Les conséquences d’une bombe iranienne ou le remodelage du Moyen-Orient et des moyens de dissuasion suite à un Iran nucléaire

Par Thérèse Zrihen-Dvir

Part 1

Après des décennies de sanctions, de menaces et de torsions de bras, il semble que l’Iran et l’Occident ont récemment réussi à désamorcer leurs tensions mutuelles. Pour sa part, l’Iran a rétabli ses négociations fructueuses avec l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), organisation qui lui donna beaucoup de fil à retordre. Entre autre, l’Iran a promis de reprendre le dialogue avec les USA, la Grande-Bretagne, la France, la Russie, la Chine et l’Allemagne qui représentent le P5 +1. Pourparlers qui ont tenu place à Bagdad le 23 Mai courant. Certains y prévoyaient une percée diplomatique potentielle entre l’Iran et la communauté internationale.

Ce dégel dans les relations provenait de plusieurs facteurs. Moins enclins à attaquer les installations nucléaires iraniennes, l’Occident, les USA et Israël, misent sur une solution diplomatique. Avec une population réticente et lasse – un nouveau front au Moyen-Orient cause assez d’inconvénients. À cela, il faudrait ajouter les sages conseils sages émis publiquement par des hauts gradés militaires et des agents du Mossad se référant à une attaque préventive de l’infrastructure nucléaire iranienne. Des analystes des deux pays appréhendent l’impact d’une attaque contre le nucléaire iranien, sur l’embryon d’opposition démocratique dormant mais populaire, le mouvement vert.

L’Iran comme l’Occident, se rapproche de la diplomatie. Les sanctions économiques imposées par la communauté internationale mordent profondément dans ses flancs de l’Iran. Téhéran entrevoit dans les pourparlers de Bagdad une première étape vers la fin de son isolement et la restauration de sa santé économique. En outre, tous les partis concernés voient en ces négociations l’ultime occasion de mettre un terme à ce conflit pacifiquement. Après tout, une attaque israélienne ou américaine des installations nucléaires iraniennes laisserait un choix douteux à Téhéran : renoncer aux représailles et subir une humiliation tant locale qu’internationale, ou contre-attaquer et, éventuellement, déclencher une guerre régionale qui entrainerait des conséquences catastrophiques.

Les plus pessimistes concernant la portée des négociations de Bagdad, estiment que l’Iran cherche simplement à gagner du temps pour repousser une attaque militaire. Si ces dites négociations réussissent (du point de vue de la communauté internationale), l’Iran devrait démanteler une grande partie d’une infrastructure coûteuse et importante, devenue un symbole national de fierté pour de nombreux Iraniens. C’est sans doute un obstacle difficile à franchir pour le régime affaibli et fracturé de Téhéran, qui risque bien de repousser une concession politiquement impopulaire. Les Etats-Unis quant à eux, se confrontent à un dilemme analogue, vu que ces pourparlers s’effectuent dans le contexte d’une élection présidentielle américaine. Le président Obama n’ignore pas que ses rivaux fondront rapidement sur toute concession faite à l’Iran. C’est pourquoi de nombreux analystes pensent que la précarité politique des deux partis principaux, l’Iran et les Etats-Unis, condamne toute chance de succès à Bagdad.

Une guerre inévitable ne se déclenchera pas obligatoirement au cas d’échec de ces pourparlers. Comme décrit précédemment, les USA et Israël ne sont pas certains d’être en mesure de détruire le programme nucléaire iranien par une vague de frappes chirurgicales. Même si une telle opération réussit, elle retardera de quelques années seulement le programme nucléaire iranien. Une campagne militaire aérienne et navale prolongée détruirait complètement la capacité nucléaire iranienne. Toutefois, après des guerres s’étendant sur plus d’une décennie, les américains ne témoignent aucun enthousiasme devant une telle action. Entre les enjeux des négociations diplomatiques et la difficulté d’une action militaire, l’Iran pourrait bien développer l’arme nucléaire. Il serait intéressant d’examiner les conséquences d’un tel avènement et d’approfondir la dynamique d’une bombe perse sur le Moyen-Orient et sur le monde entier.

Certains analystes estiment que l’Iran, comme l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord, deviendrait simplement une goutte de plus dans la perfusion lente de la prolifération nucléaire. D’autres par contre, croient qu’un Iran nucléaire transformerait rapidement cette perfusion lente en une inondation. Ces observateurs estiment que l’arme nucléaire iranienne inciterait les autres pays de la région à initier leurs propres programmes nucléaires. En effet, nous notons déjà certains indices d’une telle entreprise en Arabie Saoudite, en réponse à une bombe iranienne. Vu l’instabilité du Moyen-Orient, beaucoup envisagent une série de scénarios de cauchemar si la course à l’arme nucléaire est déclenchée. Il est presque certain que la communauté internationale ne ménagera aucun effort pour s’assurer que cela ne se produise pas.

