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mai 10, 2012

Archéologie de l’antisémitisme 2/2

by Olivier YPSILANTIS

 

C’est donc la victime souffrante qui est reconnue dans le corps du peuple de la Shoa, le corps mort. Pas la personne juive ni le sujet historique. L’identité se voit, paradoxalement, rejetée sur le Juif, obstacle à l’universalité, et non sur l’Occident décliné dans toutes ses nations, identifié ethnocentriquement à l’universel. L’Europe unie vient aujourd’hui majorer cette illusion en lui donnant une nouvelle forme. De la même façon, le ‟Ni Juif, ni Grec” de Paul signifiait prosaïquement autrefois qu’il fallait devenir ‟romain”, comme si l’Empire romain incarnait à ce point ‟l’universel” qu’il n’avait plus d’identité !” Shmuel Trigano

 

Les Chrétiens ont longtemps pensé que lorsque les Juifs lisaient leurs Écritures, ils lisaient les Écritures chrétiennes, mais sans le savoir, en aveugles. Les Juifs n’étaient dignes d’intérêt que dans la mesure où ils témoignaient (bien malgré eux) de la valeur du christianisme. La doctrine augustinienne du ‟peuple témoin” a marqué et marque encore l’attitude de l’Église, dans une moindre mesure il et vrai.

 

Saint Augustin par Sandro Botticelli (1479)

 

L’attitude de saint Augustin envers le judaïsme a toutefois eu un aspect positif pour la vie juive, ainsi que le remarque Assaf Sagiv, puisqu’elle incita les Chrétiens à laisser les Juifs mener leur existence à part, sans leur chercher querelle. On peut dire sans vraiment forcer la note que saint Augustin regardait le peuple juif avec le respect dû à de prestigieux vestiges archéologiques ou, si vous préférez, à de grands ancêtres devenus aveugles mais dignes de notre respect car étant précisément nos ancêtres. La doctrine augustinienne de ‟peuple témoin” peut irriter, avec la condescendance qu’elle suppose, elle fut néanmoins une barrière protectrice pour le peuple juif. Saint Augustin est catégorique : le peuple juif doit être respecté, il témoigne. L’immense influence de sa doctrine n’empêcha pas maintes violences chrétiennes envers les Juifs ; mais elle empêcha probablement l’émergence d’une politique officielle d’annihilation du peuple juif conduite à l’ombre de la Croix. Assaf Sagiv note que lorsque les Juifs étaient chassés d’un pays de la chrétienté, ils trouvaient refuge dans un autre pays de la chrétienté. A ce propos, on oublie volontiers que les expulsions des Juifs d’Espagne (1492) puis du Portugal (1496) furent précédées d’autres expulsions, du royaume de France, par exemple, en 1306, sous Philippe IV, puis en 1394, sous Charles VI. La plupart des quelque cent mille Juifs expulsés sous Philippe IV partirent vers la Péninsule ibérique. Nombre d’entre eux s’installèrent dans les régions limitrophes (comme la Navarre ou l’Aragon) au cas où il leur serait permis de revenir en France.

 

Venons-en au troisième paradigme. Après l’hellénisme et le christianisme, les Lumières, un mouvement libérateur certes ; mais, ainsi que je l’ai écrit, les Lumières eurent leur part d’ombre. Voltaire le pourfendeur de préjugés en trimbalait pourtant et des lourds, notamment au sujet des Juifs. Je ne vais pas recenser ses propos particulièrement négatifs à leur sujet, ils sont bien trop nombreux. On sait par exemple qu’il les désignait comme les responsables de leurs propres malheurs. Et je pourrais citer d’autres illustres représentants des Lumières, parmi lesquels Diderot et d’Holbach. Il faut lire à ce propos ‟Roots of Hate : Antisemitism in Europe Before the Holocaust” de William I. Brustein. Kant exhorta les Juifs à se convertir au christianisme et à se montrer pleinement dignes des droits civils en hâtant l’euthanasie du judaïsme (Die Euthanasie des Judentums), ainsi qu’il l’écrit dans son dernier livre (publié en 1798), ‟Le conflit des facultés” (‟Der Streit der Fakultäten”).

 

L’antisémitisme n’a pas été une réaction aux Lumières, un réflexe réactionnaire pour reprendre un certain jargon, il est intrinsèque à ce troisième paradigme, à ce nouvel universalisme, les Lumières. Oui, les Lumières contenaient une singulière part d’ombre ! Je l’ai toujours pressenti et l’étude me le confirme. Arthur Hertzberg écrit dans ‟The French Enlightenment and the Jews: The Origins of Modern Antisemitism” : ‟Modern, secular, antisemitism was fashioned not as a reaction to the Enlightenment and the [French] Revolution, but within the Enlightenment and Revolution themselves.”

 

Cet antijudaïsme-antisémitisme est bien l’une des parts d’ombre des Lumières. L’épouvante nazie a (presque) fait oublier que tout au long du XIXe siècle des idéologues de gauche ont accusé les Juifs de bien des maux. Ci-joint, un blog qui répertorie les écrits antisémites de Charles Fourier :

http://charles-fourier-et-les-juifs.blogspot.com.es/

Le cas de Karl Marx est plus complexe. Je conseille à ce propos l’excellente étude de Francis Kaplan, ‟Marx antisémite ?” Et Pierre-Joseph Proudhon ? Jean Jaurès qui a ses rues en Israël (notamment à Tel Aviv) et qui lutta pour la réhabilitation de Dreyfus ne fut pas toujours un philosémite convaincu. En 1895, l’année même où Dreyfus fut accusé de trahison, il publia un article dans ‟La Dépêche du Midi” où il se disait heureux de l’hostilité croissante des Algériens envers les Juifs d’Algérie qu’il accusait de spolier les Arabes.

 

Le ‟nouvel antisémitisme” a emprunté une voie pavée par ces trois paradigmes : l’hellénisme, le catholicisme et la modernité (les Lumières). Toutefois, à leur différence, il ne tend pas vers une abolition des particularismes au nom de l’Homme, de l’Humanité et tutti quanti. Non, le ‟nouvel antisémitisme” est postmoderne, il tend vers l’effacement de tout particularisme ethnique ou national, avec reconnaissance de l’Autre avec un grand A. Autrement dit, plutôt que d’en finir avec les particularismes, cette posture les encourage, ce qui est une autre histoire…

 

Mais alors, comment une idéologie qui prône à grands cris la tolérance — le nous-sommes-tous-frères — peut-elle faire preuve d’intolérance et conspuer l’État d’Israël ? Cette idéologie dénonce ce pays au nom de l’anti-apartheid (sic), dénonce un État supposé nier radicalement les droits des citoyens non-Juifs, sans même parler des millions de Palestiniens de Judée, de Samarie et de Gaza. Mais l’antisionisme qui a le goût de la posture morale cache (sans toujours en avoir clairement conscience) une animosité plus vaste dirigée contre les Juifs en général — contre le peuple juif — ainsi que le montre Robert S. Wistrich. Il pointe du doigt les antisionistes d’extrême-gauche qui rêvent d’un monde Judenstaatrein, ainsi qu’il l’écrit dans ‟European Antisemitism Reinvents Itself”. Ci-joint, un lien intitulé ‟Anti-Zionism and Anti-Semitism” :

http://www.jcpa.org/phas/phas-wistrich-f04.htm

 

Parmi ces radicaux post-modernes, on trouve un certain nombre de Juifs. Au nom de l’universalisme dont ces derniers sont censés être les porteurs, ils vilipendent Israël et refusent au peuple juif ce qu’ils ne refusent pas aux autres peuples. J’aime la sévérité avec la famille mais il me semble ces Juifs dépassent les limites et que leur zèle met en danger une communauté toujours menacée.

 

Dans ‟La concurrence des victimes : génocide, identité, reconnaissance”, le sociologue Jean-Michel Chaumont pointe cette concurrence victimaire qui ne peut que faire penser aux insanités de José Saramago, complaisamment relayées par ‟El País”, grand quotidien espagnol de centre-gauche. A en croire le prix Nobel de littérature 1998, les Juifs sont éduqués dans l’idée que les souffrances des autres (en particulier celles des Palestiniens) ne sont pas grand chose en regard de leurs propres souffrances. Bref, toujours selon ce monsieur, les Juifs ne cesseraient de gratter leurs plaies afin de les maintenir purulentes et les exhiber à la face du monde. Je ne connais pas d’affirmation plus vulgaire.

 

Dans les années 1960, la pensée juive a bénéficié d’un certain engouement. On se souvient du célèbre ‟Nous somme tous des Juifs allemands” en soutien à Dany le Rouge. Cet engouement fit perdre aux Juifs leur réalité. Ils devinrent un archétype — comme le Juif errant. Dans ‟Heidegger et «les juifs»” de Jean-François Lyotard, le mot ‟juif” est écrit avec une minuscule ; il est sans spécificité, exit le peuple juif ; il représente tous les dépossédés, où qu’ils soient.

 

L’État d’Israël perturbe cette opération qui consiste à vider le mot ‟juif” de sa substance. On voulait que ‟le Juif” soit le cosmopolite par excellence ; c’était chic, c’était tendance. Mais le sionisme et la création de l’État d’Israël bouleversent certaines catégories mentales. Le déraciné prend racine et la morale post-moderne en perd son latin. Je pourrais à ce propos citer des pages des ‟Frontières d’Auschwitz” de Shmuel Trigano. Nombreux furent ceux qui en vinrent à penser que l’État d’Israël ne pouvait être juif dans son essence tellement était archétypale leur vision du Juif ; et ils déclarèrent traître le Juif, traître… à l’image qu’ils en avaient. Parmi ces juges implacables, des Juifs.

 

Je cède la parole à Alain Finkielkraut : ‟Ce dont les Juifs ont à répondre désormais, ce n’est pas de la corruption de l’identité française, c’est du martyre qu’ils infligent, ou laissent infliger en leur nom, à l’altérité palestinienne. On ne dénonce plus leur vocation cosmopolite, on l’exalte, au contraire, et, avec une véhémence navrée, on leur reproche de la trahir. On fait valoir nostalgiquement que la judéité n’est plus ce qu’elle était, à l’admirable exception de quelques justes, de quelques dissidents, de quelques prophètes obstinés qui ne se laissent pas intimider et qui, prenant tous les risques, osent penser comme on pense. Loin de mettre en cause l’inquiétante étrangeté des Juifs, on leur en veut de nous rejoindre au moment où nous nous quittons, on se désole de leur assimilation à contretemps et du chassé-croisée qui les fait tomber dans l’idolâtrie et la sanctification du Lieu quand le monde éclairé se convertit en masse au transfrontiérisme et à l’errance ; on n’accuse pas ces nomades invétérés de conspirer au déracinement de l’Europe, on déplore que ces tard-venus de l’autochtonie aient régressé au stade où étaient les Européens avant que le remords ne ronge leur ego et ne les contraigne à placer les principes universels au-dessus des souverainetés territoriales.”

