprennent de certains troncs. Vers le quartier de Kerem Ha-teimanim. Constructions aux volumes simples, fonctionnels, années 1920-1930, mais dans un état de semi-abandon. La nonchalance est plus marquée dans ce quartier que dans les quartiers nord. En fait, on y est très actif mais avec des gestes plutôt nonchalants.

Aux abords de la maison-musée de H.N. Bialik, une ambiance méditerranéenne avec des architectures Europe centrale années 1920-1930 : une rencontre tout simplement délicieuse. Sur une façade à l’abandon de la rue H. N. Bialik, une plaque rouillée : D. SH. Goldberg avec étoile de David flanquée de deux lions en symétrie, chacun la patte appuyée contre l’une des pointes de l’étoile.

La maison de H.N. Bialik fut construite en 1925 suivant les plans de l’architecte Joseph Minor. Dans l’entrée, un beau buste au cubisme discret du maître des lieux par Chana Orloff. Le bow-window devant lequel il reçut tant de visiteurs. A l’étage, parmi les éditions de ses œuvres dans de nombreuses langues présentées dans les vitrines, une édition française aux Éditions Rieder, dans une collection dirigée par Edmond Fleg. Dans sa bibliothèque, les livres sont le plus souvent à couverture rigide et toile. Au mur, deux linogravures d’une facture délicate d’un certain Aharon Halevy (1887-1957). L’une d’elles montre le lac de Galilée avec mille détails charmants dont des pêcheurs ramenant leurs filets lourds de poissons. La bibliothèque est essentiellement constituée d’ouvrages en hébreu ; les autres sont en yiddish, allemand et russe. Dans ce qui était la chambre de H.N. Bialik, un espace audio-visuel pour enfants a été aménagé avec, dans une vitrine, quelques objets personnels ayant appartenu au poète et à celle qui fut sa femme durant quarante-et-un an, Manya. Le couple ne put avoir d’enfant et en conçut de la peine. H.N. Bialik se consola en écrivant à leur intention, poèmes, chansons, contes et histoires qui furent abondamment illustrés et publiés. Il reçut de nombreuses lettres d’enfants. Né en Ukraine en 1873, H.N. Bialik arriva en Palestine en 1924 (il décédera en 1934) pour s’installer dans la rue qui porte aujourd’hui son nom. Il surveilla la construction de sa maison et l’aménagement du jardin qui l’entoure. Son rôle fut central dans le développement de Tel Aviv. Il participa activement à la vie municipale. Dans les dernières années de sa vie, il écrivit surtout pour les enfants et, de fait, je constate que cette maison-musée est pleine d’enfants. Une institutrice leur fait réciter des poèmes en hébreu de H.N. Bialik.

Cinq lettres peintes sur le front de mer : GILAD. Gilad Shalit a été libéré depuis.

Dans l’ancienne mairie de Tel Aviv, un beau bâtiment à quelques pas de la maison de H.N. Bialik. Le bureau des maires de Tel Aviv (de 1925 à 1965), une belle pièce lumineuse en arc-de-cercle que prolonge un spacieux balcon. On se croirait à bord d’un navire, dans la cabine de pilotage. Derrière le bureau, un émouvant document : la première carte de Tel Aviv, établie en 1923 par l’architecte Leo Sheinfeld. C’est une carte au 1/1000 de plusieurs mètres carrés avec parcelles numérotées. Autres documents non moins émouvants : une photographie aérienne prise en 1934 montre le nord (vers le fleuve Yarkon) à peine peuplé ; des photographies de Meir Dizengoff à son bureau ; sur l’une d’elles, il reçoit la cinquième ‟Reine Esther” (voir la fête de Pourim), en 1931. A propos de ‟Reine Esther”, je me permets une parenthèse. J’apprends par un document que dans le cimetière de Trumpeldor, une tombe porte en épitaphe (en hébreu) : Ici repose la reine Esther. Le visiteur non averti sera probablement surpris. La reine Esther ?! Revenons en arrière. A Tel Aviv, Pourim fut organisé par la mairie sur le mode des carnavals d’Europe. La première fête de Pourim new wave date de 1912, soit trois ans après la fondation de Tel Aviv. Elle s’interrompit au cours de la Première Guerre mondiale pour reprendre en 1920. En 1928, à l’occasion de cette fête, Meir Dizengoff, le maire le plus charismatique qu’ait connu la ville, imagina un concours de beauté. La gagnante serait sacrée ‟Reine Esther”. Ce premier concours fut remporté par une jeune fille d’origine yéménite, Tsipora Tsabari. Elle connut une certaine célébrité et mourut en 1994 après être tombée dans l’oubli.