Une capacité nucléaire iranienne pourrait transformer le paysage mondial dans au moins trois aspects. Elle pourrait mener à une prolifération de systèmes de défense de missiles, remodeler le paysage politique du Moyen-Orient, et changer la nature de la dissuasion nucléaire.

partie 2

 

RRRRRAAAAH !!! ON A TOUT PETE !!!La prolifération des systèmes de missiles de défense – Bien que la technologie de défense antimissile ait nettement progressé pendant ces dernières décennies, une arme nucléaire iranienne, en combinaison avec une Corée du nord récemment nucléarisée, accélérerait sans doute le processus. Une bombe perse pourrait motiver d’autres États du Moyen Orient à créer leurs propres programmes nucléaires. Si les grandes puissances mondiales veulent décourager ces initiatives, elles doivent fournir des garanties tangibles ou plus précisément, doter les pays en développement de systèmes de défense en échange à leur renonciation à la course aux armes nucléaires.

Si une bombe iranienne nucléaire est hors du « sac » proverbiale, les systèmes de missiles de défense se multiplieront au-delà du Moyen-Orient. D’autres nations pourraient décider de développer une capacité nucléaire en réponse à une prolifération rapide des armes, ce qui accroitrait les chances de guerre partout dans le monde. Les grandes puissances émergentes comme le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Indonésie se sont dans le passé, publiquement opposés aux armes nucléaires. Mais si ces armes ne manquent pas, ces pays pourront alors s’équiper de systèmes anti-missiles, alternative plus sage à celle de développer une force de dissuasion nucléaire locale.

Entre autres, une bombe iranienne pourrait stimuler le développement d’un système plus robuste de défense antimissile en Europe – acte qui embêterait les russes, mais les inciterait aussi à améliorer les capacités de leurs propres systèmes. Un renchérissement en masse de la demande de systèmes de défense antimissile pourrait également mener à une autre course aux armements, et pas seulement entre l’Iran et les Etats arabes, mais aussi entre les États-Unis, la Russie, la Chine, et tant d’autres. Les nations chercheront alors à développer des systèmes meilleurs que leurs rivaux auront du mal à contrecarrer. Nous assisterons alors au développement de missiles zigzagants, de missiles furtifs, de sites de lancement de missiles dissimulés, etc.…. En outre, toute course aux armements aurait des conséquences importantes pour l’espace, où les grandes puissances se hâteront de mettre en orbite leurs derniers systèmes de défense de missiles.

Remodelage du Moyen-Orient : L’arme nucléaire iranienne remodela sans doute tant le paysage international que celui du Moyen-Orient. Pour contrer les intentions iraniennes, une bombe nucléaire perse verrouillera certainement les USA au Moyen-Orient à un moment où ils ne demandent qu’à le quitter. Comme énoncé auparavant, les États-Unis se verront contraints de déployer des systèmes de défense anti-missiles pour assurer la sécurité des autres pays de la région. Et ces systèmes requerraient probablement la présence substantielle de forces militaires conventionnelles.

Toutefois, le positionnement et l’emplacement de ces forces conventionnelles seront probablement modifiés. Un Iran nucléaire changera donc la stratégie militaire au Moyen-Orient, puisqu’une bombe nucléaire iranienne à bord d’une petite vedette rapide d’attaque, d’un sous-marin, ou tout autre vaisseau a la capacité d’anéantir une flotte américaine entière. En raison de l’ampleur asymétrique de ce type de menace nucléaire, l’armée américaine se verrait dans l’obligation de repositionner ses forces dans la région en vue de leur accorder une dispersion et distance de sécurité adéquates. Un tel repositionnement risque d’entraîner le retrait d’un nombre important de navires américains et des infrastructures du golfe Persique – une action qui pourrait modifier de façon substantielle l’équilibre des pouvoirs dans ces eaux.

Si les états pacifiques du Moyen Orient développent une capacité nucléaire en réponse à une bombe iranienne, l’Occident aurait à mener une recherche frénétique mais calme, pour traquer ces armes et les empêcher de tomber entre les mains des islamistes radicaux. A cause de la menace nucléaire iranienne et d’une prolifération nucléaire potentielle dans la région, l’Occident devrait investir plus d’efforts dans la stabilité au Moyen-Orient. Si un Printemps Arabe bourgeonne dans l’un de ces pays stratégiquement importants, l’Occident risque bien de devoir soutenir la répression autocratique de réformateurs démocratiques- dilemme moral qu’il redoute sûrement.

