Posts tagged ‘ESPAGNE’

mai 2, 2012

Une promenade espagnole

by Olivier YPSILANTIS

 

Les châteaux en Espagne sont si nombreux que je serais bien en peine de nommer mon préféré. A bien y réfléchir, l’un d’eux tient pourtant une place particulière dans mes souvenirs : le château de La Calahorra, au pied de la Sierra Nevada, dans les environs de Granada. Il se dresse sur une colline, devant une plaine immense qui se relève dans les lointains. Cette plaine est très appréciée des metteurs en scène, comme l’est le désert de Tabernas, dans les environs d’Almería. La Calahorra s’est fait dans mon imaginaire la forteresse du “Désert des Tartares” ; aucun livre ne m’aura autant absorbé dans une ambiance que ce roman de Dino Buzzati ‒ à l’exception d’“Un balcon en forêt” de Julien Gracq !

 

 

Je revois donc en toile de fond la Sierra Nevada enneigée qui faisait ressortir, et superbement, l’ocre rouge de cette forteresse du Bas Moyen Âge, une forteresse à plan simple, rectangulaire, flanquée à chacun de ses angles d’une tour circulaire surmontée d’une coupole qui contribue pour beaucoup au caractère de cette silhouette. La patine ocre rouge de la pierre a été élaborée par la poussière des mines de fer d’Alquife toute proches ; la lumière du soleil couchant l’exalte.

 

 

La Calahorra fut capitale d’un marquisat ‒ el marquesado de Zenete. Son château fut érigé en un point stratégique qui contrôlait un col de la Sierra Nevada, el Puerto de la Ragua qui culmine à 2 000 mètres. Il domine une immense plaine où évoluent à présent des figurants. Cette forteresse fut édifiée par Rodrigo Díaz de Vivar y Mendoza, enfant naturel du cardinal Pedro González de Mendoza, l’un des plus puissants personnages de son temps.

 

Dans le demi-sommeil, et jusque dans mes rêves et rêveries, je me vois dans cette forteresse, veillant, surveillant, pris dans l’attente, l’attente que célèbrent avec une même ferveur Julien Gracq et Dino Buzzati : l’attente face à l’espace immense et vide, terriblement menaçant de ce fait. Cet espace peut être l’océan, d’où l’intérêt très particulier que je porte depuis mon enfance aux constructions du Mur de l’Atlantique, du simple encuvement aux bunkers pour batterie d’artillerie lourde (avec le Front Todt si caractéristique) qui, aujourd’hui vides, ressemblent à des édifices religieux.

 

 

La Calahorra qui s’élève sur l’emplacement d’une forteresse musulmane réserve une surprise de taille… Elle abrite un délicieux palais, un palais de la plus pure Renaissance italienne, une rareté en Espagne. Le marquis avait fait venir des artisans génois et lombards pour mener à bien ce projet dont la réalisation ne prit pas plus de trois ans (1509-1512). La singulière beauté de cet ensemble tient non seulement à l’ambiance Désert des Tartares qui en émane mais aussi à ce contraste, à cette surprise ‒ et quelle surprise ! J’espère que vous l’aimerez autant que je l’aime. Je vous évoquerai dans un prochain article un autre château d’Espagne, synthèse parfaite de deux styles, de deux cultures.

 http://zakhor-online.com/?p=3403

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avril 28, 2012

Catalogne : Le leader du parti anti-islam menacé et assiégé chez lui

Par Melba

Josep Anglada, chef du parti PxC qui mène une campagne de lutte contre l’islamisation de la Catalogne et de l’Espagne, a été assiégé dans sa maison par une foule de plusieurs centaines d’opposants, constituée principalement de Nord-Africains.

