Archive for ‘HISTOIRE’

juillet 3, 2012

Salomon Maïmon (1753-1800)

Posted  by Olivier YPSILANTIS

Kant a dit de Salomon Maïmon qu’il était le plus acéré de ses critiques, ce qui n’empêcha pas ce dernier d’être peu apprécié des spécialistes de la philosophie juive moderne. Il est vrai que Salomon Maïmon ne s’attarda guère sur des questions considérées comme fondamentales : Athènes/Jérusalem, Raison/Révélation, raison universelle/singularité juive. L’amplitude de son questionnement n’en est pas moins considérable : solidité de la défense kantienne de l’idéalisme transcendantal, nature des intellects finis et infinis, structure politique de la société juive traditionnelle, réalité des choses finies, possibilité de réduire les relations temporelles à des relations exclusivement conceptuelles, panthéisme, valeur morale de la connaissance…

Dans le numéro 9 de la ‟Revue germanique internationale”, Yistzhak Y. Melamed se propose de montrer que Salomon Maïmon est le seul philosophe juif moderne digne de ce nom, étant entendu que la définition de philosophie juive proposée par l’auteur de l’article est la suivante : philosophie juive ou la tentative de rendre compte des pratiques et des croyances religieuses et culturelles juives de manière informée et argumentée. Notons en passant que nombre de philosophes juifs modernes n’eurent que peu de connaissance des choses juives lorsqu’ils n’en étaient pas tout bonnement ignorants.

La philosophie juive moderne porte en elle deux caractéristiques :

  1. Elle a intégré le regard antisémite sur la culture juive, considérée comme un particularisme opposé à l’universalisme chrétien.
  2. Elle se centre sur la Bible en s’efforçant d’édifier une version protestante du judaïsme, à l’imitation du luthérianisme, afin de justifier l’entrée de plain-pied du Juif dans la société allemande.

Les philosophes juifs modernes ont pris intimement conscience de la tension entre les conceptions enracinées dans l’histoire, la tradition juive (jugée comme relevant du particularisme) et les ‟vérités universelles” défendues par les Aufklärer. Mais d’abord, pourquoi considérer à part les textes juifs ? Les croyances juives seraient-elles plus irrationnelles que les croyances chrétiennes ou musulmanes ? La vie juive et la pensée juive seraient-elles moins compatibles avec la raison ? Il ne s’agit pas de polémiquer —chaque tenant d’une religion ou d’une morale les veut universelles — mais de s’interroger sur ces penseurs juifs qui adoptent sur eux-mêmes un regard chrétien et, ainsi, s’envisagent comme des hommes profondément singuliers et qui rendent compte de cette singularité.

On a attribué à tort à Moïse Mendelssohn cet impératif : ‟Sois un Juif dans ta tente, et un être humain dans la rue”, un propos qui m’évoque avec insistance la célèbre déclaration de Stanislas de Clermont-Tonnerre : ‟Il faut tout refuser aux Juifs en tant que nation, et  tout leur accorder en tant qu’individus”. Dans les deux cas, on morcelle, on coupe en tranches. La déclaration de Stanislas de Clermont-Tonnerre doit être replacée dans son contexte pour en saisir toute la pertinence ; on ne peut aujourd’hui s’en satisfaire. Mais j’en reviens à cet impératif attribué à Moïse Mendelssohn qui sous-entendrait qu’un Juif, cette créature bizarre, ne serait un être humain que dans la rue, alors que sous la tente il ne serait qu’un Juif ! C’est ainsi que la philosophie juive moderne (la Haskala) voyait le Juif. Les penseurs juifs ont intériorisé le schème protestant, avec l’opposition singularité juive / universalité chrétienne. On a reproché à Emmanuel Kant d’avoir fait usage de l’expression ‟euthanasie du judaïsme” (Die Euthanasie des Judentums). De même, on a reproché à Friedrich Schleiermacher d’avoir présenté le judaïsme comme une momie (imputrescible donc) au chevet de laquelle on se lamente. Mais Joseph W. Pickle s’est employé à montrer que ces remarques de prestigieux non-Juifs ne sont que des reprises d’affirmations venues de la Haskala. Joseph W. Pickle (Professor Emeritus of Religion at Colorado College in Colorado Springs) est l’auteur de passionnants travaux sur le dialogue judéo-chrétien. Je conseille au lecteur l’ouvrage, ‟Schleiermacher on Judaism” (partiellement disponible en ligne) ainsi que la conférence de Marc Lienhard, ‟La religion d’après Schleiermacher” mise en ligne par l’Union Protestante Libérale :

http://unionprotlib.over-blog.com/article-730080.html

L’angoisse d’être pris pour un Juif dans sa quintessence, c’est-à-dire pour un Pharisien qui refuse la Révélation du Rédempteur, semble coller à la peau du maskil (partisan de la Haskala, en hébreu) qui s’emploie à présenter le judaïsme comme compatible avec la raison (au sens où l’entendent les Lumières) et, dans un même temps, à repousser (d’un air dégoûté à l’occasion) ces membres de la Yiddishkeit, ces étranges talmudistes, ces Ostjuden. Le maskil ne connaît pourtant rien ou presque rien aux œuvres écrites et étudiées dans les yeschivot d’Europe orientale.

Traditionnellement, les Juifs étudiaient peu la Bible. Certes, des passage du Livre étaient lus et intégrés aux prières ordinaires mais elles n’entraient pas vraiment dans l’étude. Pourtant, au cours de ces deux derniers siècles, le judaïsme connut un profond bouleversement. La vision chrétienne du judaïsme comme particularisme supposait le rejet (volontiers haineux) du texte par excellence des Pharisiens, le Talmud. Ce rejet avait une explication : la Bible proposait une relative transparence aux non-Juifs tandis que le Talmud restait impénétrable hors du cercle (restreint) de ceux qui l’étudiaient. Précisons que ce rejet du Talmud était autant le fait du Aufklärer juif que non-juif. A ce propos, citons ces lignes de Heinrich Heine (extraites de ‟Histoire de la religion et de la philosophie en Allemagne”) qui n’auraient pas été du goût de Moïse Mendelssohn, très versé dans la connaissance du Talmud, mais qui traduisent bien un certain état d’esprit de l’Aufklärung : ‟Mendelssohn détruisit l’autorité du Talmudisme et fonda un pur Mosaïsme… Tout comme Luther avait renversé la Papauté, Mendelssohn renversa le Talmud, et exactement de la même façon, c’est-à-dire en répudiant la tradition, en déclarant que la Bible était la source de la tradition et en en traduisant la plus grande partie. Ainsi détruisit-il le catholicisme juif, tout comme Luther avait détruit le catholicisme chrétien.”

Pourquoi le Juif allemand a-t-il rejeté le Talmud avec une telle détermination ? Pourquoi donc a-t-il troqué le Talmud pour la Bible ? Parce que c’était la voie royale pour devenir un citoyen (juif) respecté. Les textes ‟bizarroïdes” du Talmud ne pouvaient intégrer le noyau du protestantisme juif. Et il fallait à tout prix imiter le voisin luthérien. On atteint le comble du ridicule lorsque des philosophes juifs s’efforcent d’introduire dans la pensée juive la morale calviniste de la grâce — cette idée selon laquelle Dieu décide arbitrairement de ce qui est bien et de ce qui est mal. Il ne s’agit pas de démontrer que les Juifs sont parfaits, personne ne l’est, mais tout de même, présenter un vulgaire fanatisme calviniste (un a priori de la pire espèce) comme une proposition juive digne de respect est tout simplement révoltant. Et la philosophie juive a tenu un rôle essentiel dans ce processus. Hormis quelques exceptions (parmi lesquelles Emmanuel Levinas), les philosophes juifs modernes ont pris la Bible comme texte constitutif du judaïsme. Ce faisant, ils ont voulu singer le protestantisme allemand, avec rumination philosophique de la Bible. Et ce n’est pas un hasard si les philosophes et les théologiens protestants allemands ont adopté sans peine des penseurs tels que Franz Rosenzweig et Martin Buber.