 

Ce désir de convertir l’image séculaire du Juif, soucieux de son particularisme, en un modèle amélioré qui ‟transcende” les frontières et les communautés est l’un des courants du nouvel antisémitisme. La victime universelle exige l’annihilation, physique ou symbolique, de la victime particulière. La souffrance d’un peuple, le peuple juif en l’occurrence, doit s’effacer devant la souffrance de l’humanité, la souffrance en général. Ce nouvel antisémitisme ainsi paré aux couleurs de l’universel exerce un puissant attrait sur les bonnes âmes — y compris sur certains Juifs, redisons-le.

 http://zakhor-online.com/?p=3457

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mai 9, 2012

Emile Zola (1840 – 1902) » La jeunesse ne peut être antisémite ! »

Pour Emile Zola, « La jeunesse ne peut être antisémite, sauf à être déséquilibrée ! »

 

Dans cet extrait de « La vérité en marche », l’auteur de « J’accuse » avoue ne pas se faire à l’idée que la jeunesse puisse être antisémite. Si tôt pervertie par cet « imbécile poison », « si la jeunesse en était vraiment là, ce serait à sangloter, à nier tout espoir et tout bonheur… »

Et bien non, Emile Zola se trompe. La jeunesse antisémite existe, voire la jeunesse qui dénie aux Juifs la possibilité du renouveau national et que la haine conduit à l’antisionisme

Emile Zola semble croire que la jeunesse correspondant à une période d’apprentissage, de formation et de préparation, ne pourrait adhérer à une idéologie qui suppose un pourrissement de la conscience, une expérience de la haine et du ressentiment qui ne pourraient appartenir qu’aux adultes.

Enfin Zola rappelle l’histoire. Thérapie infaillible pour quiconque conserve une conscience. Il insiste sur la jouissance de la liberté présente et réelle, parce que des générations ont combattu l’arbitraire et ses attributs maudits.

« Des jeunes gens antisémites, ça existe donc cela ? Il y a donc des cerveaux neufs, des âmes neuves, que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés ? Quelle tristesse, quelle inquiétude pour le vingtième siècle qui va s’ouvrir. Cent ans après la Déclaration des Droits de l’homme, cent ans après l’acte suprême de tolérance et d’émancipation, on en revient aux guerres de religion, au plus odieux et au plus sot des fanatismes.

 

Ils sont les ouvriers attendus et voilà déjà qu’ils se déclarent antisémites. Une belle entrée en jouissance, pour la Cité de nos rêves, la Cité d’égalité et de fraternité. Jeunesse, jeunesse !souviens toi des souffrances que tes pères ont endurées, des terribles batailles où ils ont dû vaincre pour conquérir la liberté dont tu jouis à cette heure. Si tu te sens indépendant, si tu peux aller et venir à ton gré, dire dans la presse ce que tu penses, avoir une opinion et l’exprimer publiquement, c’est que tes pères ont donné de leur intelligence et de leur sang.

 

Remercie tes pères et ne commets pas le crime d’acclamer le mensonge, de faire campagne avec la force brutale, l’intolérance des fanatiques et la voracité des ambitieux. La dictature est au bout.


 

N’avons-nous pas dépassé les craintes de Zola ? Essayons de voir d’un regard non pollué certaines attitudes lors de manifestations ou entendons les propos menaçants. Ne serions-nous pas en train de dégringoler vers une sorte d’ancien régime, du moins pour ce qui concerne l’expression et les limites de la liberté. Dégringolade devenue comme une revanche sur l’ordre des choses ?

La vérité en marche. Lettre à la Jeunesse p 48 Paris, E. Fasquelle, 1901

 

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avril 29, 2012

Le président du Crif s’inquiète d’un antisémitisme de gauche

Richard Prasquier situe les deux candidats au second tour de la présidentielle comme des amis d’Israël, mais s’inquiète d’une dérive antisémite possible à gauche.

JACKY NAEGELEN / AFP

Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), a publié une tribune dans le quotidien de gauche israëlien Haaretz.

En pleine campagne présidentielle française, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Richard Prasquier, publie jeudi 26 avril une tribune dans Haaretz , quotidien israélien de centre-gauche. Il identifie comme l’un des enjeux majeurs pour le second tour la façon dont les deux candidats vont se battre contre « le nouvel antisémitisme qui a pris le masque de l’antisionisme » , notamment, selon lui, dans les positions de certains partis de gauche.

Il salue chez Nicolas Sarkozy ses « liens forts avec la communauté juive française » et sa « profonde connaissance d’Israël » , en estimant qu’en cas de réélection il poursuivrait la même politique. Alors que les votes des électeurs de Marine Le Pen semblent déterminants pour le second tour, il n’existe selon Richard Praquier « aucune possibilité d’un accord politique » entre l’UMP et le Front National.

Le parti du Marine Le Pen n’exercera « aucune influence sur les politiques vis-à-vis de la communauté juive en France » selon Richard Prasquier, qui n’identifie pas les principaux risques d’antisémitisme à droite, mais plutôt à gauche.

Crainte de manifestations anti-sionistes de la part de l’extrême-gauche

Le président du Crif dénonce surtout « les partis de la gauche radicale et les Verts qui expriment une profonde hostilité à l’égard d’Israël». En cas de victoire de François Hollande, le président du Crif se demande quelle influence exerceront sur lui « ces leaders socialistes qui ont des vues négatives par rapport à Israël » .

Le président du Crif semble rassuré par le modeste score de 11% des voix obtenu par Jean-Luc Mélenchon au premier tour, qui « devrait bien réduire son influence sur la politique étrangère française » , mais s’attend à un regain de manifestions antisionistes des communistes ou de l’extrême-gauche. Il prend toutefois acte des « sentiments clairement amicaux » exprimés par François Hollande à l’égard de la communauté juive.

Les phénomènes d’antisémitisme en France suscitent beaucoup d’inquiétudes en Israël, notamment depuis l’attentat de Toulouse qui avait fait 4 morts dans une école juive le 19 mars dernier.

Mise à jour du vendredi 27 avril, 16h15 :

À la suite de la polémique née de la publication de sa tribune dans Haaretz , Richard Prasquier a publié une mise au point sur le site du Crif.

Cyprien Viet
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mars 24, 2012

Décryptage d’un discours anti-sioniste. (3/3)

Suite et fin du décryptage des propos de Pierre Stambul, Président de l’UJFP (Union des Juifs français pour la paix). Dans ce texte, il développe un grand nombre de poncifs anti-sionistes fondés sur un mépris absolu de l’histoire en général et des faits et chiffres en particulier. Le texte de Stanboul est en caractère gras, suivi du décryptage.

Exemples :

« Le sionisme a entrepris de transformer radicalement les Juifs. Pour construire l’Israélien nouveau, il a fallu « tuer » le Juif, le cosmopolite, l’universel, le dispersé. Il a fallu se débarrasser de sa culture, de ses valeurs, de sa mémoire, de son histoire. De nombreux traits, de nombreux mythes de la société israélienne sont totalement étrangers à l’histoire juive. Le militarisme bien sûr (Israël est une armée dotée d’un Etat et pas le contraire), l’esprit pionnier (« du désert, nous avons fait un jardin », façon de masquer que la société israélienne s’est surtout développée par un transfert massif d’argent venu d’Occident), l’insensibilité totale à l’autre qui s’oppose radicalement à l’universalisme de la sortie du ghetto. »

M. Stambul regrette visiblement que le Juif malingre et persécuté des pays occidentaux et orientaux ait laissé la place à un paysan musclé capable de se défendre. M. Stambul a des préjugés : si on a des muscles, on ne peut pas avoir de culture. Exit, donc « la culture, les valeurs et l’histoire juives ». Rien que cela !

On pourra faire remarquer à M. Stambul qu’Israël est classé troisième mondial, (derrière les Etats-Unis et la Hollande, largement devant la France) pour le nombre d’universitaires par habitant (24% de diplômes, 12% de doctorats), pour le nombre de brevets déposés par habitant (109 publications scientifiques pour 10.000 habitants) et pour le nombre de livres lus par habitant (2ème mondial), il n’en démordra pas, il vit dans son fantasme. S’il en sortait, il verrait qu’Israël a le pourcentage d’ordinateurs par habitant le plus élevé au monde et qu’il a le taux le plus élevé du monde de scientifiques et de techniciens : 145 pour 10.000 habitants, largement devant les Etats-Unis (85 pour 10.000), le Japon (70 pour 10 000) et l’Allemagne (65 pour 10.000).

Mais cela ne suffira pas à M. Stambul pour pardonner aux Israéliens d’avoir « fait un jardin du désert ». Cela ne prouve pas qu’ils sont industrieux, créatifs et amoureux de leur terre, cela prouve seulement qu’ils ont reçu un « transfert massif d’argent venu d’occident ». M. Stambul n’a probablement pas accès aux statistiques de l’ONU qui montrent que l’UNWRA, agence de l’ONU consacrée aux seuls réfugiés palestiniens, a un budget très largement supérieur à celui de tous les autres réfugiés de la planète. A quoi est utilisé ce budget? M. Stambul ne se pose pas la question. Pas plus qu’il ne se demande si, après le départ des Israéliens de Gaza, quand de riches Juifs américains leur rachetèrent 600 serres qui, au lieu d’être démontées et transportées en Israël devaient servir de point de départ à une agriculture palestinienne moderne, si cela ne représente pas “un transfert massif d’argent venu d’occident”. Non, M. Stambul ne dit rien, il détourne le regard. Et quand ces 600 serres sont vandalisées et entièrement détruites par les Palestiniens le lendemain du départ des Israéliens, où regarde-t-il, M. Stambul ? Il regarde avec bienveillance les Juifs des pays arabes :

« Pour les Juifs du monde arabe, c’est pire. Là, il n’y a pas d’histoire de persécution. »

En Syrie, de 30.000 en 1948, la population juive était descendue à moins de 200 individus en 2001.

Au Liban les Juifs sont passés de 20.000 en 1948 à une petite centaine au début du XXe siècle. Sous l’administration des Arabes chrétiens, ils jouissaient d’une tolérance relative. Au milieu des années 1950, environ 7.000 d’entre eux vivaient à Beyrouth. En tant que dhimmis, leur situation n’était jamais sûre et la majorité d’entre eux émigra en 1967. La majorité des 1.800 Juifs libanais qui restaient après la guerre civile entre chrétiens et musulmans de 1975-76 émigra en 1976. Au milieu des années 1980, le Hezbollah kidnappa plusieurs Juifs parmi les plus éminents qui restaient à Beyrouth : la plupart étaient des dirigeants de la minuscule communauté juive libanaise. Quatre d’entre eux furent ensuite retrouvés assassinés.

La loi jordanienne n°6 sur la nationalité précise que « quiconque peut acquérir la nationalité jordanienne du moment qu’il n’est pas juif ».