Pendant deux jours successifs, des organisations d’extrême-gauche avaient organisé une manifestation anti-PxC en face de la mairie de Vic, ville natale d’Anglada. Le deuxième jour, la foule de manifestants composée d’environ trois cent personnes, principalement des Nord-Africains, s’est dirigé vers la maison Anglada. Là, ils ont scandé des injures contre lui et sa femme et ont proféré des menaces, y compris des menaces de mort. la voiture d’Anglada a été vandalisée et ses fenêtres brisées. D’autres voitures dans le voisinage ont également été attaquées et endommagées. […]

Source : Islam versus Europe

http://www.bivouac-id.com/billets/catalogne-le-leader-du-parti-anti-islam-menace-et-assiege-chez-lui/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+bivouac-id+%28Bivouac-ID%29

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mars 11, 2012

Les Juifs et les conversos, en Espagne, au XVème siècle. Bref aperçu (deuxième partie)

Il y avait bien eu des alertes comme à Barcelone, en 1285, avec cette insurrection populaire qui avait fini par se concentrer sur le quartier juif de la ville ; mais il faudra attendre le XIVème siècle pour que la menace se diffuse dans tout le pays.

 

Des prédicateurs vont exciter le peuple. En 1328, à Estella (Navarre) et ses environs, mettant à profit la Semaine sainte, un frère mineur déclenche une tuerie (matanza). Il est important de noter qu’elle se fit en l’absence des souverains. Le XIVème siècle est aussi le siècle de la peste noire (1348-1352), une peste qui en active une autre, la peste antijuive

 

En Aragon, le roi Pedro IV quitte ses cités pour échapper à la contagion. Mais sitôt que le roi et la cour s’éloignent, la population accuse les Juifs de toutes sortes de méfaits, notamment d’empoisonner les puits. Les juderías sont saccagées. La liste des violences ne cesse de s’allonger. En cette deuxième moitié du XIVème siècle, c’en est bien fini d’une certaine tranquillité.

1391 fut l’une des années les plus sombres pour les Juifs des royaumes d’Espagne. Parmi les prédicateurs les plus violents, Ferrán Martínez, archidiacre d’Écija, braille à qui veut l’entendre que les Juifs doivent être supprimés car ils sont responsables de la mort de Jésus-Christ. L’archevêque de Séville l’avait pourtant interdit de prêche ! Le dominicain Vicent Ferrer est un personnage plus complexe dont la vie et l’œuvre ont fait l’objet de nombreuses études. Orateur hors-pair, il sut mêler menace et persuasion avec un art consommé. En 1411, il prononce trente-six sermons à Valladolid qui vont entraîner de nombreuses conversions.

 

1391 est une année aussi importante pour le judaïsme espagnol que 1492. C’est à partir de cette date que les violences contre les juderías se multiplient et que les communautés (aljamas) juives commencent à disparaître, notamment par conversions. Nombre de conversos s’enrôlent dans la marine, probablement dans l’espoir de s’échapper à l’occasion d’une escale. Ils embarquent à Valence mais aussi à Sagunto, Tortosa et Barcelone pour l’Afrique du Nord et la Sardaigne, alors terre de colonisation. Sous la menace, les aljamas des grandes villes se dispersent vers les villages et les campagnes.

Les lois de Valladolid (1412) présentées comme une mesure de protection ‒ protéger les Chrétiens des Juifs ! ‒ sont inspirées de Vicent Ferrer, peut-être même dictées par lui. En 1415, une bulle du pape Benoît XIII les confirme. Entre autres mesures : les Juifs sont interdits de charges gouvernementales, d’intendances et de procurations qui leur donneraient des pouvoirs sur les Chrétiens. Ils doivent résider dans les juderías (des ghettos, de fait) dont les portes restent fermées la nuit mais aussi le dimanche et les jours de fête religieuse, à commencer par le Vendredi saint. Des signes distinctifs leur sont imposés, dont la rouelle jaune. Rappelons que les lois de 1418 de la régence de Juan II de Castilla assimilent Juifs et Musulmans dans la ségrégation. Voir en particulier les lois XI, XIII, XVIII et XIX. Cette dernière : “Personne, ni Chrétienne mariée, ni concubine, ni célibataire, ni femme publique, ne pourra entrer dans l’enceinte du quartier où demeurent désormais les Juifs et les Maures, de nuit comme de jour. Quelque femme chrétienne qui y entrera, si elle est mariée, paiera cent maravédis à chaque infraction ; si elle est célibataire ou concubine, qu’elle perde sa robe ; si elle est femme publique, qu’on lui donne cent coups de fouet de par la ville et qu’elle soit chassée de la cité, ville, lieu où elle vit”.