Quelques philosophes juifs modernes se sont efforcés d’approfondir leur connaissance du monde juif. Martin Buber s’est confronté aux textes hassidiques mais davantage à leur aspect conte populaire qu’à leur aspect théorique ou kabbalistique. Hermann Cohen cite à l’occasion des proverbes talmudiques. Mais la méconnaissance du monde juif reste grande chez les philosophes juifs modernes parmi lesquels Leo Strauss, Emil Fackenheim ou Franz Rosenzweig. Certes, il n’est pas nécessaire d’être rabbin ou juif (de se définir comme tel) pour se mettre à l’étude philosophique du judaïsme. Plus simplement, il faut prendre connaissance du sujet avant de prétendre en dresser une expertise philosophique.

C’est l’ignorance du judaïsme — du Talmud — qui dessine et insiste sur l’opposition Athènes / Jérusalem. Celui qui ne connaît pas le judaïsme peut en toute bonne foi le présenter comme une religion révélée. La protestantisation radicale du judaïsme est un passionnant sujet d’étude. Certains analystes jugent qu’elle est le fait le plus important survenu dans la société juive moderne. L’essentialisme (théorie selon laquelle l’essence précède l’existence) du judaïsme est un trait caractéristique de la philosophie juive moderne, un trait fondé sur l’ignorance du Talmud et de la littérature rabbinique.

L’importance de Salomon Maïmon pour la philosophie juive tient en partie au fait que sa connaissance du judaïsme le prévenait de tout a priori sur le judaïsme — et l’essentialisme en est un. Sa connaissance lui permettait la nuance. Salomon Maïmon a grandi dans la Yiddishkeit, il a donc subi diverses influences dont celles du hassidisme contemporain et de la philosophie juive médiévale avec Maïmonide. C’est de lui que Salomon Maïmon tient que la perfection intellectuelle (l’image de Dieu dans l’humanité) prime sur tout et que le perfectionnement moral n’est qu’un moyen de l’atteindre : c’est par l’intellect que nous nous rapprochons de Lui.

Le rapport de Salomon Maïmon à la Kabbale est relativement ambigu. Il n’empêche qu’il s’efforça d’en dégager le noyau rationaliste qu’il identifiait aux enseignements panthéistes de Spinoza. Dans ses premiers écrits hébreux, Salomon Maïmon développa l’idée selon laquelle tout ce qui est sont des prédicats de Dieu qui en est le substrat.

Arrivé en Allemagne, Salomon Maïmon intégre la Haskala berlinoise avec laquelle il partage d’emblée l’idée selon laquelle il faut répandre la science et la philosophie dans la Yiddishkeit et en aucun cas travailler à rendre les masses juives acceptables par assimilation dans la société allemande. Sa compréhension de la Haskala doit beaucoup à Maïmonide qui considère la philosophie et les sciences comme le meilleur moyen d’approcher Dieu. En tant que membre de la Haskala, Salomon Maïmon porte un regard critique sur la société juive traditionnelle, sur les Talmudistes qu’il estime par ailleurs pour leur précision, leur honnêteté et leur caractère profondément moral. Salomon Maïmon déplore la somme d’inepties déversées sur le Talmud, par les Chrétiens comme par les Juifs ‟éclairés”.

Salomon Maïmon ne reçut pas l’accueil qu’il méritait, tant chez les Juifs traditionnels que chez les Juifs ‟éclairés”. Il est resté dans une sorte de no man’s land, entre deux sensibilités juives. Homme entre deux mondes, entre la Yiddishkeit et la Haskala, cet Ostjude fut l’un des très rares membres de l’Aufklärung (avec Moïse Mendelssohn) à connaître le judaïsme. Il ne pouvait donc prendre part à ce projet réducteur à l’encontre du judaïsme qui fut malheureusement placé au centre de la philosophie juive moderne.

Je propose à la méditation du lecteur la conférence Akadem d’un immense érudit, Maurice-Ruben Hayoun, intitulée ‟Aveuglement des Juifs allemands” :

http://www.akadem.org/sommaire/colloques/3e-journee-du-livre-d-histoire-et-de-recherches-juives/aveuglement-des-juifs-allemands-03-03-2005-6523_4143.php

Et pour celui qui veut en savoir plus sur Salomon Maïmon, je conseille la lecture de ‟Histoire de ma vie”, une édition établie par Maurice-Ruben Hayoun :

http://blog.passion-histoire.net/?p=11320

http://zakhor-online.com/?p=4077

juin 30, 2012

Nationalisme radical et extrême droite, des dangers pour la République!


Certains ont pris l’habitude d’estimer le nationalisme français ainsi que l’extrême droite à l’aune de nos rêves et de nos chimères. Ces mouvements radicaux et extrémistes de la pensée politique française se sont souvent manifestés, lorsqu’ils étaient ou participaient au pouvoir par un antisémitisme sans nuance.

De Maurras à Drumont pour les structures de l’idéologie à Drieu La Rochelle, Paul Morand, Céline etc…pour ce qui est de la littérature, nous sommes confrontés à un radicalisme antisémite qui trouva son Maître avec Philippe

Pétain et la Révolution Nationale.

Il s’agissait à l’époque de s’allier au nazisme qui luttait contre l’ennemi viscéral de l’extrême droite, le communisme. En même temps, on n’hésita pas à manifester son hostilité aux Juifs. qui proclamaient haut et fort leur patriotisme en exhibant des décorations reçues souvent au champ d’honneur dont, personne, bien entendu, ne tint compte.

Aujourd’hui, pour cette idéologie de l’extrême, le communisme est remplacé par l’islamisme, mais les Juifs sont toujours là !

Si d’aventure, le nationalisme extrême retrouvait la confiance d’une partie du peuple français et participait au pouvoir politique, quelles garanties auraient les Juifs que les ultra ne retrouveraient pas les vieilles pulsions antisémites ? Quelles assurances que la République ne serait pas abolie ?

Depuis Pétain la France n’a pu qu’imaginer l’extrême droite au pouvoir, elle ne l’a ni connue, ni expérimentée. De Gaulle, dans sa jeunesse avait de la sympathie pour Maurras qu’il a très vite abandonnée. Ce fut un militaire qui ne signa aucune bataille et qui fonda sa légende sur une France, fille aînée de l’Eglise certes, mais qui était tout aussi éloignée de la gauche que de la droite.

La France et l’extrême droite se séparèrent à la Libération, mais ce divorce fut une façade. Les courants nationalistes n’ont renoncé ni au pouvoir, ni à l’idéal qui l’anime.

Et parmi les forces déterminantes qui guident la route des extrêmes, l’antisémitisme fait partie des balises et des points de repère que certains militants ont, parfois, eu l’audace de nier, pour des motifs qui restent à éclaircir, sans pour autant confirmer la trahison de Philippe Pétain, et le caractère foncièrement anti républicain de la Révolution Nationale, idéologie dominante en France de 1940 à 1945 qui érigea en principe de gouvernement, la collaboration d’Etat avec l’Allemagne nazie

http://www.arnoldlagemi.com/?p=2765

juin 26, 2012

Les Frères Musulmans: histoire

Egypt_brotherhood

Le slogan le plus utilisé des Frères Musulmans est « l’Islam est la solution ».

 

Les Frères Musulmans sont la plus vieille et la plus grande des organisations islamistes.

Son idéologie est basée sur les enseignements du Coran.

Fondée par Hassan al-Banna dans les années 1920, les Frères – al-Ikhwan al-Muslimun en arabe – ont influencé les mouvements islamistes dans le monde entier avec leur modèle d’activisme politique allié à un travail de charité islamique.

L’objectif initial du mouvement était simplement de répandre la morale et les bonnes oeuvres islamiques.

Mais rapidement, il a pris une dimension politique, dans son combat contre le colonisateur britannique en Egypte, et dans sa volonté de purger le pays de toute influence occidentale.

Bien que les Frères disent soutenir les principes démocratiques, un de leurs buts est de fonder un état régi par la Charia, la loi islamique.

Son slogan le plus célèbre, utilisé dans le monde entier, est: “l’Islam est la solution”.

Aile paramilitaire

Après le lancement par Banna des Frères Musulmans en 1928, des branches ont été créées dans tous le pays, à chaque fois équipées d’une mosquée, d’une école et d’un club de sport.

A la fin des années 40, le groupe compte près de deux millions de partisans en Egypte, et ses idées se répandent dans tout le monde arabe.

Parallèlement, Banna crée un aile paramilitaire, dont les éléments s’engagent dans la lutte armée contre le colonisateurs britannique, et mènent une campagne d’attentats à la bombe et d’assassinats.