En Egypte, de 75.000 en 1948, le nombre des Juifs était passé à deux cents en 2000. En 1956, le gouvernement égyptien en expulsa environ 25.000 et confisqua leurs biens : le 23 novembre 1956, une proclamation signée du ministre des Affaires Religieuses et diffusée dans toutes les mosquées d’Égypte, déclarait que « tous les juifs sont sionistes et ennemis de l’Etat » et promettait qu’ils seraient tous rapidement expulsés (16). Au moment de la Guerre des six jours, en 1967, les biens du peu qui restait furent confisqués.

En Arabie Saoudite, la notion même de liberté religieuse n’est pas compatible avec la charia : les citoyens saoudiens ont l’obligation d’être des musulmans sunnites. « Ô Dieu, les Juifs ont transgressé toutes les limites de leur tyrannie. Ô Dieu, ébranle le sol sous leurs pieds, fais pleuvoir sur eux la torture, et détruis jusqu’au dernier d’entre eux » déclarait le Sheikh Abd-al-Bari al-Tubayt, le 7 juin 2002, dans son sermon prononcé à la Grande Mosquée de Médine et retransmis à la télévision nationale saoudienne.

Ce qui s’inscrivait dans la droite ligne de l’antisémitisme traditionnel, courant dans ce pays sans Juif : « le Talmud déclare que si un Juif ne boit pas chaque année le sang d’un homme non Juif, il sera damné pour l’éternité » s’est permis Marouf Al-Dawalibi, délégué d’Arabie Saoudite avant la conférence de la Commission des droits de l’homme de l’ONU sur la tolérance religieuse, le 5 décembre 1984 et dans le même esprit, le 6 septembre 2002 : « L’Europe chrétienne s’est soulevée contre les Juifs quand on apprit que leurs rabbins attiraient habilement les passants isolés dans leurs lieux de culte. Là ils prenaient leur sang pour en faire des aliments consacrés pour leurs fêtes religieuses, suivant leur rituel. » Dixit le Dr. Mohammed ben S’ad Al Shwey’ir, éditorialiste de Al-Jazirah.

En Irak, dans les années 1950, un Baghdadi sur six était juif. Aujourd’hui il n’en reste évidemment pas un seul.

C’est ce que M. Stambul définit – avec regret – comme une absence d’histoire de persécution. Dans la fantasmagorie stambulienne, il faut comprendre que tous ces Juifs ont quitté des paradis culturels pour aller faire suer le burnous dans le désert israélien…

« Le sionisme veut clore l’histoire juive. Il présente la diaspora comme une gigantesque parenthèse. Il proclame la centralité d’Israël. Tous les Juifs sont sommés d’immigrer ou d’aider Israël. Sinon, ce sont des traîtres ayant la haine de soi. La plupart des institutions juives (à commencer en France par le Crif) n’ont qu’une seule fonction : la défense inconditionnelle de la politique du gouvernement israélien, quel qu’il soit. Cette négation du droit à l’existence d’un judaïsme non-sioniste est totalitaire. »

M. Stambul et son groupe de Juifs Pour la Paix en sont la brillante démonstration : M. Stambul est-il condamné par « l’entité sioniste » ? Est-il sommé d’immigrer par le Crif ? Hélas non, il reste à Paris d’où il peut accuser Israël des pires turpitudes avec d’autant plus de succès dans les médias qu’il excipe de sa propre judéité. Mais ne lui en déplaise, l’existence d’un judaïsme non-sioniste est parfaitement reconnue par les institutions juives, il a toute sa place dans le peuple juif, y compris en Israël où l’Etat finance ses écoles.

« La construction du futur Etat [d’Israël] a toujours primé sur toute autre considération. Pendant l’occupation Nazi, la résistance juive a été essentiellement communiste ou bundiste, les sionistes n’y ont joué qu’un rôle marginal. »

Les nazis n’ayant pas occupé la Palestine, on peut supposer que ce sont les Juifs européens auxquels M. Stambul attribue un complet désintérêt du sionisme. S’il avait dû résister à l’occupant nazi en 1939-45 en Europe, nul doute que M. Stambul eût en plus trouvé le temps de passer ses soirées à élaborer des traités idéologiques d’antisionisme, voire des motions internationales pour intervenir dans le débat – laissé entre parenthèses par la guerre – sur le futur foyer national juif.

La résistance juive en Europe a été moins productive intellectuellement ou politiquement que ne l’aurait été M. Stambul. Et si elle a effectivement compté de nombreux communistes dans ses rangs, les Juifs qui ont créé les kibbutzim en Israël, ces oasis communautaires pour lesquels M. Stambul éprouve tant de mépris, qu’ont-ils fait sinon mettre en pratique un communisme qui n’a jamais dégénéré en dictature (propriété collective des biens de production, à chacun un travail selon ses moyens et à chacun un revenu selon ses besoins) ?

Bon nombre de Juifs ont participé à la résistance en Europe, y compris dans des armées alliées, tout en étant sionistes. Et après la fin de la guerre, ils ont rejoint la Palestine pour lutter pour l’indépendance d’Israël, ce que veut ignorer M. Stambul afin de pouvoir continuer à opposer clairement les méchants juifs sionistes indifférents à la tragédie nazie en Europe et les gentils Juifs non-sionistes, bons résistants et bons communistes.

« Après la guerre et dans les premières années d’Israël, le génocide n’intéressait personne et on opposait l’israélien pionnier défrichant fièrement sa terre au déporté soumis se laissant massacrer. »

Mensonge ou ignorance ? Les dirigeants sionistes ont œuvré pour que les rescapés de la Shoah, abandonnés par les dirigeants européens, aient un avenir, au point même que certains s’inquiétèrent de cette arrivée massive en Israël de personnes « détruites » par la tragédie nazie. Cela n’intéresse pas M. Stambul, car cette aide aux rescapés favorisait l’immigration juive en Palestine, et par conséquent le sionisme.

« Le tournant, c’est le procès et l’exécution d’Eichmann (1960). Plus tard, il y aura Yad Vaschem. Le génocide devient la raison d’être et la justification des politiques israéliennes : « les Arabes veulent nous tuer ou nous jeter à la mer. Si nous ne voulons pas que le génocide se produise à nouveau, nous n’avons pas le choix. » La peur de l’anéantissement et l’instrumentalisation de l’extermination sont soigneusement entretenues. »

Le soir même de la déclaration d’indépendance d’Israël, dans la nuit du 15 mai 1948 les armées de l’Egypte, de la Syrie, du Liban, de la Transjordanie, de l’Arabie Saoudite et de l’Irak attaquèrent l’Etat nouveau-né. Azzam Pacha, secrétaire général de la Ligue Arabe, déclara à la BBC : « Ce sera une monumentale guerre d’extermination qui restera dans l’histoire comme les massacres des Mongols et les Croisades. »

En 1967, la violence syrienne avait produit « au cours des dix premiers jours de mai (…), onze attentats de plus qu’au cours du mois précédent ». Les Israéliens essayaient d’éviter l’escalade, pensant que « les déclarations suffisamment énergiques suffiraient à ramener les Syriens à la raison. (17)» L’Égypte, alliée de la Syrie depuis le pacte d’assistance militaire qu’elles avaient signé le 4 novembre 1966, mobilisa. Elle exigea et obtint, le 18 mai, le renvoi des casques bleus de la frontière égypto-israélienne.

Le 24 mai, l’Égypte interdit le détroit de Tiran aux navires israéliens ou commerçant avec Israël et tint des propos d’une rare violence contre l’État Juif. Israël devait donc faire face à une coalition regroupant l’Égypte, la Syrie, le Liban, l’Algérie, le Maroc, le Koweït, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et l’Irak, qui tous, proposaient d’envoyer des troupes et du matériel militaire sur place (1Cool.

Pendant ce temps, les attaques de fedayin palestiniens se poursuivaient, y compris à partir de la frontière égyptienne (19), qui leur était interdite quelques jours auparavant. L’allié d’Israël, la France présidée par de Gaulle, l’abandonnait en condamnant par avance toute action militaire (20) qu’il serait contraint de prendre pour se libérer de l’étau noué autour de lui.

La guerre de 1973 fut déclenchée de façon concertée par l’Égypte et la Syrie. Le 6 octobre 1973 était celui du Grand Pardon (Yom Kippour), jour le plus sacré du calendrier juif. Ce jour férié, la très grande majorité des Israéliens est à la synagogue. Les soldats sont donc, exceptionnellement, injoignables et difficiles à mobiliser. C’est cette date que, fort habilement, l’Égypte et la Syrie choisirent pour combiner une attaque surprise contre Israël.

L’équivalent de la totalité des forces de l’OTAN stationnées en Europe fut mobilisé aux frontières d’Israël. Outre l’Égypte et la Syrie, 9 états arabes, dont 4 nations étrangères au Moyen-Orient, prirent une part active à la guerre contre Israël. L’Irak avait pris les devants en transférant en Égypte, quelques mois avant la Guerre de Kippour, une escadrille d’aviation. Pendant les opérations, il déploya au centre du Plateau du Golan une division comprenant 18 000 hommes et plusieurs centaines de chars qui participèrent à l’attaque du 16 octobre contre les positions israéliennes.

Les Migs irakiens opérèrent au-dessus du Golan dès le troisième jour de la guerre (8 octobre 1973). L’Arabie Saoudite et le Koweït, s’ils fournirent surtout un soutien financier, engagèrent aussi des hommes dans la bataille : 3.000 fantassins saoudiens participèrent aux combats aux alentours de Damas. « Tous les pays devraient faire la guerre aux Sionistes, qui sont ici pour détruire toute organisation humaine, pour détruire la civilisation et tout le travail que les hommes de bien essaient d’accomplir », déclara le Roi Fayçal d’Arabie Saoudite au Beyrouth Daily Star, le 17 novembre 1972.

Malgré l’embargo sur la fourniture d’armes françaises aux belligérants, promulgué par le Général de Gaulle au moment de la Guerre des six jours, la Libye finança, entre 1971 et 1973, plus d’un milliard de dollars d’armes livrées par l’URSS à l’Égypte. L’Algérie fournit des avions de combat et des blindés, la Tunisie expédia un ou deux milliers de soldats et le Maroc envoya trois brigades. Le Soudan, quant à lui, stationna 3.500 hommes dans le Sud de l’Égypte. L’aviation syrienne bénéficia de la logistique des unités de radar libanaises. Les Palestiniens bombardèrent les villages civils israéliens depuis le Liban et participèrent aux combats avec les Egyptiens et les Koweitiens.

Le Ministre syrien de la défense, Mustafa Tlas, fit un discours devant l’Assemblée Nationale de son pays, en décembre 1973, au cours duquel il cita les faits d’armes « extraordinaires d’un soldat originaire d’Alep qui a tué 28 soldats juifs à lui tout seul, les égorgeant comme des moutons. Tous ses camarades en armes assistèrent à son exploit. Il en massacra trois à la hache et les décapita… Il se battit en duel avec l’un d’entre eux et, jetant sa hache, réussit à lui briser le cou et à dévorer sa chair devant ses camarades. C’est un cas exceptionnel. Je vais lui remettre la médaille de la République. Je récompenserai de cette médaille tout soldat qui réussira à tuer 28 Juifs et je le couvrirai de gloire et d’honneurs pour sa bravoure. »

La bonne nouvelle, pour M. Stambul, c’est que « La peur de l’anéantissement et l’instrumentalisation de l’extermination » n’ont vraiment pas besoin d’être entretenues par les Israéliens !