 

Le royaume d’Aragon, qui sous l’impulsion de Vicent Ferrer a inspiré ces lois, adopte sans tarder l’arrêté de Valladolid en y ajoutant l’obligation faite aux Juifs d’écouter dans leurs synagogues les sermons des frères mineurs et prêcheurs.

 

C’est à cette époque que se multiplient les disputas. Celle de Barcelone, en 1263, reste célèbre entre toutes. Ces disputas opposent rabbins et théologiens chrétiens, des conversos souvent, qui, de ce fait, se montrent particulièrement bien armés pour répliquer, tant sur des questions touchant au dogme de l’Église qu’au Talmud. Quelques exemples parmi tant d’autres : en 1336, au cours d’une disputa à Valladolid, le camp chrétien, victorieux, est représenté par Alfonso de Valladolid (Abner de Burgos de son vrai nom, un converso), sacristain de la collégiale ; en 1375, à Burgos, le camp chrétien sort victorieux grâce à un autre converso, Juan de Valladolid ; victoire chrétienne encore, en 1413, à Tortosa, grâce au converso Jerónimo de Santa Fe (qui fut rabbin sous le nom de Joshua ha-Lorki).

Parmi les plus célèbres conversos, le rabbin de Burgos, Salomon ha-Levi, baptisé sous le nom de Pablo García de Santa María, deviendra évêque de cette même ville. Plusieurs membres de cette famille sont entrés dans l’Église et le gouvernement pour y occuper des postes de premier-plan : le frère benjamin, Álvar García de Santa María, devint chroniqueur de Juan II de Castilla ; et le deuxième fils, Alfonso de Santa María de Cartagena, devint évêque de Burgos à la mort de son père.

 

 

Dès le début du XVème siècle, le peuple mais aussi une partie de l’élite affirment que les conversos (ou cristianos nuevos) restent juifs, qu’ils se livrent donc à une vaste entreprise de dissimulation. L’idée de pureza de sangre commence à faire son chemin. Je passerai sur certains détails annonciateurs pour en venir aux événements de 1449, à Tolède. Le connétable de Castille, Álvaro de Luna ‒ el condestable de Luna ‒ exige une lourde et “exceptionnelle” imposition, un million de maravédis, destinée à financer la défense du royaume de Castille face au royaume d’Aragon. C’est l’émeute dans la ville. Le maire, Pedro Sarmiento, se barricade face aux troupes du connétable. D’après le document ci-joint (en espagnol), c’est un converso, Alonso Cota, qui aurait été l’instigateur de cet impôt :

http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:pEIIvRVPbKYJ:www.pachami.com/Inquisicion/LimpiezaSangre.html+alvaro+de+luna+1449&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=fr&source=www.google.fr

Quoiqu’il en soit, la ville de Tolède se révolte contre le connétable sous l’impulsion de son maire et Álvaro de Luna doit battre en retraite. Pedro Sarmiento s’en prend alors aux conversos avant de proclamer la “Sentencia Estatuto” (le 5 juin 1449) qui interdit à ces derniers tout poste à responsabilité. Ce document dépasse les Leyes de Valladolid (1412). On peut affirmer que le premier statut de limpieza de sangre date bien de 1449. Il est vrai qu’il ne concerne que la ville de Tolède et qu’il sera abrogé dès la reprise de la ville mais c’est un coup d’envoi en quelque sorte. On connaît la suite.