Hassan al-Banna, fondateur des Frères Musulmans, a été assassiné en 1948.

Le gouvernement égyptien dissout le groupe fin 1948 pour avoir attaqué des intérêts britanniques et juifs.

Peu après, le groupe est accusé d’avoir assassiné le Premier ministre Mahmoud al-Nuqrashi. Banna dénonce l’assassinat, mais il est ensuite abattu par un tireur inconnu, présumé comme étant un membre des forces de sécurité.

En 1952, l’Egypte s’affranchit du contrôle britannique après un coup d’état emmené par un groupe de jeunes officiers baptisés les Officiers Libres. Initialement, les Frères coopèrent avec le nouveau gouvernement. Mais leurs rapports se détériorent rapidement.

Après une tentative manquée d’assassinat sur le président Gamal Abdel Nasser en 1954, les Frères sont pointés du doigt, interdits, et des milliers de membres sont jetés en prison et torturés.

Le groupe continue pourtant de croître clandestinement.

Cet affrontement avec les autorités entraîne une transformation idéologique importante chez les Ikhwan, perceptible dans les écrits d’un de leur théoricien, Sayyid Qutb.

Ce dernier préconise l’usage du jihad (la lutte) contre les sociétés jahili (ignorantes), tant occidentales que soit-disant islamiques, qui selon lui avaient besoin d’une transformation radicale.

Ses ouvrages – particulièrement “Jalons sur la route” en 1964 – inspirent les fondateurs de nombreux groupes islamistes, dont le Jihad islamique et Al-Qaida.

En 1965, le gouvernement lance une nouvelle vague de répression sur les Ikhwan. Qutb est exécuté en 1966, ce qui le transforme en martyre pour beaucoup de gens dans la région.

Repression

Dans les années 1980, les Frères Musulmans tentent de rejoindre le jeu politique.

Les leaders successifs forment des alliances avec le parti Wafd en 1984, et avec les partis travaillistes et libéraux en 1987, devenant ainsi la principale force d’opposition en Egypte.

En 2000, les Frères remportent 17 sièges à l’Assemblée du peuple.

Cinq ans plus tard, le groupe obtient son meilleur résultat, grâce à une alliance avec des candidats indépendants, qui lui permettent de remporter 20% des sièges. Ce résultat choque le président Hosni Moubarak.

Le gouvernement lance une campagne de répression sur les Ikhwan, il emprisonne des centaines de membres, et instaure une série de “reformes” pour contrer leur résurgence.

La Constitution est réécrite pour stipuler que toute “activité politique ou parti politique ne sera pas basé sur une appartenance religieuse”; les candidats indépendants se voient interdits de se présenter à l’élection présidentielle; et une législation anti-terroriste, qui donne des pouvoirs importants aux forces de sécurité pour détenir des suspects et interdire des rassemblements, est introduite.

Au début de 2011, des manifestations anti-gouvernementales, apparemment encouragées par les évènements de Tunisie, se déclenchent dans tous le pays.

De nombreux Freres Musulmans se joignent au mouvement de protestation, même s’il gardent un profil bas.

Les slogans traditionels du groupe sont invisible à la place Tahrir.

Puis lorsque la révolte prend de l’ampleur et que le gouvernement commence à offrir des concessions, dont une promesse d’Hosni Moubarak de ne pas se représenter à l’élection présidentielle de septembre 2011, la première force d’opposition d’Egypte joue un rôle de plus en plus déterminant.

Charia

Lors des premières élections législatives qui suivent le démission de Moubarak en fevrier 2011, le Parti de la Justice et de la Liberté des Frères Musulmans remporte près de la moitié des sièges, éclipsant ses performances passées.

En avril 2012, les Frères annoncent qu’il présenteront un candidat à l’élection présidentielle, reniant ainsi leur promesse de ne pas en présenter un.

Parmi les libéraux et les militaires, ce revirement accroît les inquiétudes que le groupe ne convoite un pouvoir excessif.

Même si les Frères Musulmans égyptiens sont considérés comme une des variantes les plus modérées des mouvements islamistes internationaux, ils inspirent de la crainte parmi leurs opposants.

Les Frères jugent que les musulmans dans des pays à majorité musulmane doivent être gouvernés par un état islamique régi par la Charia, la loi islamique.

De nombreux critiques mettent en exergue un projet de programme politique publié en 2007 par le groupe, qui appelle à la mise en place d’un conseil des sage religieux qui auront le pouvoir d’approuver ou non toute loi voté par les institutions civiles en Egypte.

Ce programme déclare également qu’un chrétien ou une femme n’a pas le droit de devenir président ou premier ministre.

 

 

http://www.bbc.co.uk/

http://marie-masson-gaechter.over-blog.com/article-les-freres-musulmans-histoire-107439830.html

juin 9, 2012

Guerre des six jours : éléments troublants

Posté par sil

Aujourd’hui je vous propose quelques raisonnements déraisonnables. Y a pas à dire, à bien y réfléchir, tout ça est bien troublant ! Quoi donc ?!? Ce qui suit.

1- Quand les Américains achètent des territoires immenses tels que la Louisiane, achetée à la France en 1803, L’Alaska aux Russes en 1867, ou quand le France achète la Corse aux Génois en 1768, avec l’accord, bien évidemment, des autochtones, tout cela apparaît comme on ne peut plus normal n’est-ce pas ? On peut même dire que cela participe à la gloire éternelle de ces nations n’est-ce pas ?

Par contre si ce sont les juifs qui achètent ou négocient l’acquisition de bouts de plage, non pas pour étendre leur influence sur le Monde mais juste pour exister à nouveau sur le petit coin de Terre qui se trouve être leur berceau national, c’est un crime. Ce n’est pas possible. Ça leur est interdit. Etonnant non ?

2- Quand les pays arabes, representant aujourd’hui 300 millions de personnes (autant que de ricains) sur 12 000 000 de km2 (25% de plus que les USA), déclenchent à plusieurs reprises, tous contre un, avec l’aide d’une grande puissance, des guerres contre Israël, un Israël représentant actuellement 7 millions de personnes sur 20 000 km2 (les 2/3 de la Belgique), dans le but d’anéantir cet Etat, qu’ils perdent ces guerres et qu’ils refusent au final d’en accepter le prix, en termes de territoires perdus et de populations déplacées, faisant ainsi comme s’ils avaient gagné leurs guerres, cela apparaît comme on ne peut plus normal n’est-ce pas ?

Par contre quand Israël résiste à ses agresseurs, gagne ces guerres, rend quand même une partie de ses conquêtes (Sinaï puis Gaza) histoire de démontrer que seul son berceau historique et la paix l’intéressent, ça n’en reste pas moins un crime. Ce n’est pas possible. Ça lui est interdit. Bref, il faudrait qu’Israël accepte de disparaitre. Etonnant non ?

3- Quand faisant suite à la seconde guerre mondiale, plus de 20 millions d’européens (allemands, polonais, italiens…) sont priés de rentrer dans leur nations respectives ; qu’à la même époque, Gandhi, le plus grand pacifiste de la galaxie organise le transfert de millions de personnes entre l’Inde et le Pakistan ; sans oublier les Japonais après la perte de leur empire; tout cela apparaît comme on ne peut plus normal n’est-ce pas ?

Par contre quand les citoyens jordaniens de Cisjordanie et les citoyens égyptiens de Gaza s’en vont ou plutôt ne s’en vont pas totalement, dans leurs nations respectives, nations qui ont bien déclenché les conflits, et ce alors que par ailleurs les juifs du monde arabe s’en vont bien eux, en Israel, c’est de nouveau un crime israélien. Ce n’est pas possible. Le concept de transfert de populations, dans les deux sens, leur est interdit. Seuls les juifs doivent déguerpir. Etonnant non ?

SIL que plus rien n’étonne.

http://extremecentre.org/2012/06/08/guerre-des-six-jours-elements-troublants/

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juin 8, 2012

« C’est le peuple qui donna la vérité au monde qu’on persécute le plus! »

 » De tous les préjugés aveugles par quoi on excite les passions humaines, il n’en est pas de plus stupide que l’antisémitisme. Il n’est pas fondé sur la raison, il n’a pas de racines dans la foi, il ne s’inspire d’aucun idéal ; c’est une de ces mauvaises herbes humides et malsaines qui poussent dans le marais de la haine des races .La preuve qu’il est déraisonnable, c’est qu’il n’est guère répandu que parmi des peuples qui adorent des prophètes et des apôtres Juifs, qui vénèrent la littérature nationale des Hébreux comme la seule révélation de D.ieu à l’humanité et dont toutes les espérances de salut reposent sur les préceptes et les promesses du Grand M.aître de Judas.