« On le comprendra, je ne crois pas à l’existence d’un « sionisme à visage humain », même si quelques refuzniks y croient encore et pensent que seule l’occupation salit la société israélienne. »

Un « sionisme à visage humain » serait une attitude d’équanimité pour M. Stambul qui trouverait normal que le peuple juif jouisse des mêmes droits que tous les autres peuples au monde, à commencer par son autodétermination. Mais ce n’est pas ce qu’il entend par cette expression. Il se réfère à un sionisme d’où le peuple juif serait exclu, un sionisme qui serait le retour à Sion de la dhimmitude et de la persécution des Juifs. Peut-être alors M. Stambul s’autoriserait-il à teinter légèrement l’expression de sa haine ontologique d’un peu de regret pour les génocidés ? En attendant, puisqu’il veut bien voir de l’humain dans le déni du sionisme, il prétend ignorer le camp de la paix en Israël, qui est constitué de sionistes (La Paix maintenant, Meretz, le Mouvement kibboutzique qui coopère avec des agriculteurs arabes palestiniens…)

« Le problème en Israël, ce n’est pas la droite, c’est la « gauche ». Je ne parle évidemment pas de la minorité anticolonialiste qui manifeste quotidiennement contre l’occupation mais de la gauche officielle qui gravite autour du Parti Travailliste. Cette gauche a trempé dans tous les crimes commis contre la Palestine : C’est l’Irgoun de Begin qui a massacré les villageois de Deir Yassine en 1948 mais c’est la Hagana qui a achevé le travail en appliquant le plan Dalet (l’expulsion). »

Comme Sabra et Chatila, Deir Yassine est aux antisionistes ce que Victor Hugo est à la poésie : un symbole, un monument et un héros auquel on peut attribuer à peu près n’importe quelle citation. Menahem Begin, alors chef de l’Irgoun, raconta après Deir Yassine qu’on avait voulu salir son organisation « en parlant des atrocités commises… Or, avant l’attaque, renonçant à l’avantage d’une surprise, nous avions prévenu la population avec des haut-parleurs, et beaucoup de femmes, d’enfants et de vieillards avaient effectivement quitté le village. (…) Nous avions d’ailleurs constamment enseigné à nos soldats le respect des lois de la guerre. (21)».

Evidemment, il n’est pas question de croire sur parole un sioniste, a fortiori de droite, mais ce qu’il dit est confirmé par une brochure de propagande arabe dans laquelle on peut lire que « le pacifique village de Deir Yassine, dans les faubourgs de Jérusalem, a été surpris par des haut-parleurs qui invitaient les habitants du village à l’évacuer immédiatement (22)» et environ deux cents villageois allèrent se protéger en dehors du village et ne subirent aucun dommage.

Ainsi, remarque un historien français, l’Irgoun « se privait volontairement, pour des raisons d’humanité, de sa meilleure arme, la surprise. Deir Yassine a été surpris par des haut-parleurs, non par des rafales de mitrailleuse. (23)»

Par ailleurs, il est historiquement prouvé que, s’il y a bien eu des expulsions, celles-ci n’ont pas fait l’objet d’une planification. Les causes de l’exode arabe sont multiples, on en a parlé plus haut. N’y voir qu’un plan délibéré d’Israël relève soit d’une singulière myopie soit d’un aveuglement dogmatique volontaire. Nous laisserons l’ophtalmologiste de M. Stambul établir le diagnostic…

« Si seuls, les militants juifs se sentent concernés [par l’antisémitisme], alors nous aurons tous perdus. Ces choses dites, nous devons en permanence dénoncer l’instrumentalisation de l’antisémitisme par les sionistes. Leur dénier le moindre droit de propriété sur un combat antiraciste qu’ils dévoient en permanence à des fins partisanes. Dire que c’est la politique actuelle israélienne qui met les Juifs en danger. »

Si l’on comprend bien M. Stambul, l’antisémitisme existe mais il est beaucoup moins grave que son instrumentalisation par les sionistes. Les pancartes « Mort aux juifs » pendant les manifestations pro-palestiniennes ? Instrumentalisation ! Les attaques d’enfants juifs dans les écoles ? Ne méritent pas de combat antiraciste qui pourrait servir le sionisme ! Les synagogues incendiées ? Moins grave qu’une seule mosquée taguée ! Ce qui compte, si l’on veut faire avancer la paix, c’est « Dire que c’est la politique actuelle israélienne qui met les Juifs en danger. »

La meilleure preuve, c’est le « mur de l’apartheid » que ces immondes sionistes appellent « barrière de sécurité ». Il a fait tomber le chiffre des victimes civiles israéliennes d’attentat de 200 à zéro. Si ce n’est pas faire la preuve que la politique israélienne est la cause de l’antisémitisme, on se demande où on ira chercher cette preuve !

Rassurons-nous, avec l’objectivité qui caractérise l’homme honnête à la recherche de la paix, M. Stambul nous a établi un manuel d’utilisation : si c’est sioniste, c’est mauvais. Si c’est antisioniste, aussi saugrenu et éloigné de la réalité que ce soit, c’est à croire avec dévotion.

Le monde de M. Stambul est commodément divisé entre victimes vertueuses d’un côté et coupables immoraux de l’autre.

Pour lui, le judaïsme est dévoyé dans sa version sioniste, fondée sur une immoralité consciente et par nature illégitime. C’est un nationalisme étroit, xénophobe et totalitaire. L’antisionisme en revanche, qui consiste à refuser au seul peuple juif son émancipation nationale, est une attitude humaniste, généreuse et fraternelle.

A défaut d’éviter aux cinq millions de Juifs israéliens contemporains de subir le sort des six millions de leurs aînés européens, il permet à M. Stambul et à ses semblables l’exquise extase du masochisme et de l’auto-flagellation. On n’avait pas vu jouir autant depuis Jean Genêt à Chatila !

Une approche qui ne fait pas avancer d’un iota la paix.

Liliane Messika © Primo-Europe (reproduction autorisée avec mention de la source)

(16) Associated Press, 26 novembre 1956; New York World Telegram, 29 novembre 1956.

(17) David Kimche et Dan Bowly : Israël face aux Arabes – Hier Demain aujourd’hui- Editions Arthaud, 1968.

(1Cool 100.000 soldats égyptiens et 800 tanks sont massés dans le Sinaï. Les Saoudiens envoient 20.000 hommes près d’Eilat.

(19) Déjà dès 1966, après le coup d’Etat qui porta le Baas au pouvoir en Syrie, les attaques depuis la frontière syrienne atteignaient des sommets, entraînant des ripostes israéliennes et la même situation se produisait à la frontière jordanienne.

(20) « Le général de Gaulle est prêt à jeter Israël en pâture aux requins égyptiens » titre le New-York Times suite à la déclaration faite par le chef de l’Etat français : « La France n’est engagée à aucun titre ni sur aucun sujet avec aucun des Etats en cause. (…) L’Etat qui, le premier et où que ce soit, emploierait les armes n’aurait ni son approbation ni, à plus forte raison, son appui. Au cas où (…) une détente de fait se produirait, les problèmes posés (…) devraient être réglés au fond par décisions internationales.». Le Monde conclut que seul l’Etat israélien serait menacé de ne plus recevoir les munitions et les pièces détachées nécessaires à une aviation qu’il doit regretter d’avoir voulue exclusivement française.

(21) Menachem Begin, « The Revolt », Nash Publishing, New York, 1977.

(22) « L’agression israélienne », récit sur Deir Yassine publié par la Ligue Arabe, page 10.

(23) Miroir de l’histoire, n° 286, Librairie Jules Tallandier, Paris 1973, page 274.
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Auteur : Liliane Messika
Date d’enregistrement : 27-03-2007

mars 24, 2012

Décryptage d’un discours anti-sioniste. (2/3)

Par Jean-Daniel Chevalier et Liliane Messika © Primo-Europe

Pierre Stambul, Président de l’UJFP (Union des Juifs français pour la paix) a écrit un texte intitulé « Sionisme et antisémitisme » qui figure sur le site de son association, dans lequel il développe un grand nombre de poncifs anti-sionistes fondés sur un mépris absolu de l’histoire en général et des faits et chiffres en particulier.

Exemples, suite:

« Mais surtout la peur panique, la névrose entretenue qui fait croire aux Juifs que personne ne les aime, que tout le monde veut les détruire, que leur seule protection, c’est la puissance militaire et l’usage de la violence, que le génocide peut survenir à nouveau. »

M. Stambul vit sur la planète Mars : la Shoah n’y a pas été médiatisée, les persécutions contemporaines des Juifs dans les pays musulmans où il en reste quelques-uns (en Iran, en 2000, 13 juifs dont un mineur et un octogénaire ont été condamnés à mort pour « espionnage au profit du petit Satan » avant de voir leur peine commuée), le fait que 70% des actes de racisme commis en France depuis 2001 soient commis contre des Juifs (qui représentent 1% de la population, chiffres de la CNDH à l’appui), les menaces du Président iranien d’éradiquer atomiquement Israël de la surface de la terre, tout ceci relève de la névrose pure et simple.

Et une bombe nucléaire sur Israël tuerait instantanément 5 millions de Juifs, soit un million de moins qu’Hitler en six ans, aussi croire « que le génocide peut survenir à nouveau » est une « peur panique » absolument injustifiée. Névrose, peur panique, un psychiatre terrien qui examinerait ces déclarations de M. Stambul serait probablement plus sévère à son égard…

« Il pourrait y avoir un débat intéressant sur ce qui est légitime et sur ce qui ne l’est pas. La Naqba, c’est-à-dire l’expulsion des Palestiniens de leur propre pays est illégitime. La création d’un Etat Juif prétendant parler au nom de tous les Juifs et les faire tous émigrer est illégitime. L’existence d’un peuple israélien est devenue « légitime » avec le temps. »

M. Stambul prend aveuglément le parti des Palestiniens contre Israël, c’est sa névrose à lui et lui seul peut la soigner, mais même son parti pris est teinté de fausseté : « Naqba », encore une fois, signifie « catastrophe » et cette catastrophe du 14 mai 1948 n’est pas l’expulsion de quelque Palestinien que ce soit mais la déclaration de l’Indépendance d’Israël.

Le fait de considérer comme une catastrophe la mise en œuvre d’une décision de l’ONU peut sembler illégitime à M. Stambul dans le cadre du délire qu’il entretient vis-à-vis de ses origines, mais cela représente vis-à-vis du droit international un acte rigoureusement légal et justifié. Ce qui l’est moins est le refus des pays arabes entourant Israël d’accepter le partage de la Palestine et donc l’Etat arabe palestinien qui aurait dû y voir le jour il y aura bientôt 60 ans.