 

Ce statut ne fait pourtant pas l’unanimité. Des voix s’élèvent contre un tel préjugé à l’égard des conversos, ou cristianos nuevos. Alfonso de Santa María de Cartagena prend la défense des conversos en interrogeant la valeur du baptême dans “Defensorium unitatis christianae” (1449-1450). Il y développe une idée force : le baptême est une grâce sanctifiante où Dieu est victorieux de la raison humaine.

 

Alfonso Fernández de Madrigal (1405-1455), un cristiano viejo, évêque d’Avila, écrivain extraordinairement fécond, prend non seulement la défense des conversos mais aussi des Juifs en commençant par rejeter l’accusation centrale de deicidio judío. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ce prélat, je conseille “Encuentros en Sefarad. Actas del Congreso Internacional : Los Judíos en la historia de España”, Ciudad Real, 1987, pp. 265-292, notamment pp. 288, 289 et 291.

 

Juan de Torquemada rejoint Alfonso de Cartagena sur l’accueil que l’Église doit réserver aux conversos. Il réfute radicalement tous les arguments de Pedro Sarmiento (voir le décret de 1449) dans “Sequitur tractatus quidam contra Madianistas et Hysmaelitas adversarios et detractores filiorum qui de populo Israelitico originem traxerunt”, un traité qui fourmille en références diverses, parmi lesquelles Nicolas de Lyre, Juif converti au christianisme, théologien et franciscain dont l’influence fut immense tant au XIVème siècle qu’au XVème siècle et auprès de Martin Luther. Nicolas de Lyre doit lui-même beaucoup à Rachi de Troyes.

 

Mais j’en reviens à Juan de Torquemada et son traité dans lequel il insiste sur la grandeur du peuple juif qui a donné tous les personnages de l’Ancien Testament, à commencer par la Vierge Marie, le Christ et saint Paul. Selon l’auteur, il serait préférable de juger les mauvais chrétiens, plus coupables que les païens, lorsqu’ils blasphèment et font fi de la Loi de l’Église.

 

Alonso de Espina est un apologiste de la foi chrétienne. Ci-joint, un lien en anglais vers l’étude d’Ana Echevarria : “The Fortress of Faith. The Attitude towards Muslims in Fifteenth Century Spain” où il est question de ce franciscain de la page 47 à la page 55. L’auteur de “Fortalicium fidei ”dénonce toute déviance, exige des mesures radicales contre les Musulmans, contre les conversos et contre les Juifs.

 

Diego de Valera, dans “Espejo de verdadera nobleza” qu’il offre au roi Juan II, développe la leçon de morale chrétienne de Juan de Torquemada : il y explique qu’une noblesse naturelle (de naissance) subsiste dans le lignage des hidalgos (même chez les enfants bâtards) et qu’elle peut s’ouvrir à la noblesse civile créée par le roi, mais que seuls les théologiens peuvent se prononcer sur la “noblesse théologale” qui procède du cœur et de l’esprit. Et il ajoute que tant de lignages comptent des conversos que ce serait rejeter presque toute la noblesse de la société que de la refuser aux conversos.

 

http://zakhor-online.com/?p=3077

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mars 10, 2012

Les Juifs et les conversos, en Espagne, au XVème siècle. Bref aperçu (première partie)

 by Olivier YPSILANTIS

 

Parmi les nombreux descendants de conversos dans l’Espagne du XVème siècle, Diego de Valera (1412-1488), un penseur politique des plus profonds et très écouté des grands comme le fut son contemporain, Fernando de Pulgar, descendant de conversos lui aussi. “Doctrinal de Principes” de Diego de Valera, un livre de préceptes offert aux princes, est caractéristique de sa pensée où cohabitent les préjugés de son époque et sa profonde sympathie à l’égard des Juifs, sympathie qu’il ne cache pas davantage que ses origines. Une quarantaine d’années auparavant, le cardinal Juan de Torquemada (neveu du Grand Inquisiteur Tomás de Torquemada) avait exprimé des idées similaires.