Cependant au regard de ces fanatiques, les Juifs modernes sont incapables de faire quoi que ce soit de bien. Lorsqu’ils sont riches, on les tient pour des oiseaux de proie. Quand ils sont pauvres, on les traite de vermine. Que s’ils sont partisans d’une guerre, c’est pour exploiter à leur profit les mêlées sanglantes des Chrétiens. S’ils désirent la paix, c’est parce qu’ils sont ou des lâches ou des traîtres.

Quand ils font des libéralités (il n’y a pas de plus généreux donateurs que les Juifs) on leur impute quelque égoïste dessein. S’ils ne donnaient rien, que ne dirait-on pas de leur avarice ? Si le travail est écrasé par le capital, on en rend responsable la cupidité juive. Quand le prolétariat se soulève contre les possédants (ce qui est arrivé en Russie) c’est également aux Juifs qu’on s’en prend. S’il veut retourner dans son pays, il faut l’en empêcher. »
LLOYD GEORGES, PREMIER MINISTRE BRITANNIQUE.
L’Univers Israélite, 27 JUILLET 1923

Sans être théologien, Lloyd Georges se livre ici à une immense réflexion. On s’attendrait à ce que le peuple le plus persécuté de la terre connaisse un destin tragique en raison des erreurs ou du paganisme qu’il aurait contribué à répandre. Pas du tout.

Il est établi que la vérité est due à Israël et que l’antisémitisme n’est répandu que dans les pays dont les fondements sont bibliques. On peut penser à Œdipe, à la jalousie du père ! Mais on ne peut s’empêcher de considérer à quel point, « l’antisémitisme est déraisonnable » pour ne pas dire plus.
Arnold Lagémi

 

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juin 7, 2012

Les Juifs de Chine (Shanghai) 2/2

Posted  by Olivier YPSILANTIS

Gravure sur bois de David Ludwig Bloch

 

III –  La vie à Shanghai pendant la Seconde Guerre mondiale.

Depuis 1931, le Japon ne cesse d’accentuer sa pression sur la Chine occupée à combattre les communistes. En juillet 1937, la guerre est officiellement déclarée entre la Chine et le Japon. Le nord de la Chine est conquis par les Nippons qui, dans la foulée, attaquent le sud. En août 1937, la marine japonaise attaque Shanghai. Les combats dureront trois mois. En novembre, la partie chinoise de la ville passe sous contrôle japonais. Les autorités municipales des concessions ont quant à elles déclaré leur neutralité dès le début des hostilités. Ces dernières accueillent des milliers de Chinois qui fuient les combats. Dans la ville chinoise dévastée, des camps sont organisés pour accueillir quelque huit cent mille sans-abris Chinois, tandis que cent vingt mille d’entre eux sont pris en charge par les concessions.

 

Au début de 1940, quatre mille réfugiés vivent dans la Concession française (le secteur le plus huppé de la ville), mille cinq cents dans la Concession internationale, et onze mille à Hongkou, un quartier situé au nord-est de cette dernière et occupé par les Japonais qui permettent aux Juifs de s’y établir librement. Hongkou est une ancienne zone industrielle ravagée par les combats. S’y entassent Chinois, Russes (Juifs et non-Juifs), ainsi que soixante-dix mille Japonais. Ernst G. Heppner y décrit les conditions de vie dans ‟Shanghai Refuge : A Memoir of the World War II Jewish Ghetto” dont des fragments sont consultables en ligne :

http://www.questia.com/library/book/shanghai-refuge-a-memoir-of-the-world-war-ii-jewish-ghetto-by-ernest-g-heppner.jsp

 

Le quartier habité par les réfugiés allemands et autrichiens va se transformer au point d’être surnommé ‟la petite Vienne”, avec maisons réaménagées dans le style occidental, avec boutiques, ateliers, librairies, cafés, restaurants, clubs, etc. Mais dans ce quartier de Hongkou s’entassent aussi des immigrés miséreux, dans ces foyers-dortoirs que les Allemands appellent Heime ; et ils sont nombreux à tomber dans la déchéance physique et morale. Les comités de secours vont avoir de plus en plus de mal à pourvoir à l’alimentation des réfugiés indigents. Fin 1940, le Committee for the Assistance of European Jewish Refugees in Shanghai ne peut plus distribuer les trois repas quotidiens, aussi le dîner est-il supprimé. Après Pearl Harbor, l’American Jewish Joint Distribution Committee suspend son aide financière.

 

Contrairement aux premiers réfugiés arrivés en 1933-1934, ceux qui débarquent entre 1938 et 1941 rencontrent beaucoup plus de difficultés à s’insérer dans la vie économique et sociale, et pour diverses raisons. Parmi ces raisons : ils disposent de très peu de moyens financiers et sont prêts à accepter des travaux jusqu’alors réservés aux Chinois, ce qui indispose les Occidentaux installés de longue date à Shanghai car leur image de marque en souffre. Ces nouveaux arrivants ne manquent pourtant pas de compétences, des compétences par ailleurs fort variées. Les médecins et les dentistes peuvent exercer leur profession avec une relative facilité. Certains parviennent même à ouvrir des cabinets. Ceux qui éprouvent le plus de difficulté sont les employés de bureau et les cadres administratifs : des Russes blancs et des Chinois formés par les Occidentaux occupent les places qui auraient pu leur revenir.

 

L’entrée en guerre des États-Unis contre le Japon, suite au bombardement de Pearl Harbor (8 décembre 1941), va avoir de lourdes conséquences sur la vie des réfugiés juifs de Shanghai. Le jour même de l’attaque contre Pearl Harbor, les Japonais contrôlent tout Shanghai. Les États-Unis réduisent plus encore leur aide. Les réfugiés sont au bord de la famine. C’est alors qu’intervient une femme admirable, Laura Margolis de l’American Jewish Joint Distribution Committee (JDC). En lien, une notice biographique mise en ligne par Jewish Women’s Archive :

http://jwa.org/blog/laura-margolis-heroine-of-shanghai

Et en complément, un article d’Erica Lyons mis en ligne par Asian Jewish Life, ‟Laura Margolis in the Spotlight. Portrait of an heroine in Shanghai” :

http://asianjewishlife.org/pages/articles/AJL_Issue_8/AJL_CoverStory_Laura_Margolis_Shanghai.html

Et n’oublions pas que Laura Margolis bénéficia du soutien d’un officier de l’armée impériale japonaise, le capitaine Koreshige Inuzuka.

 

En juillet 1942, le SS Standartenführer Joseph Albert Meisinger, surnommé ‟le boucher de Varsovie” (il sera condamné à mort et exécuté), débarque à Shanghai. Ce technicien de la mort va expliquer à ses interlocuteurs japonais que les Juifs, dangereux ennemis de l’Allemagne et de son allié le Japon, sont des saboteurs dont il convient de se débarrasser dans les plus brefs délais. A cet effet, Joseph Albert Meisinger et ses collaborateurs donnent les conseils suivants à leurs interlocuteurs japonais :

— entasser les Juifs nus dans des rafiots pour les couler en haute mer ;

— les expédier dans des mines de sel situées en amont du fleuve Jaune ;

— ouvrir un camp de concentration sur l’île de Tsung-ming (à l’embouchure du fleuve Bleu) pour y soumettre les prisonniers à des expériences médicales.

Et le chef de la délégation nazie conseille aux chefs militaires japonais d’opérer un coup de filet à l’occasion de Roch Hachana. Le vice-consul Mitsugi Shibata qui assiste à la réunion en sort abasourdi et prévient aussitôt les dirigeants de la communauté juive, une initiative qui lui vaudra de nombreux déboires. Le gouvernement japonais refuse catégoriquement les propositions allemandes et s’en tient à une demie-mesure : rassembler les réfugiés juifs dans un ghetto, au centre du quartier de Hongkou. Le mot ‟ghetto” n’est toutefois jamais prononcé, pas plus que le mot ‟juif”. Je passe sur les difficultés relatives au transfert des populations, du ghetto (officiellement créé le 18 février 1943) vers l’extérieur et de l’extérieur vers le ghetto. Le 18 mai 1943, environ quatorze mille réfugiés y sont assignés à résidence tandis que mille cent soixante-douze médecins, infirmières et employés des comités de secours obtiennent une prolongation de séjour à l’extérieur.