« L’Occident continue de faire payer aux Palestiniens pour un crime européen : l’antisémitisme et le génocide. »

Montrer l’Etat d’Israël comme étant un sacrifice imposé aux Arabes palestiniens pour compenser la Shoah est une vision idéologique, pas historique. D’une part, l’autorité suprême de Jérusalem pendant la Deuxième guerre mondiale, le mufti Husseini, cherchait activement le soutien d’Hitler pour étendre le génocide au Moyen-Orient (leur correspondance a été publiée en différentes langues, jamais en français, on peut se demander pourquoi). D’autre part, la constitution de l’Etat d’Israël était déjà très avancée dans les années 1920 (Haganna : armée de défense, Histadrout : syndicat des travailleurs, institutions diverses). Des plans de partage ont été proposés bien avant la Shoah (1917 : Déclaration Balfour).

En revanche, les Arabes de Palestine étaient très en retard dans le processus de constitution d’un Etat. Ils en étaient encore très loin en 1948 : divisions, identité arabe palestinienne déniée par les intéressés, sous-estimation de la capacité des Juifs à constituer leur Etat (ils n’y arriveront pas, pourquoi se précipiter à créer le nôtre), et surtout refus du Plan de partage…

« Retour sur l’histoire juive La question de l’existence ou non d’un peuple juif est complexe. Je parlerais plutôt de peuples juifs (au pluriel) ayant une histoire commune liée à la religion. Il n’y a évidemment pas de « race juive ». Il y a eu des conversions dans les deux sens au cours de l’histoire. Les Juifs d’aujourd’hui sont partiellement les descendants d’autres peuples et les Palestiniens, peuple autochtone, sont partiellement les descendants de Juifs romanisés qui sont restés après la destruction du Temple. »

Pour M. Stambul, le peuple juif n’existe pas. C’est plus simple pour lui refuser l’autodétermination qu’il accorde généreusement à tout autre peuple récemment autoproclamé. Dommage qu’il n’ait pas eu l’occasion de collaborer avec Hitler comme il le fait avec les ennemis des Juifs d’aujourd’hui. Car quand Hitler exterminait toute personne ayant au moins un grand-parent juif, y compris un nouveau-né, il n’en avait pas après une religion qui relève du choix personnel.

Les Inquisiteurs épargnaient les juifs qui se convertissaient au catholicisme parce que les rois d’Espagne avaient entrepris une guerre économique habillée aux couleurs d’une guerre de religion. Pour Hitler, il y avait une « race juive » qui correspondait en tout point à la définition d’un peuple ; un groupe ayant, malgré la distance géographique, conservé une langue, une histoire, des traditions et un idéal de retour à sa terre ancestrale.

A la veille de l’indépendance d’Israël, les Juifs venaient principalement d’Europe de l’est et d’après un recensement effectué en 1931 par les Britanniques, les Arabes musulmans vivant en Palestine utilisaient vingt trois langues différentes et les Arabes chrétiens vingt huit autres. Les lieux de naissance des Arabes palestiniens se situaient dans 25 pays autres que la Palestine ou la Syrie et la Transjordanie, parmi lesquels l’Égypte, Chypre, l’Irak, le Yémen, l’Iran, la Turquie, l’Inde, l’Algérie, le Maroc, la Libye, la Tunisie, l’Albanie, la France, la Grèce, l’Espagne, la Grande-Bretagne, l’URSS, la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, le Danemark, l’Allemagne, Malte… (2)

« Quelque part, cette opposition entre un judaïsme fermé, replié sur lui-même, prenant au premier degré l’idée de « peuple élu » face à un judaïsme universel, transposant le messianisme dans une ouverture au monde, a toujours existé. Et elle continue. Il n’y a jamais eu dans l’Antiquité la conquête sanglante de Canaan par Josué ou le royaume unifié de David et Salomon. L’archéologie infirme totalement ces épisodes. Ça veut dire qu’aujourd’hui le projet colonial sioniste prétend ressusciter un royaume imaginaire. Qu’il instrumentalise une légende (à laquelle les fondateurs du sionisme ne croyaient pas) pour justifier un mythique « retour » et un projet colonial. L’archéologie, tout comme une lecture critique de la Bible, montrent au contraire que des peuples différents ont toujours cohabité sur la terre palestinienne. »

Encore un malentendu sur le « peuple choisi » mal traduit en « peuple élu ». Le peuple qui a été choisi a des devoirs dont les autres sont dispensés. Que l’on soit ou non croyant, la pensée juive a quand même donné naissance à la morale et à la déclaration des droits de l’homme.

« Aujourd’hui, le projet colonial sioniste », dit M. Stambul, qui en cinq mots, commet quatre erreurs ! Aujourd’hui, le sionisme n’est plus un projet, c’est une réalité : le peuple juif a acquis son indépendance et son Etat. Cela ne plaît pas à M. Stambul mais c’est quand même une réalité. En revanche parler de « projet colonial » témoigne d’une utilisation propagandiste du vocabulaire indépendamment du sens des mots. En effet, en français, depuis la fin de la guerre d’Algérie, « colonial » est un gros mot qui évoque la torture institutionnalisée. De fait, la France avait colonisé un pays étranger dont elle avait organisé l’administration au détriment des natifs et dont elle s’était approprié les richesses.

En dehors des différents royaumes juifs d’Israël (dont l’archéologie, contrairement aux affirmations péremptoires de M. Stambul, a fourni des tombereaux de preuves), il n’y a jamais eu d’Etat à cet endroit. De 1517 à 1917, c’était une province ottomane, puis elle fut confiée à la Grande-Bretagne pour qu’elle l’administre en attendant qu’on y installe le « foyer national juif ».

Lorsque le plan de partage a été mis en œuvre, il s’agissait d’installer deux Etats pour deux peuples, l’un vieux de 5000 ans, l’autre qui ne se reconnaissait pas encore comme tel. A aucun moment, un Etat n’a pris le pas sur un autre pour s’en approprier les richesses. D’autant qu’Israël est pratiquement le seul Etat de la région à ne pas posséder de matières premières !

Une remarque en passant, M. Stambul et son organisation refusent les preuves archéologiques qui font du Mont du Temple le principal lieu saint de l’historie juive, mais ils n’hésitent pas à insister sur “Jérusalem, troisième lieu saint de l’islam”. Or cette dénomination a été donnée par l’exégèse d’un rêve de Mahomet qui s’était vu s’envoler au ciel sur une créature mythique tenant du cheval, de la femme et de l’aigle, depuis « la lointaine ». C’est cette “lointaine” que les hagiographes ultérieurs situèrent là où se trouvait la mosquée la plus éloignée de La Mecque, à Jérusalem. C’est pourquoi une deuxième mosquée y fut construite, sur l’esplanade qui avait été le Temple de Salomon (détruit par les Romains en 70 après J-C.) et qui est devenue, en Arabe « Haram el Sharif », et en Stambul dans le texte, l’esplanade des mosquées.

« De façon générale, c’est le Christianisme qui porte la responsabilité essentielle de l’antijudaïsme, des expulsions et des massacres.(…). En pays musulman, le statut de dhimmi n’avait certes rien d’enthousiasmant, mais il a protégé les Juifs, peuple du livre. Avant le sionisme, il n’y a quasiment pas d’épisode tragique pour les Juifs du monde arabe. »

Le statut de dhimmi, que l’on traduit volontiers par « protégé » consiste en réalité à vivre en inférieur soumis à des brimades innombrables (ce qu’on appelle des persécutions et que M. Stambul trouverait criminelles si d’autres que les Juifs les subissaient). Selon ce statut, ils conservaient le droit d’exercer leur religion, mais à condition de verser de nombreux impôts spéciaux. Ils devaient en permanence manifester leur infériorité vis-à-vis des musulmans, seuls croyants véritables.

Les mesures de ségrégation étaient nombreuses : turban jaune pour les Juifs, interdiction de monter à cheval, clochette autour du cou à l’entrée dans les salles du Hammam, interdiction de porter des vêtements blancs comme les musulmans pour prier, bâtiments religieux ni imposants ni trop visibles (que ce soit par leur beauté, leur taille ou leur architecture). La dhimmitude était strictement codifiée : « Les Juifs ne doivent pas élever la voix devant un Musulman, construire des maisons plus hautes que celles des Musulmans, frôler un Musulman en passant dans la rue, faire le même commerce que les Musulmans, dire que la loi musulmane peut avoir un défaut, insulter le prophète, discuter de religion avec les Musulmans, monter sur les bêtes, suivant l’usage, à califourchon, cligner des yeux en apercevant la nudité d’un Musulman, s’occuper de la Loi hors de leur Temple, élever la voix pendant les prières, sonner du Schofar avec éclat et donner de l’argent a intérêt.»

En 1554, le gouverneur de Safed se plaignit que les synagogues soient plus nombreuses que les mosquées (32 contre 7). Deux ans plus tard, se produisit le premier pillage à l’encontre des Juifs. Des familles entières s’enfuirent. La même année, la synagogue de Nahamide, à Jérusalem, fut transformée en entrepôt par les musulmans, malgré les sommes versées par les Juifs pour avoir le droit d’y prier.

À Hébron, en 1660, une invasion de sauterelles dévasta la région. Les Arabes s’en prirent aux Juifs, se livrèrent au pillage et exigèrent des taxes énormes pour leur permettre de rester (3). Seule, la certitude que leur présence hâterait la venue du messie incita les Juifs pieux à rester à Jérusalem, malgré les brutalités qu’ils subissaient quotidiennement.

En 1702, Abraham Yaari écrivait dans ses notes, intitulées « Souvenirs d’Eretz Israël », que « les Arabes sont violemment hostiles aux Juifs et persécutent les enfants d’Israël dans les rues de la ville. Ils les frappent. S’ils récriminent ou rendent les coups, ils sont frappés encore plus, car les Juifs doivent prendre une attitude de suppliants.»

En dehors de ces persécutions de Juifs en Palestine avant la création de leur Etat, il est intéressant de voir ce que dissimule la jolie formule de M. Stambul : « Avant le sionisme, il n’y a quasiment pas d’épisode tragique pour les Juifs du monde arabe. » Que dire alors de Babylone, où les Juifs de la florissante communauté sous le règne des Abassides, aux Xe et XIe siècles, furent cependant régulièrement persécutés ? Que dire de ce qui se passa en Algérie, en 1813, quand le nouveau dey voulant apaiser un soulèvement, ne trouva « d’autre solution que d’offrir trois cents Juifs aux janissaires qui les mettront immédiatement à mort, afin de pouvoir se partager en paix leurs dépouilles. » (4)

Le Bulletin de l’Alliance Israélite Universelle (créée en 1860) fait part dans son numéro 36 de ses graves préoccupations pour les Juifs du Maroc où de violents pogromes viennent d’avoir lieu : « Mellah pillé durant trois jours, ruine complète, irréparable, nombreux morts et blessés » et de Perse où « l’arrivée à Hamadan de l’avant-garde de Salar-ed-Doleh a été marquée par des excès de toutes sortes dont nos coreligionnaires ont été les premières victimes. » (5)

Les émeutes antijuives de Constantine, du 3 au 6 août 1934, montrent aussi les difficultés de vivre Juif en terre d’islam. Là, des musulmans attaquent les Juifs de la ville, pillent les magasins, incendient les maisons et, sous l’œil passif des forces françaises, font 23 morts et 500 blessés. On décomptera 325 magasins pillés, 30 appartements dévastés et 4 immeubles incendiés.