La présence juive en Espagne est des plus anciennes. On sait que nombre d’habitants de la péninsule ibérique choisirent le judaïsme lorsque cette religion faisait du prosélytisme. Cette présence fut augmentée par les exils de 70 et de 135, par ces Juifs du monde arabe qui s’installèrent dans la péninsule à partir du VIIIème siècle, suite à l’arrivée des Musulmans, en 711. Au XVème siècle, les Juifs d’Espagne n’hésiteront pas à se déclarer descendants de la tribu de Juda, arrivée dans la péninsule au 587 av. J.-C., année de la destruction du Premier Temple. Chaque peuple a ses légendes ; celle-ci a une explication : les Juifs d’Espagne étant loin de Jérusalem depuis des siècles, ils pouvaient se prétendre étrangers à la mort de Jésus-Christ, et ainsi échapper à la plus grave accusation, celle de déicide.

 

Combien étaient-ils en ce XVème siècle ? Certaines sources affirment qu’ils étaient au moins 200 000 à avoir préféré l’exil à la conversion, en 1492, et qu’ils auraient été 150 000 à rester. Les Juifs d’Espagne auraient représenté environ 10 % de la population du pays.

Je ne vais pas vous peindre un tableau idyllique de la domination musulmane en Espagne et, ce faisant, apporter de l’eau au moulin des naïfs et des propagandistes (parmi lesquels le détestable Roger Garaudy) qui s’emploient à nous présenter al-Andalus comme le paradis sur terre, avec fraternisation de tous avec tous sous la paternelle férule musulmane. On ne peut cependant cacher que, dans un premier temps, les communautés juives du pays virent leur condition s’améliorer avec l’arrivée des Musulmans.

 

Avec la Reconquista (un processus qui s’étend de la bataille de Covadonga, dans les Asturies, en 718, à la chute du royaume de Granada, en 1492), les souverains chrétiens retrouvèrent les Juifs dont la condition ne changea guère. La liberté religieuse ne fut pas remise en question, les Juifs purent accéder à la propriété foncière et aucune activité économique ne leur fut interdite.

L’expulsion massive de 1492 ne doit pas nous faire oublier que l’Espagne fut une terre d’accueil pour les Juifs expulsés de France en 1306, 1322 puis en 1394. La France ne fut pas toujours terre d’accueil et de tolérance et l’Espagne terre d’expulsion et d’intolérance. Traditionnelle terre d’accueil pour les Juifs d’Aquitaine et du Languedoc, la péninsule ibérique le reste au XIVème et au XVème siècle, lorsque ces deux royaumes prennent des mesures à leur encontre.

Redisons-le, les Juifs sont présents dans tous les secteurs de l’économie et ils ont accès à la propriété foncière. Jusqu’en 1412, ils ne sont pas assignés dans des quartiers réservés et s’il existe des juderías, elles se sont constituées d’elles-mêmes. Les Juifs prêtent sur gages aux Chrétiens, aux Musulmans, aux autres Juifs ; ils prêtent jusqu’à des milliers de livres à leurs voisins, paysans ou artisans, mais aussi au clergé, à l’aristocratie et même aux souverains. Parmi les créanciers de la Couronne d’Aragon, au XIIIème siècle, on trouve des noms tels que Constantini, Caballeria, Portella, Ravaya, Abinafia. Le Grand Rabbin Josef Orabuena prête au roi Carlos III de Navarre. Lire à ce sujet l’étude de Béatrice Leroy : “Le Grand Rabbin du roi de Navarre, Josef Orabuena, 1390-1416”. D’une manière générale, aux francophones désireux d’en savoir plus sur l’Espagne et ses communautés juives je conseille les études de cette universitaire (professeur d’histoire médiévale à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour) qui proposent une vision panoramique, très stimulante et riche en détails qui ne portent pas atteinte à l’élan du lecteur.