 

L’hiver 1943-1944 est particulièrement rude pour les réfugiés. Tout manque. Les comités de secours sont au bord de la banqueroute ; et le nombre de ceux qui dépendent d’eux ne cesse d’augmenter : six mille fin 1943, sept mille trois cents en 1944, onze mille en juin 1945. Grâce à diverses personnalités (parmi lesquelles Laura Margolis et Henry Morgenthau), le JDC injecte des fonds qui vont enrayer cette misère. Le 6 juin 1944 puis le 8 mai 1945 laissent espérer la fin de l’occupation japonaise. Mais le 17 juillet 1945, un tapis de bombes lancé par l’USAF dévaste une partie du ghetto. Une station radio japonaise était visée. Trente-deux réfugiés, des centaines de Japonais et des milliers de Chinois sont tués. Les blessés et les sans-abris sont encore plus nombreux.

 

Le 26 août, Shanghai est libérée. La ville compte quinze mille réfugiés. Je passe sur la chronologie des départs. Simplement, en mars 1965, le dernier rouleau de la Torah part pour l’Australie ; et, selon un bulletin de la Jewish Telegraph Agency, Max Leibovich décède à Shanghai le 15 janvier 1982, à l’âge de soixante-quinze ans. Il était le dernier  membre de la communauté juive de la ville — ou l’un des derniers ?

 

Afin de prolonger cette suite de cinq articles dédiée aux Juifs de Chine, un lien d’une très grande richesse intitulé “L’histoire passionnante des Juifs à Shanghai et en Chine” (mis en ligne par Israel Star News) :

http://www.israelstarnews.fr/2010/04/histoire-des-juifs-a-shanghai-et-en-chine/

 

Mitsugi Shibata, vice-consul du Japon à Shanghai. Son action permit de sauver de nombreux Juifs de Shanghai.

http://www.couragetocare.com.au/SiteMedia/w3svc006/Uploads/Documents/b9a63dd0-5aab-4e37-b745-ad3949202fa7.pdf

 

 http://zakhor-online.com/?p=3810

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juin 5, 2012

Les Juifs de Chine (Shanghai) 1/2

 

A Chiune Sugihara (1900-1986), consul général du Japon à Kovno (Lituanie), honoré du titre de «Juste parmi les nations» en 1985. 

 

Gravure sur bois de David Ludwig Bloch (1910-2002), Juif de Shanghai de 1940 à 1949. 

 

I – Les communautés juives de Shanghai avant la Seconde Guerre mondiale.

Avant l’arrivée à Shanghai des Juifs qui fuient le nazisme, la ville compte déjà deux communautés juives. L’une est séfarade, originaire d’Irak et d’Inde pour l’essentiel ; elle est installée là depuis le milieu du XIXe siècle ; l’autre est ashkénaze, et la plupart de ses membres ont fui la Révolution d’Octobre. Le premier Juif à s’installer à Shanghai (dès l’ouverture du port au commerce international) est Elias David Sassoon, Juif de Bagdad ayant transité par Bombay, fondateur en 1845 de la firme Sassoon, filiale de la David Sassoon & Sons Company fondée par son père à Bombay, en 1832. La famille Sassoon est à l’origine du développement de Shanghai qui deviendra l’axe le plus important de son empire commercial, industriel et financier. D’autres noms séfarades marqueront l’histoire de cette ville, mais celui des Sassoon occupe sans conteste la plus haute place.

 

A partir de 1931, lorsque les Japonais envahissent la Mandchourie, de nombreux Juifs russes fuient Harbin et se réfugient à Shanghai où ils reçoivent l’aide des Séfarades fortunés qui font construire des centres d’éducation et de santé. Malgré tout, les Séfarades de Shanghai se verront reprocher leur détachement de la vie communautaire.  Il est vrai que les hommes d’affaires ne fréquentent guère ceux qui vivent de leur générosité ; il n’empêche que leur rôle sera déterminant lorsqu’il s’agira de secourir les dix-huit mille Juifs d’Europe centrale et orientale fuyant le nazisme.

 

Une communauté ashkénaze s’installe donc à Shanghai où la communauté séfarade tient une place prédominante. Je ne retracerai pas dans le présent article l’histoire de ces Ashkénazes, elle m’entraînerait trop loin et ferait de cet article un livre. Simplement, avant l’arrivée des Juifs d’Europe fuyant le nazisme, d’autres Juifs d’Europe s’étaient installés à Shanghai. Ils fuyaient la Révolution bolchévique. Ces Juifs ashkénazes sont modestes voire pauvres. Ils sont nombreux à dépendre des œuvres caritatives. Ashkénazes et Séfarades ont des rapports assez distants, ce qu’explique en partie le fait qu’ils n’ont pas de langue commune : les Séfarades parlent l’anglais voire l’arabe et le hindi, les Ashkénazes parlent le russe et/ou le yiddish ; et personne ne parle l’hébreu, hormis quelques rabbins. Les Ashkénazes n’ont pas très bonne réputation : il y a parmi eux d’anciens soldats, des aventuriers, des évadés de camps sibériens. Certains ont ouvert des tripots dans des quartiers malfamés. Par ailleurs, les Ashkénazes sont nettement plus engagés dans le projet sioniste que ne le sont les Séfarades.

 

II – Les réfugiés juifs d’Europe centrale et orientale.

Les Juifs d’Europe centrale et orientale qui fuient le nazisme et trouvent refuge à Shanghai sont environ dix-huit mille. Leur arrivée s’échelonne entre 1933 et 1941, en trois flux migratoires : de 1933 à la fin 1938, de la fin 1938 à juin 1940, de juin 1940 à décembre 1941.

 

A la fin de l’année 1938, les Juifs allemands établis à Shanghai sont environ quatre cent cinquante. Ils sont peu religieux et, pour la plupart, membres de professions libérales. Parmi eux, de nombreux médecins. Ces immigrés s’insèrent aisément dans la vie économique et sociale de la ville et trouvent sans tarder des emplois dans l’enseignement, les hôpitaux chinois ou les dispensaires des missions.

 

En juillet 1938, les trente-et-un pays présent à la conférence d’Evian ont fermé leurs portes aux Juifs menacés par les nazis. Seule la République dominicaine fait un geste et propose d’accueillir cent mille Juifs dans une zone agricole, à condition que les frais soient supportés par les intéressés. Le président de la République dominicaine est Rafael Leónidas Trujillo Molina, El Jefe, n’agit aucunement par philosémitisme ou, plus simplement, par humanisme. Il n’empêche, c’est mieux que rien. Victor Kuperminc explique les raisons du geste de ce dictateur dans le très riche lien suivant, intitulé ‟La conférence d’Evian”  :

http://www.sefarad.org/publication/lm/035/5.html

Des projets d’émigration massive sont élaborés, comme le plan Madagascar qui prévoit l’évacuation de quatre millions de Juifs d’Europe. Ce plan qui n’aboutira pas sera la dernière tentative destinée à résoudre la question juive par l’émigration. Des rumeurs circulent au sujet de Shanghai. Aucune restriction migratoire n’est imposée, ni visa ni caution ne sont exigés. Mais comment s’y rendre ? Et les Japonais, alliés des nazis, sont en guerre contre la Chine. Comment survivre là-bas ? Ernst G. Heppner (né en 1921 à Breslau, il vécut à Shanghai de 1939 à 1947) rend compte de ces inquiétudes dans son livre de souvenirs : ‟Shanghai Refuge – A Memoir of the World War II Jewish Ghetto” (publié en 1993 par University of Nebraska).