« Le sionisme repose sur un certain nombre de mensonges fondateurs. Pour les sionistes, l’antisémitisme est inéluctable. La lutte pour l’égalité ou la citoyenneté n’a pas de sens. Il faut partir et avoir son propre pays. Un exemple : l’affaire Dreyfus : Théodor Herzl en tire la conclusion que puisqu’une moitié de la société française est antisémite, il faut partir. On peut en tirer une conclusion diamétralement opposée. Puisque le combat pour Dreyfus a été celui de tous les progressistes français et puisqu’il s’est soldé par une victoire, c’est que la lutte pour la citoyenneté a un sens. »

La lutte pour la citoyenneté avait tellement de sens pour nombre de Juifs sous Vichy, qu’ils sont venus se faire recenser par le ministère des affaires juives avec les décorations qu’ils avaient gagnées en défendant la France en 1914-18. Si l’on suit le raisonnement de M. Stambul, ce n’est pas parce qu’on en a déporté 75.000 qu’il faut parler d’antisémitisme puisqu’un nombre presque égal a réussi à s’enfuir et qu’une petite quantité d’entre eux ont même été cachés sur place.

D’ailleurs, à peine 60 ans après la fin de la Deuxième guerre mondiale, le peuple juif est redevenu presque aussi nombreux qu’avant la Shoah (un peu plus de 13 millions d’âmes dans le monde entier contre 14 millions en 1939). C’est bien la preuve que « après l’antisémitisme vient le beau temps » et tous ceux qui ne partagent pas l’optimisme béat de M. Stambul sont probablement des pisse-vinaigre qui refusent de voir dans la Shoah un détail de l’histoire !

« Les sionistes qui arrivent en Palestine dès le début du XXe siècle méprisent ou ignorent le peuple autochtone. »

« Les sionistes ont inventé toute une théorie pour justifier la prise de possession du pays. L’ancien Premier Ministre Itzhak Shamir ou la ministre de Sharon, madame Livnat ont parlé d’une présence ininterrompue des Juifs en Palestine. C’est historiquement faux. Entre la dernière révolte contre les Romains, celle de Bar Kochba en 135 ap JC et l’arrivée de Juifs espagnols en Galilée en 1492, il n’y a quasiment pas de Juifs dans le pays, en tout cas beaucoup moins en proportion que dans les pays voisins (Egypte, Mésopotamie, Perse …). »

« Même avec une immigration (essentiellement religieuse) pendant le XIXe siècle surtout vers Jérusalem, le nombre de Juifs est très faible avant le sionisme. Il s’agit donc bien d’une entreprise de conquête et de négation du peuple autochtone. »

M. Stambul parle de choses qu’il ne connaît pas, ici les nombres, mais il a appris qu’il suffit de les répéter pour qu’elles acquièrent une réalité. Pourtant, les chiffres existent, en provenance de sources que même lui n’oserait pas mettre en doute. C’est probablement la raison pour laquelle il ne les mentionne pas. La population de la Palestine a été forte dans les temps qui ont suivi l’exode hors de l’Egypte pharaonique (6), puis au temps de Jésus-Christ où elle comptait 3 000 000 de personnes (7), et ce jusqu’à la destruction du second Temple par les Romains en 70 après J-C. Elle a décru postérieurement à cette date de façon considérable, du fait de l’extermination des Juifs et de leur déportation dans l’empire.

En 135 après J-C, soit 65 ans après la destruction du second Temple, au moment de l’écrasement définitif des révoltés juifs dirigés par Bar Korba, les trois quarts des Juifs avaient quitté le pays et leur nombre se situait autour de 800.000 sur tout le territoire.

Vers 1348, au moment de la grande peste, il ne restait que 150.000 personnes sur l’ensemble du territoire et ce chiffre s’est maintenu en 1550 au moment de la conquête de la Palestine par les Turcs (Cool.

Qu’est devenue la population au début du XIXe siècle qu’évoque M. Stambul ?

Les chiffres indiquent, pour 1840, autour de 70.000 personnes. Avec les premières vagues d’immigration de Juifs en Palestine, la démographie prend un réel essor et l’on dénombre, en 1880, 450.000 personnes, Juifs compris. (9)

L’arrivée des immigrants juifs a entraîné dans son sillage la venue d’une multitude de citoyens, principalement de pays arabes, qui cherchaient du travail et de meilleures conditions de vie, cette population immigrée se rajoutant à celle des Arabes vivant déjà dans le pays.

La Palestine a fait l’objet, à partir de 1800, d’une immigration non juive. « En 1893, l’ethnologue britannique Philip Baldensperger observait que la croissance de la population musulmane de Haïfa était due principalement à une forte immigration des Syriens du Khoran-Djebel-Druz. » (10)

Joan Peters écrit : « Les gens qui parcouraient le pays au XIXe siècle n’étaient pas ceux qui avaient conquis, avec les troupes du prophète Mohammed, la terre de Judée-Palestine. Ces gens n’étaient pas des indigènes du pays. Ils ne se fixaient pas dans le pays. Parmi les populations éparses qui furent considérées, plus tard, comme des Arabes établis à l’origine (..) quand arrivèrent les immigrants juifs..(..), beaucoup étaient des musulmans venant de Turquie et d’autres pays, et que les Turcs, la plupart du temps, avaient récemment fait venir. » (11)

La croissance du nombre d’habitants après 1850 (12) est, en effet, beaucoup trop élevée pour s’expliquer naturellement, d’autant que la natalité était faible et la mortalité très élevée.

Cette augmentation n’est pas due aux Juifs, qui passent de 5.000 en 1800 à environ 60-75.000 en 1880. Elle ne peut résulter que d’une immigration massive de populations non juives attirées en Palestine par du travail et un salaire : des Circassiens, des Kurdes, des Turcomans, des Algériens, des Bosniaques et d’autres nationalités arrivèrent en Palestine à peu près en même temps que les Juifs. Ibrahim Pacha laissa aussi derrière lui quelque 500 soldats égyptiens et leurs familles.

Un historien a calculé que 141.000 musulmans étaient établis en Palestine en 1882 et que 25% d’entre eux étaient arrivés récemment ou étaient les descendants de ceux qui arrivèrent en 1831. Ce phénomène se reproduira plus tard, notamment en 1934, lorsque 30 000 Syriens furent transplantés en Palestine par les Britanniques suite à une grande sécheresse, puis en 1936 quand 100 000 Arabes immigreront pour trouver du travail.

En 1893, selon un recensement turc, il y a 466.400 Arabes en Palestine et 60.000 Juifs. 233.500 vivent en Cisjordanie et à Gaza, et 232.900 cohabitent avec les Juifs dans la partie qui constituera l’Etat d’Israël.

En 1914, il y a de 500 à 690.000 habitants (13), dont environ 80.000 Juifs. Le chiffre baisse vers 1917, par suite des persécutions turques, de la famine et de la misère, puis il remonte et reste stable pendant plusieurs années.

En 1921, « le pays est sous-peuplé par suite de son manque de développement. Il y a maintenant dans l’ensemble de la Palestine à peine 700.000 personnes (14), un nombre inférieur à celui de la seule province de la Galilée au temps du Christ ». Sir George Adam Smith, auteur d’une « Historical Geography of the Holy Land » écrit, dans le rapport consacré à l’administration civile en Palestine : « sur ce nombre, 235 000 vivent dans les plus grandes villes et 465 000 autres dans des plus petites villes et des villages. Les quatre cinquièmes de la population sont musulmans. Un petit nombre est constitué par des Arabes Bédouins, le restant bien qu’il parle arabe, est largement de race mélangée. 77 000 sont chrétiens, une majorité appartenant à l’Eglise orthodoxe et parlent arabe. La minorité appartient à l’Eglise Latine ou à l’Eglise Catholique Grecque Unifiée, un petit nombre sont protestants. Les Juifs sont au nombre de 76 000. La plupart sont entrés en Palestine pendant les 40 dernières années. » (15)

M. Stambul n’ayant pas cru utile de s’informer de la réalité avant de formuler des anathèmes contre Israël conclut par cette énormité : « Il s’agit donc bien d’une entreprise de conquête et de négation du peuple autochtone. »

Les anti-sionistes omettent toujours la conquête arabe, qui a toujours été accompagnée de la négation du peuple autochtone, avec plus ou moins de résultat, notamment en Palestine.

L’islam ayant conquis le Soudan depuis une dizaine d’années, les milices arabes exterminent maintenant les musulmans noirs. Ce premier génocide du XXIe siècle a déjà fait plus d’un million de morts et plus de quatre millions de sans-abri. Le fait que ces conquêtes n’existent pas pour des gens comme P. Stambul, que seule celle soi-disant faite par les juifs pose problème, indique que leur analyse relève de la psychothérapie et non de l’Histoire.

À suivre…

(2) Census of Palestine, Vol I Report by E. Mills

(3) Renée Néher Bernheim

(4) Pierre Hebey : Alger 1898 La grande vague antijuive – Nil Editions 1996.

(5) ibid

(6) La Bible indique les résultats de deux recensements des enfants d’Israël ordonnés par Dieu. Le premier (Nombres I.2 et I.3) effectué la deuxième année après la sortie d’Egypte donne, sans compter les Lévites, un total de 630 550 mâles âgés de 20 ans et plus, le second (Nombres XXVI.2) quelque quarante ans plus tard, à la veille de l’entrée en Terre Promise, donne 601 730 hommes (Nombres XXVI.51) âgés de 20 ans ou plus et 23 000 Lévites (Nombres XXVI.62). En ajoutant les femmes et les enfants, on peut estimer qu’une population d’un à deux millions de personnes est entrée en Terre Promise.

(7) Avant la destruction de Jérusalem par les Romains, la population mondiale des Juifs tournait autour de 8 millions d’individus, dont seuls 2 à 3 millions vivaient en Terre d’Israël. Les historiens Flavius Josèphe et Tacite indiquent que lors du siège de Jérusalem par les Romains et des combats qui suivirent, il y eut entre 600 000 et 1 197 000 personnes tuées ou capturées dans le pays (Encyclopedia Judaïca). En supposant que ces chiffres concernent principalement les hommes, la population totale incluant femmes et enfants devait avoisiner trois à quatre fois plus.

(Cool Moshé Ma’oz “Studies on Palestine during the Ottoman period”.

(9) Dans la grande Encyclopédie de 1878, Inventaire Raisonné sous la direction de A Berthelot, la population totale de la Palestine est estimée à 436 000 habitants répartis en 67 000 dans le sandjak d’Akka, 49 000 dans le sandjak de Naplouse et 320 000 dans le sandjak de Jérusalem. Il y a alors 66 000 Juifs dont 41 000 vivent à Jérusalem.