En aparté, je me permets de placer un lien en castillan qui met fin à une polémique :

http://www.esefarad.com/?p=21665

Non, il n’y a jamais eu de synagogue secrète dans la demeure du Grand Rabbin Abraham Seneor, à Segovie ! L’article de l’historien Bonifacio Bartolomé Herrero, publié en mars 2011, porte un sérieux coup à une histoire véhiculée non sans complaisance. Il a été repris par le website eSefarad (Noticias del Mundo Sefaradí).

Très présents dans la vie économique, les Juifs le sont également dans la vie intellectuelle et politique des royaumes ibériques. Personne n’ignore le rôle de premier plan tenu par les Juifs de Tolède, au XIIème siècle. Auprès des clercs venus de toute l’Europe, ils œuvrent à la traduction de l’arabe au castillan et du castillan au latin des écrits d’Aristote, Euclide et Hippocrate pour ne citer qu’eux. Au cours des siècles, ils poursuivront leur activité de traducteurs mais plus modestement. A noter toutefois la (première) traduction de la Bible, de l’hébreu au castillan, par le rabbin Moshe Arragel, à l’invitation de Luis González de Guzmán y Enríquez de Castilla. Cette Bible connue sous le nom de Biblia de Alba (pour être propriété de cette maison ducale) reste particulièrement appréciée des Juifs originaires d’Espagne.

 

De très nombreux médecins sont juifs dans l’Espagne d’alors. Ils exercent aussi bien dans les villages qu’aux cours royales. Médecins, chirurgiens, apothicaires, autant de professions où les Juifs sont particulièrement appréciés. Le Grand Rabbin Josef Orabuena est le médecin personnel des rois de Navarre Carlos II et Carlos III. Les ben Wakkar constituent une prestigieuse lignée de médecins à la cour de Castille. Par ailleurs, de nombreuses sages-femmes sont juives ; et je vous épargne la longue liste de ceux qui furent parmi les meilleurs généralistes, chirurgiens et ophtalmologistes de leur époque.

 

De part leurs fonctions et leurs relations les Juifs sont amenés à jouer un rôle politique, notamment comme conseillers auprès des grands, dont ils sont souvent déjà médecins ou créanciers. Leur rôle dans les finances est central : ils sont intendants domaniaux, trésoriers, receveurs de recettes provinciales, percepteurs de taxes locales, fermiers des impôts, des collectes locales et de toutes les rentrées fiscales des royaumes de la péninsule ; ils sont aussi prêteurs sur gages. Ils vivent au cœur des sociétés espagnoles, sans doute plus encore au XVème siècle (qui vit leur expulsion) qu’au XIIème siècle, car ces sociétés qui ont gagné en complexité ont besoin de spécialistes.

 

Dans le prochain article, ce tableau plutôt rassurant va s’assombrir.

 

http://zakhor-online.com/?p=3066

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mars 4, 2012

EN LISANT ADOLFO GARCIA ORTEGA…


Je viens de terminer la lecture d’un essai publié dans la prestigieuse revue “Revista de Occidente” (n° 293, octobre 2005). Il est signé Adolfo García Ortega et a pour titre “Los nazis del siglo XXI”. Je vais vous en rendre compte car le ton n’en est pas si courant.

 

Adolfo García Ortega (né en 1958, à Valladolid) nous dit avoir été très tôt obsédé par la Shoah. Son roman, “El comprador de aniversarios”, se veut acte de justice envers Hurbinek, l’enfant d’Auschwitz (voir “La Tregua” de Primo Levi), et les centaines de milliers d’enfants juifs assassinés par les nazis et leurs séides. Il nous dit son étonnement face à la réaction d’amis de gauche lors de la parution de ce roman, des amis surpris de son intérêt pour le “basurero de la historia”, des amis qui lui firent très obligeamment remarquer que “no sólo habían muerto judíos”, et qui ajoutèrent d’un air entendu que si ces derniers avaient été des victimes, ils étaient à présent des bourreaux. Et Adolfo García Ortega nous rapporte une remarque faite par un écrivain espagnol de gauche, très populaire (il n’en donne pas le nom), à savoir que “todo el mundo sabe hoy en día que están demostrando que son tan verdugos como cualquiera o más”.