 

Les émigrés qui débarquent à Shanghai se trouvent sans grands moyens de subsistance étant donné qu’ils n’ont le droit d’emporter que le minimum. La communauté juive s’organise pour les recevoir. En octobre 1938, toutes les organisations communautaires tant ashkénazes que séfarades se réunissent et fondent le Committee for the Assistance of European Jewish Refugees in Shanghai dirigé par Michel Speelman. En décembre 1938, les réfugiés sont déjà mille cinq cents. Shanghai continue d’être le seul endroit où l’on puisse débarquer sans visa, argent ou garantie ; et l’information circule. Les compagnies maritimes italiennes et allemandes affichent complet pour les six mois à venir. A Shanghai, on finit par s’inquiéter, à commencer par Michel Speelman lui-même : cette immigration ne va-t-elle pas finir par nuire au niveau de vie de ceux qui sont déjà installés. On s’efforce de décourager les candidats mais rien n’y fait. Dans la première moitié de l’année 1939, mille cinq cents à deux mille personnes débarquent chaque mois. A ce rythme, on prévoit qu’ils seront vingt à vingt-cinq mille à la fin de l’année. Les attitudes changent à Shanghai. Le Committee for the Assistance of European Jewish Refugees in Shanghai dispose de moyens insuffisants pour faire face à un tel afflux. Les Chinois quant à eux ne montrent aucune hostilité. Sur les quatre millions de Chinois qui vivent à Shanghai, huit cent mille sont eux-mêmes des réfugiés dont cent vingt mille sont pris en charge par les concessions. Ce sont les Européens qui s’inquiètent : les Russes qui voient dans ces Juifs des concurrents économiques et, dans une moindre mesure, les Ashkénazes dont la situation est souvent fort précaire. De riches Européens estiment par ailleurs que l’arrivée massive de ces déshérités leur fait perdre la face devant les Asiatiques. Une brochure antisémite se met à circuler ; elle est intitulée ‟A Warning to all Chinese, Japanese and Gentiles Alike – The «Chosen People» have invaded Shanghai” avec, en sous-titre ‟Be prepared to Resist an Economic invasion and be prepared for an Era of Crime, Sin and Intrigue”, signé Anti-Jewish KKK.

 

La guerre sino-japonaise a durement affecté la vie économique de Shanghai. Les démarches auprès des consulats et des compagnies maritimes n’ont pu ralentir l’arrivée des immigrants. Les responsables de la communauté juive s’inquiètent et décident de s’adresser à la seule autorité qui puisse contrôler ce flux, l’autorité nippone. Le 25 mai 1939, sir Victor Sassoon, représentant la communauté séfarade, et Ellis Hayim, représentant le Committee for the Assistance of European Jewish Refugees in Shanghai, demandent officiellement qu’elle mette fin à l’immigration juive à Shanghai.

 

Les autorités japonaises sont contrariées. Leur connaissance du monde juif se limite aux   ‟Protocoles des Sages de Sion”. Une lecture naïve les a convaincues de la mainmise des Juifs sur toutes les affaires du monde, notamment aux États-Unis. Or, le Japon a besoin des États-Unis et ne veut en aucun cas se l’aliéner. Mieux. Dès juillet 1934, le ministère des Affaires étrangères japonais avait conçu le projet d’installer cinquante mille Juifs dans l’État du Mandchoukuo — voir le plan Fugu —, un État soit disant indépendant mais mis en place et contrôlé par le Japon impérial, au Nord-Ouest de la Chine, entre 1932 et 1945. Les Japonais misent sur les Juifs ‟maîtres de la finance mondiale” et voilà que des Juifs leur demandent d’endiguer l’immigration juive ! Les Japonais sont réticents ; ils redoutent les conséquences d’une telle décision, surtout auprès des États-Unis. Ils finissent malgré tout par obtempérer mais en insistant sur le fait que cette décision a été prise à la requête des dirigeants juifs du Committee for the Assistance of European Jewish Refugees in Shanghai. Le décret visant à limiter l’immigration juive entrera en vigueur le 21 août 1939.

 

Parmi les Juifs qui rallient Shanghai à partir de juin 1940, plusieurs centaines d’Allemands et d’Autrichiens, ainsi que quelques Hongrois et Tchécoslovaques. Entre août et octobre 1941 débarquent mille cent réfugiés originaires d’Europe orientale. Parmi eux, neuf cents Polonais dont environ quatre cents religieux. Et parmi ces derniers, deux cent cinquante étudiants et professeurs de la Yeshiva de Mir. Ce groupe de Polonais (qui compte des écrivains et des journalistes, des bundistes, des sionistes et des acteurs de théâtre yiddish) aura une grande influence sur la communauté juive de Shanghai.

 

En lien, un compte-rendu de l’extraordinaire parcours de la Yeshiva de Mir par Chaim Shapiro, ‟The Mirrer Yeshiva’s Escape from Europe” :

http://www.jewishworldreview.com/0298/mirrer.html

 

En lien, un article mis en ligne par Jewish Communities of China et intitulé ‟The Chronologie of the Jews of Shanghai from 1832 to the Present Day” :

http://www.jewsofchina.org/jewsofchina/Templates/showpage.asp?DBID=1&LNGID=1&TMID=84&FID=890

 

La yeshiva de Mir, à Shanghai. 

 (à suivre) 

 

Zakhor Online
Auteur: Olivier YPSILANTIS Tuesday, 05 June 2012 12:26:23
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mai 31, 2012

Les Juifs de Chine (Kaifeng) 3/3

Posted  by Olivier YPSILANTIS

 

III.  La communauté juive de Kaifeng

D’où venaient les Juifs de Kaifeng ? Une seule information précise nous est donnée, par les stèles que nous avons mentionnées, des stèles érigées sur l’emplacement de la synagogue. D’après leurs inscriptions, on peut supposer que les Juifs de Kaifeng seraient venus d’Inde, ce que semble corroborer la mention qui y est faite de toiles de coton apportées en tribu à l’empereur de Chine. Le coton n’était alors pas cultivé dans ce pays. Il devait donc s’agir de coton indien, très apprécié des Chinois. La tradition orale renforce par ailleurs une hypothétique origine indienne des Juifs de Kaifeng. Des jésuites penchent, quant à eux, pour une origine persane, notamment en s’appuyant sur l’argument linguistique. Jean Domenge note ‟qu’ils baragouinent un peu le persan, qu’eux et les Mahométans appellent Farsi”, un argument qui ne peut être tenu pour décisif dans la mesure où le persan était la lingua franca de la plupart des commerçants de l’Inde et des côtes de Chine. L’origine indienne est donc sujette à caution. Les manuscrits apportés par ces immigrants ont été en grande partie détruits par des intempéries et ceux qui ont survécu sont des dons d’autres communautés ou des copies postérieures aux désastres. Précisons par ailleurs que l’hypothèse de l’origine indienne n’exclut pas l’origine persane : l’Inde aurait pu n’être qu’une étape entre la Perse et Kaifeng. Mais il y a plus. L’étude des livres de prières en usage à Kaifeng révèle des ressemblances notables avec les rituels yéménites. Nadine Perront remarque : ‟Nous sommes aujourd’hui incapables de savoir s’ils (les Juifs de Kaifeng) sont arrivés de Perse par l’Inde ou du Yemen par l’Afghanistan, s’ils ont emprunté la voie maritime ou la route des caravanes, si l’immigration a été massive ou bien s’est faite en plusieurs vagues et, dans ce cas, sur combien d’années ou de siècles. Une seule certitude : ils ne sont ni des exilés de l’époque pré-talmudique ni des caraïtes. Rabbanites, ils se conforment aux préceptes de Maïmonide. Leurs prières et leur liturgie sont en parfait accord avec les principes talmudiques.”

 

Il existe deux hypothèses sur la date de l’arrivée des Juifs à Kaifeng. Et aucun indice ne permet encore de trancher en faveur de l’une ou de l’autre. Pour certains sinologues, les Juifs sont arrivés entre 960 et 1126, sous la dynastie des Song ; pour d’autres, la date de construction de leur première synagogue (1163) pourrait plus ou moins correspondre à leur arrivée.

 

Quelle fut l’importance numérique de cette communauté juive des lointains ? La stèle de 1489 rapporte que les familles juives de Kaifeng regroupent alors dix-sept patronymes, tous gravés dans la pierre. Ces patronymes sont à coup sûr ceux qu’ils portaient au moment où fut gravée ladite stèle, et non à l’époque de leur arrivée, des patronymes dont ils ont probablement hérité sous les Ming. La stèle de 1663 n’en mentionne plus que sept, autant de patronymes qui seront confirmés au XIXe siècle tant par les voyageurs que par un manuscrit acquis en 1851 et conservé à la Hebrew Union College of Cincinnati, un registre généalogique des sept familles compilé aux alentours de 1670. Ce document laisse entendre qu’au XVIIe siècle la communauté juive de Kaifeng comptait entre 750 et 850 membres répartis sur trois générations.