(10) Baldensperger, Philip G. « The Immovable East, » Palestine Exploration Fund Quarterly. London 1917.

(11) Joan Peters : « From the time immemorial”– Harper & Row New-York – 1984.

(12) Le « Quid » 2002 donne, en 1850 entre 50 000 et 100 000 habitants pour la Palestine, puis indique 532 000 personnes pour 1890. On trouve ici aussi la confirmation d’une réelle et forte augmentation de population après 1840-1850.

(13) En 1921 on compte 708 000 habitants dont 76 000 à 85 000 Juifs (selon les sources).

(14) On note qu’en 1919, le gouverneur militaire de Palestine indique des chiffres inférieurs : il écrit à Lord Allenby qu’il peut : « faire en sorte que ce pays absorbe un million d’habitants au lieu des 400 000 qu’il héberge actuellement ».

(1) Mandate for Palestine.
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Auteur : Jean-Daniel Chevalier & Liliane Messika
Date d’enregistrement : 25-03-2007

mars 24, 2012

Décryptage d’un discours anti-sioniste. (1/3)

Par Jean-Daniel Chevalier et Liliane Messika © Primo-Europe

Reproduction autorisée avec mention de la source

Pierre Stambul, Président de l’UJFP (Union des Juifs français pour la paix) a écrit un texte intitulé « Sionisme et antisémitisme » qui figure sur le site de son association, dans lequel il développe un grand nombre de poncifs anti-sionistes fondés sur un mépris absolu de l’histoire en général et des faits et chiffres en particulier.

Exemples :

« L’année 2007 sera le quarantième anniversaire de la conquête et de l’occupation de la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem Est (sans oublier le Golan). L’année 2008 sera le soixantième anniversaire de la Naqba, une «purification ethnique » qui a abouti à la destruction de 750 villages palestiniens et à l’expulsion sans retour des 3/4 de la population palestinienne. »

Quarantième anniversaire de la conquête de la Cisjordanie sur la Jordanie et de Gaza sur l’Egypte. Il ne serait pas inutile de rappeler qu’à aucun moment avant cette date (1967), les Palestiniens ne se sont revendiqués comme peuple, bien au contraire. Tous leurs discours officiels de l’époque parlent de la « Palestine comme une invention des sionistes » et des Palestiniens comme « les Syriens du sud ». De surcroît si l’on évoque un anniversaire, le dernier concernant l’occupation de Gaza était le 38ème, puisque les Israéliens s’en sont retirés en août 2005. Certes, le nombre de morts y a été décuplé depuis, mais il s’agit d’une Intrafada, qui n’intéresse donc pas les Juifs français pour la paix…

Le terme « purification ethnique », même entre guillemets, a un sens : il concerne l’extermination systématique des hommes et le viol tout aussi systématique des femmes pour leur faire porter les enfants des conquérants. On l’a vu dans les Balkans, on le voit au Soudan, on le voit dans de nombreux pays où l’islam poursuit le djihad, comme il est prescrit, « par le verbe, par le fer et par les ventres ». Les sionistes, puis les Israéliens n’ont pratiqué aucun génocide (sinon on ne comprendrait pas que la population palestinienne recensée par l’UNWRA ait quadruplé pendant l’occupation israélienne) et aucune plainte pour viol n’a été portée contre eux (alors que des accusations aussi fantaisistes que le « cannibalisme rituel », « l’organisation volontaire de la Shoah pour faciliter la création d’Israël » et autres « mises en scène du 11 septembre » n’ont pas manqué).

La Naqba (catastrophe) est, dans la mythologie palestinienne, l’équivalent de la Shoah, mais la date choisie est celle de l’Indépendance d’Israël: 14 mai 1948, et si les cérémonies palestiniennes depuis lors sont calquées sur celles qu’Israël organise pour commémorer les victimes de la Shoah, les événements qui sont à l’origine n’ont strictement aucun rapport : les victimes des combats ne sont tombées que quand ceux-ci ont commencé, lancés par les armées arabes contre Israël au lendemain de la Naqba, c’est-à-dire le 15 mai 1948.

Enfin « l’expulsion sans retour des ¾ de la population palestinienne » est un triple mensonge.

Premier mensonge, l’expulsion concerne tout au plus quelques dizaines d’individus. Que des milliers aient fui les combats ne relève pas d’une expulsion. En revanche, des dizaines de milliers d’Arabes de Palestine (leur dénomination officielle de l’époque) ont suivi les consignes des radios arabes et des émissaires de leurs Etats frères, les enjoignant de laisser le champ libre aux fiers combattants arabes pour qu’ils exterminent la vermine sioniste avant de les laisser revenir.

Deuxième mensonge : le nombre. L’UNWRA, agence de l’ONU exclusivement consacrée aux réfugiés palestiniens à l’exclusion de tous les autres, a comptabilisé, à l’époque, autour de 600 000 réfugiés palestiniens et il y a eu un nombre équivalent de réfugiés juifs des pays arabes. Aucune agence spéciale de l’ONU n’a été créée pour ces derniers : ils ont été absorbés par l’Etat juif.

Troisième mensonge : « sans retour ». Une centaine de milliers de ces Arabes palestiniens sont revenus dans les mois qui ont suivi la fin des combats engagés par cinq Etats arabes contre l’Etat d’Israël le soir de sa naissance. Une politique de regroupement familial permet régulièrement à des Palestiniens de l’extérieur de revenir en Israël. De plus, à plusieurs reprises, Israël a déposé des motions à l’ONU, proposant le retour de centaines de milliers d’autres en échange de la paix ou de déclarations de non belligérance. Il n’a jamais reçu de réponse positive.

Enfin, mensonge par omission, il est resté en Israël des Arabes qui ont donc la nationalité israélienne et qui bénéficient, comme tous les citoyens, du droit de vote, des prestations sociales, de l’éducation, etc. La seule différence avec les citoyens israéliens juifs est qu’ils ne font leur service militaire que sur la base du volontariat (ce que choisit la majorité des Druzes) et non par conscription, comme les juifs. Ils représentent aujourd’hui 20% de la population israélienne. Combien y a-t-il de citoyens juifs dans les pays arabes et bénéficient-ils des mêmes droits que la population musulmane ? Zéro.

« Cette guerre [israélo-palestinienne] n’est pas une guerre ethnique, communautaire, raciale ou religieuse. Elle porte sur des principes universels. Une idéologie, à la fois nationaliste, « messianique » et coloniale (le sionisme) a construit un Etat qui opprime un peuple par une politique d’Apartheid, qui détruit sa société et dont le terrorisme d’état aboutit à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. »

Sans remonter au mufti de Jérusalem, qui entretenait des liens étroits avec Hitler et le suppliait de faire appliquer au Moyen-Orient les méthodes qui lui avaient permis de se débarrasser des Juifs en Europe, il faut dire que si « cette guerre n’est pas une guerre ethnique » du côté israélien, on ne peut en nier le caractère raciste du côté palestinien.

Ainsi le CMIP, organisme consultatif à l’Unesco, qui étudie le contenu des manuels scolaires et leur influence sur les relations entre pays en conflit, a conclu que les manuels palestiniens manifestaient vis-à-vis des Juifs un racisme équivalent à celui de la presse allemande et française de la Deuxième Guerre mondiale alors que les manuels israéliens décrivaient les Palestiniens en faisant preuve d’un « angélisme » irréaliste.

Autre exemple (entre mille) en 2005, un étudiant de Jérusalem a été assassiné pendant qu’il faisait son jogging. Deux mouvements palestiniens ont revendiqué « le fait d’armes ». Quand il s’est avéré que l’étudiant n’était pas un juif mais un Arabe israélien, les Palestiniens ont présenté des excuses à sa famille et lui ont conféré le statut de « martyr ». Si cela ne décrit pas “une guerre ethnique, communautaire, raciale ou religieuse”, on serait curieux d’en connaître les définitions stambuliennes…

Parler du sionisme comme d’une idéologie coloniale est une absurdité sémantique et historique. Le colonialisme est, selon la définition du Petit Larousse, « une doctrine qui vise à la légitimation de l’occupation d’un territoire ou d’un Etat, à sa domination politique et à son exploitation économique par un Etat étranger ». La seule occupation, domination politique, exploitation économique de la Palestine par un Etat étranger répondant à cette définition est celle de l’Etat turc de 1517 à 1917, jusqu’à l’octroi du mandat britannique.

L’arrivée des Juifs en Palestine n’est en rien assimilable à l’occupation d’un territoire ou d’un Etat par un Etat étranger : des groupes d’individus isolés ont acheté à prix d’or des terrains désertiques ou marécageux pour la seule raison qu’ils se trouvaient sur une terre avec laquelle leur peuple avait entretenu un rapport permanent pendant 2000 ans d’exil. La société des Nations, au moment de l’octroi du mandat britannique sur la Palestine, puis l’ONU quand a été approuvé le plan de partage, ont, l’une et l’autre clairement reconnu le droit légitime du peuple juif sur cette terre.

« Les Anglais ne sont pas originaires du Soudan, ni les Français de Tunisie. Mais les Juifs avaient leur histoire, leur langue, leurs aspirations enracinées en Terre Sainte… Leurs charrues, leurs pioches, leurs bulldozers mettaient à jour les vestiges de leur présence passée dans ce pays (…) Les sionistes renouaient avec eux-mêmes. Ils ne venaient ni fonder des comptoirs, ni implanter des fortins en terre étrangère. (…) Ce n’est pas arbitrairement qu’ils appelaient leurs villages et leurs villes (…), Kiriat Arba, Beit Shean. Ces lieux avaient existé aux temps bibliques, certains comme Jérusalem, sans interruption. » (1)

Décrire Israël comme un « Etat qui opprime un peuple par une politique d’Apartheid » est aussi niais que d’en faire un Etat colonial. Le premier pays au monde où les femmes arabes ont eu le droit de vote est Israël. En dehors du service militaire – qui est un devoir et non un droit (voir plus haut) -, tous les citoyens israéliens jouissent de droits égaux. Ils ont accès à l’éducation, à la santé, aux prestations sociales, au syndicalisme… les Arabes israéliens sont représentés par plusieurs partis à la Knesset et un ministre arabe a été nommé il y a quelques semaines dans le gouvernement Olmert. Ce n’était pas le premier : il y en avait déjà eu dans le gouvernement Sharon et plusieurs ambassadeurs d’Israël sont et ont été des citoyens israéliens arabes.

De même que « épuration ethnique », le mot « apartheid » a un sens et une histoire. En Afrique du sud, une minorité blanche maintenait en esclavage une majorité noire. Cette majorité n’avait accès à aucun des bénéfices de l’Etat revenant aux citoyens, dont les Arabes israéliens bénéficient sans discrimination, elle n’avait évidemment pas le droit de vote et ne pouvait accéder qu’à des places de seconde zone dans les endroits publics (transports, habitat, soins…) Cela ne correspond ni de près ni de loin à la réalité israélienne, mais cela doit évoquer un fantasme sado-masochiste très jouissif pour M. Stambul.