 

Bref, des amis de gauche l’invitèrent à se détourner de cette “vieille histoire” et à s’intéresser de préférence à des sujets d’actualité comme, par exemple, la violence domestique ou le métissage culturel. Face à tant de remarques, diversement amicales ou paternalistes, José García Ortega ne put que rétorquer qu’il était européen et qu’en conséquence rien de l’Europe ne pouvait lui être étranger – l’Europe, l’aire de la Shoah. Cet écrivain espagnol ne tarda pas à se rendre compte que derrière la façade morale du progressisme flottaient des relents d’antisémitisme, et qu’à l’heure de dénoncer les injustices on mettait de préférence Israël et le Juif sur la sellette.

Adolfo García Ortega se souvient de sa solitude. Dès l’enfance il fut hanté par les rares scènes qu’il put voir et qui montraient des Juifs humiliés ou assassinés. Ce chrétien éduqué dans un collège de Los Hermanos de las Escuelas Cristianas s’identifia à eux au point de se faire passer pour Juif auprès de ses camarades. Il avait onze-douze ans.

L’antisémitisme fait un retour en force. On le croyait à l’article de la mort. Il est fringant, requinqué par l’antisémitisme musulman, un antisémitisme particulièrement virulent, notamment avec ces immigrés de la deuxième et troisième génération installés pour la plupart dans les banlieues de métropoles d’Europe. Cet antisémitisme (activé principalement par l’antijudaïsme en provenance des pays arabes) réactive un vieil antisémitisme européen devenu plutôt léthargique. Cantonné à des groupes et groupuscules d’extrême-droite, il se diffuse à présent dans des couches toujours plus amples d’une population diversement socialisante. Toutes sortes de vieilleries que l’on croyait définitivement remisées se retrouvent mises en circulation par l’islam, et de diverses manières. Ainsi, au cours d’enquêtes menées en 2004 (rappelons que cet article d’Adolfo García Ortega fut écrit en 2005 et que, depuis cette date, la situation des Juifs d’Europe s’est sensiblement dégradée), 60 % des personnes interrogées désignèrent Israël comme la principale menace pour la paix mondiale.

La plupart des “progressistes” ne cessent de répéter qu’ils ne sont pas antisémites mais antisionistes sans savoir que l’un va (très) rarement sans l’autre. Á présent les brumes se sont partiellement dissipées et la chorégraphie que nous dansent l’Antisémite et l’Antisioniste nous apparaît plus clairement. Par le truchement d’une dialectique viciée (qu’il reste toujours à disséquer), la néo-gauche en est venue à assimiler Arabes en général, et Palestiniens en particulier (sans oublier Pakistanais, Afghans et j’en passe), à un pseudo-prolétariat – ou néo-prolétariat. Cette néo-gauche réactive implicitement, et parfois même explicitement, le slogan Juif = Capital = Pouvoir, un slogan sous lequel couvent et qui couvre toutes les violences. La haine d’Israël sert de catalyseur à d’autres haines. La haine d’Israël (avec agression tant verbale que physique) se porte de plus en plus sur les Juifs en général, à commencer par ceux de la diaspora, plus vulnérables. La Deuxième Intifada a requinqué le vieil antisémitisme européen qui se languissait. Et la haine qu’il suppose est à présent susceptible de s’abattre à tout moment sur tous les Juifs de la diaspora. Cette haine plus ou moins sourde est alimentée par ces images (télévision et Internet) où le Palestinien, enfant de préférence, est l’Ensanglanté. Et ainsi en arrive-t-on tout naturellement à désigner les Juifs d’Israël (voire les Juifs en général) comme los nazis del siglo XXI, précisément le titre de cet article.