 

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La synagogue de Kaifeng a été détruite à trois reprises au cours des siècles. Seule la dernière version nous est connue, grâce aux travaux scrupuleux des jésuites. Ce que nous savons des deux premières versions nous est fourni par les textes en chinois des trois stèles commémoratives, érigées à l’occasion des travaux de construction et de restauration de la synagogue. Elles indiquent 1163 comme année de l’inauguration de la première synagogue qui sera restaurée en 1279, 1421 et 1445. En 1461, elle est emportée par une crue et reconstruite en 1489. En 1512, une autre stèle est érigée afin de célébrer la construction de bâtiments annexes et la restauration du pavillon qui abrite la stèle de 1489. En 1642, une crue emporte la synagogue. Une stèle nous apprend que sa reconstruction débute en 1653. Cette synagogue a été scrupuleusement décrite, notamment par les jésuites Paul Gozani et Jean Domenge. Il s’agit de la synagogue au temps de sa splendeur, au XVIIe et XVIIIe siècles. Au milieu du XIXe siècle, les voyageurs noteront son délabrement. En 1866, William Alexander Parsons Martin n’en retrouvera rien.

 

La crue de 1642 a emporté la ville de Kaifeng, la synagogue et ses manuscrits. Le rabbin parvient à reconstituer un rouleau complet à partir de fragments sauvés des eaux. Deux autres rouleaux sont pareillement recomposés. Enfin, dix copies sont faites à partir de ces trois manuscrits reconstitués. En 1851, deux délégués protestants chinois ne dénombrent que douze rouleaux et en achètent la moitié, dont un sauvé des eaux et tout rapetassé ; en 1866, William Alexander Parsons Martin en achète deux ; en 1870, le diplomate autrichien Karl von Scherzer en achète un ; et en 1899, Mgr. Volonteri en achète un autre. Nul ne sait ce qu’il est advenu des autres rouleaux. Ces acquisitions sont actuellement la possession de musées et de bibliothèques, à Jérusalem, Londres, Cambridge, Oxford, Philadelphie, New York, Vienne et Paris. En 1850, les deux délégués chinois avaient également fait l’acquisition de six volumes des sections du Pentateuque et de deux rituels de prières ; puis, l’année suivante, de vingt-neuf volumes de parachiot et de vingt-huit rituels de prières incluant une généalogie des principales figures juives de Kaifeng, du XVe siècle au XVIIe siècle. L’étude de l’ensemble des manuscrits conservés révèle qu’ils sont conformes aux principes liturgiques édictés par Maïmonide et que les Juifs de Kaifeng observent les fêtes prescrites par le rite orthodoxe.

 

Les Juifs doivent composer avec le pouvoir, l’empereur et la religion dominante (le confucianisme), dans la mesure toutefois où ils ne la jugent pas contraire à leur foi. A en croire les stèles et les inscriptions qui ornent la synagogue, judaïsme et confucianisme vivent alors en harmonie à Kaifeng.

 

Les fêtes, les rituels et les prescriptions religieuses vont s’étioler au fil du temps. En 1867, Jacob Liebermann remarque par exemple que le Shabbat n’est plus observé. Tous les voyageurs ont noté une certaine perméabilité aux solennités chinoises, perméabilité qui s’accentuera jusqu’à la complète disparition des solennités juives. L’étiolement du judaïsme à Kaifeng s’explique essentiellement par l’appauvrissement des relations avec les Juifs de l’étranger et de Chine. Vers 1800, la mort du dernier rabbin accélère la négligence des pratiques qui se teintent toujours plus d’apports chinois. Elles disparaissent dans la seconde moitié du XIXe siècle.

 

Dans la Chine impériale, les Juifs ne sont exclus d’aucune charge, fonction ou profession. Ils peuvent se présenter aux examens mandarinaux, pratiquer le commerce, l’agriculture, l’artisanat et même faire carrière dans l’armée et y atteindre le grade d’officier. La stèle de 1663 fait état de vingt lettrés, quatorze officiers et quatre médecins, à une époque où la communauté est constituée de deux cent quarante-et-une familles. Que s’est-il donc passé pour que cette communauté se retrouve dans un état qui ne va cesser d’empirer au cours du XIXe siècle, pour qu’elle en vienne à démonter sa synagogue afin de subvenir à ses besoins ? Il faudrait bien sûr évoquer la politique xénophobe de l’empereur mandchou Yongcheng (1723-1735) puis de son fils Qianlong (1735-1796). Précisons toutefois que cette politique touche tout le monde, notamment les missionnaires chrétiens, et qu’il ne peut en aucun cas être question d’antisémitisme. Les Juifs sont regardés comme suspects non en tant que tels mais parce qu’ils ont entretenu d’étroites relations avec les jésuites. Précisons également que c’est uniquement sous les dynasties étrangères que les minorités de l’Empire ont eu à souffrir de discriminations, sous les Yuan mongols et les Qing mandchous, jamais sous les dynasties chinoises.

 

Il est remarquable qu’une aussi petite communauté ait pu préserver aussi longtemps son identité, malgré les nombreux mariages mixtes, malgré son intégration dans la société chinoise, malgré son isolement dans un immense empire et l’oubli progressif de l’hébreu. Il est probable que les Juifs arrivés à Kaifeng n’aient pas été pas accompagnés de leurs femmes et qu’ils aient contracté des mariages avec des non-Juives. Le registre généalogique acquis par les délégués chinois signale que sous la dynastie des Ming, près d’un tiers de leurs épouses n’étaient pas juives — ce qu’elles devinrent par le mariage. Les coutumes juives (notamment la circoncision et les règles du cacherout) n’étaient pas faciles à accepter pour ces femmes et leurs familles d’origine. Au XIXe siècle, les unions mixtes sans conversion de l’épouse allaient devenir la règle, une situation qui allait de pair avec l’abandon des activités communautaires.

Un très riche lien intitulé ‟Les communautés juives de Chine” avec photographies du voyageur Rémi Huppert conduit par ailleurs à de nombreux liens qui permettront aux curieux d’en savoir plus :

http://www.modia.org/communaut/chine-juifs-1.html

 

Un lien YouTube intitulé ‟Kaifeng, ses Juifs chinois et la ville” (durée 13 mn 34) :

http://www.youtube.com/watch?v=x1Nop7yZ5t4

 

Un lien YouTube intitulé ‟Chinese Jews from Kaifeng arrive in Israel 2009” (durée 4 mn 34), un documentaire produit par Shavei Israel :

http://www.youtube.com/watch?v=edhtdoPukk0

 

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Juifs de Kaifeng célébrant le Nouvel An

http://zakhor-online.com/?p=3746

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mai 31, 2012

L’épisode « Jésus de Nazareth » est une « affaire intérieure » juive !

par Arnold Lagémi

Il se publie de tous côtés  des textes de diverses origines tendant à sous-estimer le différend majeur entre le Christianisme, l’Eglise Catholique en l’occurrence et le Judaïsme. Pour des raisons démagogiques, on gomme les différences, on atténue les divergences et l’on perdure dans une voie, dont le seul effet sera, une fois de plus de « tordre le cou » à la vérité. Alors, il est opportun et essentiel de rappeler :

a)     L’appréciation du discours christique est de la compétence exclusive du peuple juif, parce que l’origine du christianisme est une affaire intérieure juive. Refuser cette évidence sous tendue  par le droit est l’expression d’une ingérence intolérable.

b)     Pour Israël, Jésus est un faux prophète au même titre que Sabbataï Zvi. Il ne remplit pas les conditions requises pour prétendre à la messianité. Seul Israël est dépositaire de la Loi de Moïse et des textes prophétiques annonçant l’ère messianique. A ce titre, c’est lui et lui seul qui doit désigner le messie.