Belle vue sur les toits de Tel Aviv de la terrasse de l’ancienne mairie. La multitude des panneaux solaires destinés à chauffer l’eau des réservoirs cylindriques caractérise ce paysage urbain considéré de ce point de vue. Les immeubles fort laids du front de mer et ceux plus harmonieux, et plus récents, de l’intérieur.

Sur Allenby Street, vers Jaffa. Ambiance de plus en plus méditerranéenne, orientale, méditerranéenne orientale. Et je pense à ces quartiers d’Athènes où j’ai tant marché, à commencer par Monastiraki, entre Syndagma et Omonia. Au 81, Libros en español, je me sens chez moi car il est douloureux d’entendre une langue que l’on ne comprend pas ! Il est vrai qu’il reste sa musicalité à laquelle on prête d’autant plus attention. Et la musicalité de l’hébreu est tout simplement majestueuse. Et à Tel Aviv le promeneur qui ignore tout de l’hébreu n’est jamais perdu : on y parle tant de langues ! Et que de librairies ! On lit pourtant peu sur les bords de la Méditerranée. Mais on est dans une ville juive et le livre et le Juif sont amis. La grande synagogue au 110 Allenby Street, plutôt disgracieuse et vraiment peu accueillante. J’y grelotte. Sa construction remonte aux années 1920. Elle a été modifiée dans les années 1970 avec, notamment à l’extérieur, des arcades qui rythment un volume peu avenant. On me signale que les vitraux sont des répliques de vitraux de synagogues d’Europe détruites au cours de la Shoah.

Une humble synagogue dans le quartier de Florentine, non loin de Jaffa.

Tout en marchant, je déguste un pain au sésame, tendre, moelleux. J’ai toute la Méditerranée orientale dans la bouche. Et je pense à Athènes, une fois encore. Mais les Juifs n’ont pas la langueur des Grecs, et je ne m’en plaindrai pas ! Les commerces sont de plus en plus modestes à mesure que l’on approche de Jaffa. Beaucoup d’artisans, menuisiers, ferblantiers, mécaniciens, etc. Les odeurs spécifiques qui sortent de leurs ateliers contribuent fortement à l’ambiance de certaines rues. Tel Aviv et son parfum d’orange pressée ici et là.

A l’entrée de Jaffa, les restes de la résidence du gouverneur turc qui avait été inaugurée en 1897 et qui fut dynamitée par des membres du groupe Lehi, le 4 janvier 1948. Jaffa où je retrouve les touristes… depressing. Beau point de vue sur Tel Aviv et son vaste front de mer. Mais je ne m’attarde pas. Vent frais. La Méditerranée couleur d’Atlantique. Sur un rocher, devant les flots, un Juif orthodoxe, en costume-cravate et large chapeau. Surpris, je l’observe. Mais pourquoi ? En quoi cette scène est-elle surprenante ? Je m’étonne de mon étonnement… Dans mon imaginaire, un tel Juif figure dans un paysage urbain ou dans une salle d’étude chargée de livres.

Quelques notes de lecture. Une partie du tracé d’Allenby Street fut modifié pour conduire au café-casino Galei Aviv, construit en bord de mer en 1921. Des quartiers furent construits sur le modèle des Wohnhöfe de Vienne (des logements sociaux construits par la mairie socialiste dans les années 1920-1930) dans le style international Bauhaus. Le développement de Tel Aviv se mit à préoccuper ceux qui le finançaient : il convenait d’y mettre de l’ordre. C’est pourquoi l’urbaniste écossais Sir Patrick Geddes fut invité en 1925 à penser le développement du nord de la ville. Voir The Geddes Plan. A ce sujet, on peut consulter en ligne la passionnante thèse de doctorat de Catherine Rochant-Weill intitulée ‟Le plan de Patrick Geddes pour la Ville Blanche de Tel Aviv : une part d’ombre et de lumière”. Diversité des regards : certains se plaignaient de l’aspect morne et gris de la ville en lui opposant Odessa ; d’autres louaient sa beauté, parmi lesquels Myriam Harry (en 1922) qui comparaît Tel Aviv à Nice ou Cannes.

(à suivre)

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mars 16, 2012

Tel Aviv. Février-mars 2012. 1/6

by Olivier YPSILANTIS

 

Le livre de Yaacov Shavit, ‟Tel Aviv, naissance d’une ville 1909-1936” que j’emporte dans ma valise s’ouvre sur ces mots : ‟Tel Aviv est la première ville qui ait été édifiée par les Juifs depuis l’époque du Second Temple.”