Adolfo García Ortega pose la question : “¿ Pero qué valores tiene o representa Israel, sino los valores sociales, culturales y morales de Occidente ?” Et il poursuit : “Los valores que han formado Israel son una garantía de supervivencia de mis valores europeos, y tengo algo más que la impresión de que Europa esto ni lo ve ni lo entiende”. Et les Européens reprochent à Israël ses liens privilégiés avec les États-Unis. L’Europe, cette donneuse de leçons (à commencer par la France qui s’envisage comme la détentrice d’un capital moral à nul autre pareil), l’Europe qui oublie tout bonnement qu’elle fut l’aire de la Shoah et des pires violences antisémites.

Le musulman d’aujourd’hui a remplacé dans bien des têtes “progressistes” le prolétaire d’hier, une équivalence que confirme une immigration soutenue. Le radicalisme religieux gagne en force dans les grandes villes d’Europe, un radicalisme qui se renforce à la faveur d’un sentiment d’humiliation, sentiment cultivé, entretenu et enseigné, et qui est bien le pire des terreaux. Il faut prendre conscience de la puissance mortifère de ce sentiment, le sentiment d’humiliation.

Le discours de gauche, une gauche majoritairement orpheline depuis la chute de l’URSS, a installé l’“islamismo” dans le siège devenu vacant du “proletarismo”. Et l’antisémitisme un peu honteux de sa nudité peut enfin se dissimuler sous les nobles plis de l’antisionisme, l’antisionisme que nombre de crétins diversement de gauche assimilent à de l’antifascisme : puisque Sionisme = Fascisme, Antisionisme = Antifascisme ; c’est simple ; et la petite mécanique mentale peut tourner indéfiniment, sans ratés. Et la droite libérale se tait ; elle redoute d’être qualifiée de “sioniste”, mot devenu aussi dépréciatif – voire plus dépréciatif – que “fasciste”.

Dans “The History of the Decline and Fall of the Roman Empire” Edward Gibbon désigne l’émergence du christianisme comme l’un des facteurs de ce déclin et de cette chute. Et l’Empire devint chrétien. Aujourd’hui, dans nos sociétés européennes, l’unique force dotée d’une énergie radicale est l’islam, énergie d’autant plus radicale que nous vivons ce que José García Ortega appelle un síndrome de aceleración de la historia. S’il a fallu huit cents ans au christianisme pour s’accaparer l’Empire romain, il n’en faudra peut-être que quatre-vingt à l’islam pour s’accaparer l’Europe.

Il y a ce désir de vivre comme si la Shoah n’avait jamais été, comme si elle n’avait pas été vraiment. La tentation révisionniste et négationniste est permanente. Et il faut compter avec ceux, toujours plus nombreux, qui jugent qu’on parle trop de la Shoah et qui aimeraient qu’on passe à autre chose. Parmi ces derniers : Martin Walser.

Adolfo García Ortega sait de quoi il parle. Il rend compte des réactions qui ont accompagné la parution de son roman, “El comprador de aniversarios”. Il comprit que l’irritation de ceux qui parlent d’un trop et qui aimeraient qu’on passe à autre chose a une explication : les Juifs d’Israël, et les Juifs en général (à moins qu’ils ne déclarent publiquement leur antisionisme), sont les bourreaux des Palestiniens ; alors, pourquoi nous, Européens, devrions-nous cultiver le “Souviens-toi !” et nous charger du poids d’une mauvaise conscience qui fait le jeu des sionistes et de la juiverie internationale ? Ne pourrait-on pas en profiter pour s’alléger du paquet et le passer par-dessus bord ?

La condamnation d’Israël se convertit toujours plus en une condamnation des Juifs, du peuple juif. L’histoire radoterait-elle ? Israël ne permettra pas qu’il en aille ainsi, et quelque soit le prix à payer… Et réfléchissons un instant : un monde sans Israël, sans l’État d’Israël, ne serait-il pas un monde plus pauvre, moins libre ?

 http://zakhor-online.com/?p=3049

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