Prétendre apprendre aux Juifs à lire correctement leurs textes est un abus de droit, une erreur de jugement et signe une vanité démesurée.

c)     En désignant le messie en la personne de Jésus, le Christianisme s’est substitué au peuple juif dont il a usurpé la place, le rôle et la mission.

d)     Théologiquement, le rapprochement est, par essence, impossible, parce qu’il n’y a qu’un seul peuple Juif, mandataire de la P.rovidence.

e)     Restent les accommodements  collatéraux qui confirmeraient, sinon la convergence doctrinale, du moins la volonté réparatrice. Au cours des siècles passés, le Christianisme dans son ensemble a fait subir aux Juifs diverses exactions qu’il a tenté d’effacer par un pardon sans effets et un Concile fébrile mais tout aussi vide d’initiatives concrètes.

f)      La réparation des crimes et exactions n’est pas une aumône quémandée avec humilité c’est une demande de restauration du droit. Soutenir la fraternité judéo-chrétienne sans le préalable de la réparation, c’est mépriser et nier l’enseignement des prophètes.

g)     Maintenir des symboles odieux et indignes comme la « synagogue aveugle » de la cathédrale de Strasbourg, c’est sous-entendre, l’échec de Vatican II et confirmer une permanence doctrinale qui a éliminé Israël.

h)     Tergiverser sur le statut de Jérusalem, capitale d’Israël est une des expressions du refus chrétien de reconnaître la permanence de l’Election d’Israël.

Si des esprits mal intentionnés veulent voir dans mes propos le signe d’un anti christianisme  primaire, qu’ils se reportent à mes initiatives en faveur de Pie XII, pape sauveteur à la mémoire outragée que j’ai défendu en dépit d’une campagne odieuse menée à mon encontre, à laquelle se sont ralliés sur le tard quelques esprits juifs distingués.

http://www.arnoldlagemi.com/?p=2464

mai 30, 2012

Les Juifs de Chine (Kaifeng) 2/3

Posted  by Olivier YPSILANTIS

 

  1. Les premiers Juifs en terre de Chine.

Suite à la parution des relations de voyages de Matteo Ricci et d’Alvaro de Semmedo, publiées respectivement en 1615 et 1641 et traduites sans tarder dans diverses langues européennes, savants et théologiens se posent des questions, des questions qui aujourd’hui encore n’ont pas trouvé de réponses définitives. Quand les Juifs arrivèrent-ils en Chine ? D’où venaient-ils ? Quels itinéraires ont-ils suivi ? Pour quelle raison ont-ils quitté leur(s) pays d’origine ? Dans quelles villes de Chine se sont-ils installés ? Autant de questions qui, faute de documents fiables, laissent libre cours à l’imagination, surtout lorsque s’y mêle l’histoire des dix tribus perdues.

 

 

En 1650, Menasseh ben Israël (1604-1657), grand-rabbin d’Amsterdam, fait remonter l’arrivée des Juifs en Chine à la dynastie Zhou (1122-256 avant J.-C.) en s’appuyant sur le verset suivant (Isaïe, XLIX, 12) : ‟Les voici qui viennent de loin, les uns du Nord et de l’Occident, les autres du pays des Sinim.” Il faut lire ‟Espérance d’Israël”, publié chez Librairie philosophique Joseph Vrin, en 1979. Ci-joint, une notice biographique Akadem sur ce rabbin passionné par l’histoire des tribus perdues :

http://www.akadem.org//medias/documents/bio_Menasseben_Israel-Doc3.pdf

Menasseh ben Israël n’est pas le seul à invoquer Isaïe afin d’apporter une réponse au mystère des Juifs de Chine. Pour le grand-rabbin d’Amsterdam, il ne fait aucun doute que ‟le pays des Sinim” renvoie à l’Empire du Milieu et que les Juifs de Chine descendent de la tribu perdue de Ruben, réfugiée en Chine entre 733-732 avant J.-C. (époque de la dispersion d’Israël) et 525-500 avant J.-C. (époque à laquelle se réfère la prophétie d’Isaïe). Mais la Chine n’était alors qu’un patchwork, comme l’Allemagne avant Bismarck. Elle ne s’unifiera qu’en 221 avant J.-C. Par ailleurs, le terme hébraïque Sin et ses variantes qui désignent la Chine ne se rencontrent pas avant le IXe siècle de notre ère. Mais surtout, depuis la découverte d’une copie complète du livre d’Isaïe parmi les rouleaux de la mer Morte, on sait que le terme Sinim (Sevaniyyim) se réfère aux habitants de Syène, ville du sud de l’Egypte. Et passons sur les erreurs d’interprétation en tous genres comme celle de cet honorable lettré chinois non-Juif qui, sur une stèle commémorative érigée en 1489, à l’emplacement de la synagogue de Kaifeng, situait à l’époque des Zhou non pas l’arrivée des Juifs en Chine… mais l’origine du judaïsme… D’autres laissèrent entendre que les Juifs se seraient rendus en Chine pour commercer la soie dès le VIIIe siècle avant J.-C. Les Juifs se lanceront bien dans le commerce de la soie mais postérieurement. Il est donc peu probable que les premières migrations juives remontent à la dynastie Zhou. L’hypothèse de certains jésuites selon laquelle les Juifs seraient arrivés en Chine sous la dynastie des Han (206 avant J.-C. 221 après J.-C.) est plus plausible mais sans preuve, puisqu’elle s’appuie essentiellement sur la tradition orale de la communauté de Kaifeng et sur une inscription gravée dans une stèle érigée à l’emplacement de la synagogue, en 1512.

 

Les premières traces tangibles d’une présence juive en Chine remontent à la dynastie des Tang (618-907 après J.-C.). Elles sont constituées par le fragment d’une lettre rédigée en judéo-perse, sur du papier (un produit alors exclusivement fabriqué en Chine), découverte en 1901 par sir Aurel Stein, dans le Turkestan chinois, une lettre adressée par un marchand juif à l’un de ses compatriotes. L’autre trace, une page de prières rédigée en hébreu découverte par Paul Elliot parmi les documents exhumés par sir Aurel Stein dans une grotte de la province du Gansu. Ces deux témoignages dateraient du VIIIe siècle.

 

Le périple des marchands juifs, notamment des Radhanites, est largement décrit par le Perse Ibn Khordadbeh, dans son ‟Livre des Routes et des Royaumes” qui rend compte des routes commerciales et des peuples de la civilisation musulmane. Au IXsiècle, des marchands juifs se seraient non seulement rendus en Chine mais ils s’y seraient installés. Les annales de la dynastie des Tang ne mentionnent aucune présence juive en Chine ; mais le sinologue Paul Pelliot remarque : ‟A Ningpo, comme dans toute cette région de l’embouchure du Yang-tze, aventuriers et commerçants débarqués de larges jonques persanes, gens de toutes races et de tous cultes, manichéens et mazdéens, musulmans et nestoriens, se heurtaient à des frères venus par l’autre route, par le Turkestan et le Kansou. Il serait étrange que les Juifs se fussent seuls tenus en dehors de ce courant puissant.” Sous la dynastie des Song (960-1279), la présence de Juifs en Chine est une certitude puisque la communauté de Kaifeng édifie sa synagogue en 1163.

 

Les Juifs ont donc pénétré en Chine, individuellement ou en groupe, sur une période qui couvre plusieurs siècles. Il est possible qu’ils aient emprunté les voies maritimes des marchands musulmans, au départ du Yémen et du golfe Persique via l’Inde, pour gagner les ports de Ningpo et Canton. Il est certain qu’ils empruntèrent la voie terrestre, les routes des caravanes, la route de la soie, ainsi que l’attestent les traces ci-dessus évoquées.

 

Des indices laissent penser qu’outre Kaifeng il existait d’autres communautés juives en Chine. Parmi ces indices, citons celui que nous livre Abu Zayd qui, dans sa relation de voyage, fait état du massacre, en 879, à Canton, de ‟cent vingts mille Musulmans, Juifs, Chrétiens et Parsis qui vivaient dans la ville où ils étaient devenus marchands” par le rebelle Huang Chao. La stèle commémorative érigée en 1489 sur l’emplacement de la synagogue de Kaifeng mentionne des Juifs à Ningpo, à Ningxia (province du Gansu) et Huizhou (province de l’Anhui). Quoiqu’il en soit, lorsqu’au XVIIe siècle les jésuites prennent contact avec la communauté de Kaifeng, les autres communautés juives de Chine ont disparu sans laisser de trace.

 

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