 

21 février 2012. Pourquoi tant de regards non-Juifs sont-ils fixés sur Israël, pour le meilleur et pour le pire ? Chaque non-Juif devrait se poser intensément cette question, qu’il aime ou qu’il maudisse ce peuple et/ou ce pays. C’est un travail difficile (il s’agit tout d’abord d’éviter les faux-fuyants) mais dans tous les cas extraordinairement fécond.

Aéroport Roissy Charles de Gaulle. En devanture d’une librairie, une affiche présente le roman de Marek Halter : ‟L’inconnue du Birobidjan”. Le Birobidjan… Arrivée à Ben Gurion Airport dans la nuit. Contrôle rapide et discret. Rien à voir avec ce que j’ai connu, il y a trente ans.

22 février 2012. Arrivée rue Dizengoff. Je consulte une carte de Tel Aviv punaisée au mur. De nombreux noms de rues me sont familiers. Des enseignes en cyrillique un peu partout. Les caractères du cyrillique et de l’hébreu se marient bien ; ces derniers ont la beauté du cunéiforme avec des souplesses.

Dans la rue David Ben Gurion, cet amusant panneau “Chien méchant”, style BD.

Dans la rue Meir Dizengoff (nom du premier maire de la ville), je fais du change. Le patron a une longue chevelure et une longue barbe très blanches, très lisses, plus blanches et plus lisses que celles d’Hubert Reeves. Elles sont peignées en symétrie, avec chevelure séparée bien au milieu par une rais sans reprise. A son dos, au mur, le portrait d’un rabbi à la chevelure et à la barbe noires et bouclées, presque hirsutes. Je crois voir un vieil hippy, comme on en voit aux USA ; je découvre qu’il porte une petite kippa bleue.

A la terrasse d’un café moderne un vieux Juif très ridé, cheveux poivre et sel, prie avec ce balancement qui aide au-dessus d’un petit livre aux pages fatiguées.

Comment décrire cette ferveur pour la connaissance ? Une anecdote. Je suis un habitué des musées et ce matin, j’ai pu observer quelque chose de vraiment inhabituel au Tel Aviv Museum of Art. J’ai vu des gardiens et des gardiennes (tous parlent russe entre eux) détailler des tableaux plutôt que de s’ennuyer sur leur chaise ou faire les cent pas le regard dans le vide. J’ai même vu deux gardiennes commenter des lithographies de Ludwig Meidner avec force gestes.

Commerces vieillots, espaces désordonnés mais très actifs. Je pense à Montréal, au Plateau, il y a comme un air de famille que je m’efforce de définir. Cette impression air de famille est fréquente dans le voyage. Elle s’apparente à la réminiscence, ce délice. Derrière moi, ‟The Kabbalah Centre” — tant de savoir ! Partout des laptop computers, des iPads et des iPhones, avec des doigts qui courent sur les claviers, qui glissent sur les écrans tactiles. Partout des oreilles collées aux mobile phones. Et la Wi-Fi est partout dans l’air. Beaucoup de librairies aussi, la plupart avec des empilements de livres fatigués et jaunis. Combien de mains ont-elles tourné leurs pages ? Combien de regards les ont-ils parcourues ? Dans le fouillis d’un bouquiniste, je pense à Benjamin R., le rescapé d’Auschwitz, qui un jour se prit la tête à deux mains et me demanda : ‟Mais qu’est-ce qui nous différencie nous les Juifs des autres ?” Je ne sus que lui répondre. Soudain il leva un index triomphant : ‟J’ai trouvé ! Nous avons commencé à lire avant les autres !”

Beauté des corbeaux de Tel Aviv…

23 février 2012. Marche dans Tel Aviv. Hotel Cinema Esther. Dans le mot Jewellery il y a le mot Jew. Amusant. Les constructions années 1930, style Bauhaus, jeux entre la courbe (les balcons surtout) et la droite. Elles sont pour la plupart en mauvais état voire en très mauvais état. Mais Tel Aviv a été inscrite en juin 2004 au Patrimoine culturel mondial de l’UNESCO, ce qui devrait activer leur réhabilitation. Cette architecture comme toute architecture a une signification politique forte : elle nous parle de l’idéal des pionniers qui pensèrent et construisirent cette ville. Je rappelle que les travaux débutèrent en 1909. Les urbanistes et les architectes qui pensèrent Tel Aviv ont voulu une ville radicalement différente du shtelt, une ville aérée où la circulation serait aisée. L’idéal socialiste des années 1920 (que traduit fidèlement l’International Style du Bauhaus) structura Israël bien avant la fondation de l’État d’Israël, en 1948. Des étudiants formés au Bauhaus professèrent à Tel Aviv et contribuèrent ainsi à la formation de nombreux architectes locaux qui s’éprirent de ce style sobre, fonctionnel, ouvert à la lumière et à l’autre, avec ces spacieux balcons prolongeant le living room et ces toits en terrasse. De 1931 à 1956, quelque quatre mille bâtiments style Bauhaus ont été construits à Tel Aviv qui, dans les années 1940, portait le beau nom de Ville Blanche pour le crépi blanc qui les habillait. Il n’est aujourd’hui visible que sur de rares façades fraîchement restaurées. La plupart d’entre elles sont plutôt d’un gris diversement encrassé ; mais un vaste programme de rénovation est en cours…

Les sonorités vivaces de l’hébreu. Un peuple qui parle une telle langue ne passera pas.

Le climat est bien moins tendu que lorsque, jeune homme, je suis venu en Israël — trente ans déjà ! Le security fence doit y être pour beaucoup. Et pourtant, dans les médias, il n’a jamais été autant question d’une guerre massive, contre l’Iran dans ce cas. Dizengoff Tower, un centre commercial. J’y déambule. J’entends le russe autant que l’hébreu, et peut-être même plus. Sur le Dizengoff Square au centre duquel se tient la “Fire and Water Fountain” de Yaakov Agam, une place où malgré l’encrassement des façades Tel-Aviv la Blanche se laisse deviner. Yaakov Agam, un artiste dont j’ai découvert l’œuvre cinétique dans les années 1970 et qui a contribué à l’ambiance de mes années de jeunesse.

Promenade sur le front de mer. Les Israéliens qui ne manquent pas de grands architectes ont érigé sur une bonne portion de ce front de mer des constructions aussi imposantes que laides. Sur le bord de la promenade, une discrète proue est encastrée. J’y lis : ‟On June 21 1948 the IZL arms ship «Altalena» anchored off this shore was shelled on orders of the provisional government of Israel.”

Au 167 Meir Dizengoff, chez un bouquiniste. Des livres d’occasion dans presque toutes les langues d’Europe. La diaspora ! J’aimerais connaître l’histoire de chacun d’eux, les lieux où ils ont séjourné, les mains qui en ont tourné les pages et les regards qui s’y sont posés.

Beauté des arbres de Tel Aviv…

On a comparé Tel Aviv à Odessa au point qu’elle a parfois été nommée l’‟Odessa de la mer Méditerranée”. Mais contrairement à Odessa, Tel Aviv n’a pas été construite à l’initiative d’un pouvoir central mais à celle d’individus ou de petits groupes ; elle ne s’inscrivait dans aucun projet d’urbanisme global. Par ailleurs, Tel Aviv fut édifiée en un endroit sans aucun attrait, sans un mouillage naturel par exemple. Le seul attrait : la proximité de Jaffa et de villages agricoles fondés à partir de 1882, lors de la première aliya. La fondation d’une ville en Eretz Israel correspondait à l’accroissement de la population juive urbaine au cours du XIXe siècle. Pensons en particulier à New York ou Varsovie. Certes, la ville représentait une menace pour la solidité des structures communautaires et la tradition, elle représentait cependant une promesse.

Répétons-le, l’histoire du développement de Tel Aviv fut le fait de ses habitants, de leur spontanéité, et non d’un organisme centralisateur. A ce propos, le premier historien de Tel Aviv, Alter Droyanov, signale que le principal défi auquel durent faire face les fondateurs de ce qui allait devenir la première ville juive édifiée par des Juifs depuis la destruction du Second Temple, était d’éviter le chaos à tous les niveaux, alors que les moyens légaux manquaient pour imposer décrets et règlements dans des domaines névralgiques.

Tel Aviv s’est donc développée à partir de Jaffa. Les émeutes arabes de 1936-1939 rompirent les liens, essentiellement économiques et sociaux, qui l’unissaient à la ville arabe. De fait, la rupture était déjà consommée avant 1936, ainsi que le montre S. Y. Agnon (prix Nobel de littérature 1966) dans son roman ‟Only Yesterday”. Les fondateurs de Tel Aviv voulaient une ville juive et moderne, bien différente de sa voisine, Jaffa l’arabe.

(à suivre)

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mars 7, 2012

TEL AVIV 1932

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