La fin de sa phrase est d’ailleurs intéressante au plan grammatical : « un Etat qui opprime un peuple (…) et dont le terrorisme d’état aboutit à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. » Ce serait donc l’Etat d’Israël qui pratiquerait un terrorisme d’Etat (logique !) lequel aboutirait à des « crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité ». Commis par qui ? Grammaticalement, par le sujet de la phrase, c’est-à-dire l’Etat (d’Israël). Or derrière cette maladresse grammaticale se profile une excuse pour ceux qui commettent ces crimes. Cela ne peut donc pas être le fait d’Israël. Sans les nommer, M. Stambul reconnaît que les Palestiniens commettent des crimes inexpiables, mais il les excuse par anticipation puisque ces actes ne sont que l’aboutissement de l’oppression et de l’apartheid. On vient de démontrer que ces accusations étaient sans fondement, l’excuse tombe donc d’elle-même. CQFD.

P. Stambul veut faire porter le drame israélo-arabe, devenu le drame israélo-palestinien, sur le seul sionisme, unique coupable. Il occulte le nationalisme arabe palestinien de Husseini, leader dès les années 30, antisémite, extrémiste sur le plan religieux et politique et opposé à tout ce qui pouvait se montrer modéré dans le camp arabe. Il ignore aussi tout ce que la politique d’Arafat comportait d’ambigu et de rejet de l’existence de l’Etat d’Israël. Il ignore toutes les déclarations du Hamas « démocratiquement élu » qui déclare officiellement aujourd’hui qu’il n’acceptera jamais de reconnaître Israël et qu’il le combattra jusqu’à sa disparition.

« (…) mais ce qui reste prépondérant, c’est le soutien de la majorité des Juifs (en Israël ou ailleurs) au projet sioniste. Qu’est-ce qui fait marcher ce soutien ? Une réécriture de l’histoire juive, un travail patient de destruction des identités issues de l’histoire des diasporas. »

En fait de réécriture de l’histoire, M. Stambul est manifestement un expert : même après l’exil auquel les ont forcés les Romains, quelques communautés juives ont réussi à demeurer en terre d’Israël, principalement à Jérusalem, Sichem (actuelle Naplouse), Saint Jean d’Acre, Hébron…

Le peuple juif est resté un peuple dans la diaspora, par fidélité à une terre (« l’an prochain à Jérusalem » est récité dans de nombreuses prières) et à une morale (ancêtre de la Déclaration des Droits de l’homme) incarnée par un livre : la Torah. Le « sionisme », c’est-à-dire, littéralement « le retour à Sion » date de la destruction du royaume de Juda, vers 590 av. J-C., lors de l’exil à Babylone du peuple juif.

Le sionisme politique, c’est-à-dire le désir d’émancipation du peuple juif, lui, est contemporain de tous les nationalismes de la fin du XIXème siècle. Il a été formalisé par Theodor Herzl au moment de l’affaire Dreyfus, en France, quand ce journaliste autrichien s’est rendu compte que la seule solution pour le peuple juif de vivre sans être persécuté était d’être son propre maître, sur sa propre terre. « L’idée que je présente dans cet écrit est très ancienne, c’est celle de la création d’un Etat pour les Juifs » écrit-il dans « l’Etat des Juifs », publié en 1896.

C’est une ambition que M. Stambul ne dénie ni aux Libanais (le Liban est une création des Français en 1946), ni à la Syrie ou à la Jordanie (création des Britanniques la même année) ni à l’Egypte (devenue indépendante en 1922). En 1948, il y eut deux partitions décidées par l’ONU : celle de la Palestine en un Etat juif et un Etat arabe (refusé par ces derniers) et celle de l’Inde entre un Etat hindouiste (l’Inde) et un Etat musulman (le Pakistan). Cette région du monde est toujours agitée de conflits et de terrorisme, mais M. Stambul ne voit probablement pas d’intérêt à y promouvoir la paix. Seul l’intéresse le Moyen-Orient, ou plutôt, au Moyen-Orient, les 20 000 km2 qu’il dénie au peuple juif. Il n’a aucun état d’âme vis-à-vis de l’indépendance du Koweït intervenue en 1961, de celle de Bahrein officialisée en 1970 ou des Emirats Arabes Unis et du Qatar promulguées en 1971.

Pour M. Stambul, ces peuples-là ne posent pas problème et même si rien ne les distingue de leurs voisins (langue, culture…), il serait criminel de leur dénier le statut de peuple. Comme il est criminel de le dénier aux Palestiniens qui le revendiquent depuis 1967. En revanche, le peuple juif, le seul qui ait conservé son unité par-delà les exils et les persécutions depuis 5000 ans, celui-là ne mérite aux yeux de M. Stambul que les qualificatifs de « nationaliste, messianique et colonial ».

D’autant que, n’étant pas à une contradiction près, il accuse le sionisme d’avoir détruit « des identités issues de l’histoire des diasporas. » Lesquelles ? Celle des Juifs dénaturalisés par Vichy ? Celle des Juifs persécutés et chassés de tous les pays arabes ? Celle des Juifs gardés en otages dans feu l’URSS ? S’il y a une identité que le sionisme a fait disparaître (et c’était bien là son objectif), c’est celle du Juif minoritaire et persécuté pour sa seule identité. La loi du retour qui garantit la nationalité israélienne à tout Juif qui en fait la demande a d’ailleurs été établie d’après les critères qu’Hitler appliquait pour déporter les Juifs. Est-ce cela qui défrise tant M. Stambul ?

La destruction des identités juives polonaises, allemandes, d’Europe de l’Est en général, de Russie, des pays arabes, etc., n’a rien à voir avec le sionisme. Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, le régime communiste roumain a opéré un véritable « génocide spirituel » sur ce qui restait de la communauté juive du pays. Le sionisme n’y était pour rien, pas plus qu’il n’est à l’origine de la dhimmitude dans les pays arabes, des pogromes, du communisme ou du nazisme, fossoyeurs des identités juives. On peut par contre montrer que l’Etat d’Israël est un lieu où peuvent se perpétuer de nombreuses traditions culturelles et identités issues de l’histoire juive, notamment de la diaspora.

À suivre…

(1) Paul Giniewski « L’Antisionisme », Ed. Librairie encyclopédique, Bruxelles 1973.
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Auteur : Jean-Daniel Chevalier & Liliane Messika
Date d’enregistrement : 25-03-2007

mars 19, 2012

La Révolution Française condamne l’antisémitisme, l’antisionisme aussi !

http://www.arnoldlagemi.com

Dans le courant de l’histoire de France non raciste qui s’est opposé au sionisme, tout en combattant l’antisémitisme, tient une bonne place la vision du problème telle que l’envisageait la mouvance révolutionnaire qu’exprima en 1789 Stanislas de Clermont Tonnerre et que reprit à son compte le général de Gaulle et un nombre non négligeable de Français, attachés à la République humaniste émancipatrice et farouchement opposée à toute forme de discrimination. Ce courant se résume en une phrase dite sous forme de proclamation : « Tout aux Juifs en tant qu’individus, rien aux Juifs, en tant que Nation.

L’ambiguïté attachée à cette réalité n’échappe pas. L’antisionisme est sans équivoque, la condamnation de l’antisémitisme aussi. Voilà qui bouleverse bien des évidences et devrait amener certains à de sérieuses remises en question…

Ce courant, loin d’être antisémite, considère, au contraire les Juifs, comme partie intégrante de la Nation et ne peut comprendre, accepter et admettre la volonté de redonner vie à un sursaut national, éteint depuis presque deux millénaires. Il faut aussi ajouter un élément qui interpelle plus la psychologie que l’histoire. C’est la déception de celles et ceux qui luttèrent pour que les Juifs aient une place, leur place en France, et qui sont déçus, dépités à la considération du choix d’une autre nation qu’expriment les Juifs par le sionisme, quand bien même ce choix ne sacrifie pas l’amour de la France, mais le place à côté de son affection pour Israël.

Pour ces non Juifs, la Nation juive a été engloutie en l’an 7O par la destruction de Jérusalem, qui provoqua l’exil qui s’en suivit et anéantit toute perspective de retour. Le nationalisme juif qui s’exprima au XIXème siècle, s’il ne fut pas jugé comme une trahison n’en resta pas moins l’aveu d’une forme d’ingratitude.

C’est ainsi qu’aujourd’hui encore, on peut expliquer, par exemple, l’attitude ambiguë en apparence, de Jacques Chirac qui n’a pas hésité à manifester réserves et agacement envers l’Etat d’Israël et, en même temps reconnaît et stigmatise sans réserve, l’attitude de la France et de ses chefs durant l’Occupation.

Et, cette conception est loin de se dissiper. Elle est mère de bien des malentendus que le bon sens pourrait dissiper. Dans la cohérence de cette approche, les Juifs n’ont pas, n’ont plus de nation, comme les Egyptiens du temps des pharaons, n’ont plus la leur. A la limite, on pourrait concéder à cet Etat Juif, une mission exclusivement policière et protectrice des Juifs dans le monde. D’ailleurs le Président Chirac, lors de l’inauguration du mémorial de la Shoah, en Janvier 2005 a reconnu par des propos qui auraient dû soulever des tombereaux de protestations, cette seule fonction défensive à l’Etat Juif :

« Je n’ignore pas les inquiétudes, parfois les angoisses qui étreignent le cœur de nos compatriotes Juifs. La mémoire juive, c’est la mémoire blessée d’un peuple qui, tout au long de son histoire a été dispersé persécuté, avant de connaître l’horreur de l’extermination. Cette blessure suffirait à elle seule à justifier, si besoin était, la nécessité d’un Etat dont l’existence même garantisse le plus jamais ça. »

Pas d’antisémitisme, le seul soupçon en serait offense, mais du dépit, devant l’abandon. En 1791, les Juifs acceptèrent leur émancipation sans émettre de réserves quant à leur renouveau « en tant que nation » car ils étaient à mille lieux d’en soupçonner la perspective. Leur patrie libératrice était la France mais celle-ci n’a pas pris la mesure de la frustration que représentait pour ces Juifs, la perte de la Judée, dont le souvenir ne les a jamais quittés. La conscience nationale juive s’est réveillée avec Hetzl à la stupeur des non Juifs, blessés de constater que les Juifs en avaient conservé non seulement la mémoire mais aussi la nostalgie !

Si les hommes de 91 n’ont pas mesuré le drame, la tragédie, de l’identité juive privée de sa terre, Napoléon ne l’a pas perdue de vue, lui qui, convoquant l’assemblée des notables et le Sanhédrin voulut mesurer l’impact de l’histoire sur le présent.

Mais nul ne savait, que, quelques décennies plus tard, Herzl redonnerait vie à des racines dont les Juifs, eux même ignoraient qu’elles aspiraient tant à la résurrection.