Un Iran nucléaire changerait la nature de la concurrence interétatique dans le Moyen-Orient. Quand l’arme nucléaire est impliquée, les nations hésitent à s’engager dans un conflit conventionnel. C’est ce qui pousse à croire qu’une bombe nucléaire iranienne conduira à une guerre régionale froide, évoquant celle qui régnait entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie sur une grande partie du 20ème siècle. Comme la guerre froide, la réticence à s’engager dans une confrontation militaire directe pourrait conduire à des luttes par procuration à travers la région. L’Iran, Israël, les Etats-Unis, la Turquie et les Etats arabes risquent de se transformer en un Iraq, une Syrie, un Liban et un Bahreïn qui se disputent une influence régionale.

Modifier la nature de la dissuasion nucléaire : Non seulement une bombe perse conduirait à la prolifération de systèmes de défense de missiles, modifiant le paysage international du Moyen-Orient, elle serait également en mesure de changer la nature de la dissuasion nucléaire. En 1954, l’OTAN avait adopté une politique de représailles massives en réponse à une attaque nucléaire par l’Union soviétique. Cela conduisit rapidement au concept de destruction mutuelle assurée (MAD). Sous MAD, si l’Occident est attaqué à l’arme nucléaire par un adversaire, l’Occident répondra par une force écrasante qui causerait la destruction totale de l’ennemi. Pour sa part, le Pacte de Varsovie adoptait une attitude similaire en ce qui concerne l’Occident. L’assurance qu’une attaque nucléaire se heurtant à une réponse analogue garantissait en quelque sorte une paix durable négative entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie.

Certains estiment que la bombe iranienne procurera une paix négative similaire au Moyen-Orient. Selon ces avocats, ce ne serait pas une chose si mauvaise compte tenu des alternatives. Cependant, la prolifération des armes nucléaires à plusieurs états, dont certains instables et gouvernés par des dirigeants à lucidité douteuse, complique cette hypothèse.

partie 3

                          Carte des installations nucléaires iraniennes 
 

N’existaient à l’époque de la guerre froide, que deux blocs nucléaires distincts. Si l’un d’eux était attaqué, l’identité de l’attaquant était évidente. Cette situation devient plus compliquée dans un monde multi-nucléaire. L’avènement du terrorisme international signifie également que l’arme nucléaire pourrait bien être activée par un groupe terroriste sans aucun lien incontestable avec n’importe quel pays. 

Une cible identifiable inconnue pour répondre modèle MAD, la clé de voûte d’une paix négative, n’existe donc plus. En outre, la prolifération des systèmes de défenses de missiles autour du monde, sape les prêteurs de ce concept. Les belligérants qui estiment que leur système de défense antimissile peut dévier la contre-attaque d’un adversaire, se sentiront à l’aise pour initier un premier coup de griffe.

La prolifération des systèmes de défense de missiles combinée à l’arme atomique relativement faible, compte sur la façon dont ces nouvelles armes nucléaires peuvent être utilisées. En vertu du programme MAD (la destruction mutuelle assurée), le but principal des armes nucléaires était de constituer une menace crédible pour détruire complètement toutes les grandes villes dans le territoire de l’ennemi. Avec l’avènement des systèmes de défense antimissile et l’arsenal limité d’ogives possédé par un grand nombre de nouvelles puissances nucléaires, nous verra la réémergence des armes nucléaires tactiques. Un missile visant une métropole ennemie peut ne pas porter atteinte aux défenses de celui-ci. En outre, il n’existe pas assez de têtes de fusées nucléaires pour multiplier les salves.

Le ciblage délibéré d’une agglomération civile pourrait engendrer des réactions incommensurables de la communauté internationale. Toutefois, un missile, un obus, ou un piège nucléaire positionné contre une flotte ennemie ou son armée seront considérés comme des frappes de marque. Ce serait aussi un coup décisif dans une campagne militaire conventionnelle. En conséquence, nous verrons un intérêt accru dans la production de petites armes nucléaires conçues pour un champ de bataille.

Conclusion : Le monde peut bien se trouver en voie d’affronter les défis armés d’un Iran nucléaire. Même si quelques chefs d’états nourrissent un espoir pour une solution amiable entre tous les concernés, le fait d’un échec de ces négociations ne peut être ignoré. Une action militaire contre le nucléaire iranien peut tourner en fiasco, forçant les chefs d’états et leurs décideurs à s’accommoder avec un Iran nucléaire. Une telle situation accroîtrait de sérieux défis à l’Occident et à la communauté internationale.

Un conseil de valeur : Mieux vaut être paré contre ces défis le plus tôt possible.
(Etude inspirée du texte de Michael Doyle)

http://therese-dvir.com
http://therese-zrihen-dvir.over-blog.com/

Étiquettes : , ,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :