Edmund Veesenmayer, chef d’Eichmann en Hongrie, responsable de la mort de 500.000 Juifs hongrois et slovaques

Le cas, peu connu, d’un des plus grands criminels nazis, Edmund Veesenmayer, le patron d’Adolf Eichmann en Hongrie, illustre parfaitement le fait que, contrairement à ce que prétendent Günter Grass et ceux qui pensent comme lui, la dénazification de l’Allemagne relève pour une grande part du mythe, tout comme le supposé sentiment de culpabilité pour la Shoah – l’extermination de six millions de Juifs européens dont un million et demi d’enfants – qui écraserait la population allemande. Il est navrant qu’un homme qui, comme l’a dit le procureur de Nuremberg, a « causé l’élimination de cinq cent mille juifs de Hongrie et de Slovaquie, l’accusé n’est pas parvenu à assassiner les survivants, qui ont été libérés par les armées alliées », ait pu vivre jusqu’à sa mort tranquillement en Allemagne. Sans avoir été inquiété par la justice ni que ses 500.000 victimes viennent troubler par sa conscience.


Edmund Veesenmayer, plénipotentiaire (Gauleiter) de Hitler en Hongrie, dont la tâche principale avait été de détruire la communauté juive de Hongrie et de Slovaquie, « comparut en 1948 devant les juges du Tribunal militaire international de Nuremberg, il proclama très haut son innocence, comme tous les nazis gémissants qui avaient eu la malchance d’être pris. Avait-il d’autre choix qu’obéir aux ordres de von Ribbentrop? se lamenta-t-il. Il était la victime innocente des machinations hongroises. […] Les déportations étaient regrettables, oui, mais elles n’étaient absolument pas son affaire et il n’en savait rien. Malin, Veesenmayer ajouta qu’il avait toujours été un anticommuniste convaincu, dont le seul but était de défendre la civilisation de l’Europe occidentale contre les hordes rouges qui déferlaient d’Asie. […] L’ancien plénipotentiaire de Hitler, dont la tâche principale avait été de détruire la communauté juive de Hongrie, n’avait pas le courage de regarder son crime en face. Le procureur de Nuremberg rétablit la vérité: « Après avoir causé l’élimination de cinq cent mille juifs de Hongrie et de Slovaquie, l’accusé n’est pas parvenu à assassiner les survivants, qui ont été libérés par les armées alliées ».

« A Nuremberg, Veesenmayer réussit à exploiter le nouvel état d’esprit [la lutte contre le fléau du communisme qui menaçait d’engloutir l’Europe] pour réduire l’énormité de ses crimes. Dans un soupir de soulagement, il apprit le 2 avril 1949 que le Tribunal militaire international ne lui infligeait que vingt ans de prison, mois quatre de préventive. Il échappait à la condamnation à mort. L’ancien proconsul d’Hitler fut écroué à Landsberg, en Bavière. Il n’eut même pas besoin d’aller au bout de sa modeste peine. » Veesenmayer est libéré en 1954.

« Adolf Eichmann, qui avait été le subordonné de Veesenmayer en Hongrie, n’eut pas le même privilège quand un tribunal de Jérusalem le condamna à mort en 1961, pas plus que Sztójay, Jaross, Vajna, Szálasi, Kemény et d’autres, tous anciens laquais de Veesenmayer, qui furent condamnés à mort en 1946 par un tribunal populaire de Budapest. Veesenmayer, chef et presque seul survivant de cette bande de fripouilles, retourna à ses affaires de parfumerie en gros et devin un citoyen riche et respecté de Cologne. C’est en vain que Simon Wiesenthal, le « chasseur de nazis », essaya de faire rouvrir le dossier. Parmi les juges allemands, un grand nombre avait servi quelques années auparavant sous le Führer. Comment auraient-il pu traiter sévèrement un coupable qui était un des leurs? Veesenmayer mourut en 1977 sans avoir été inquiété par la justice ni troublé par sa conscience. »

Voulant obtenir l’autorisation de laisser partir 8.000 enfants et adolescents juifs détenteurs d’un certificat de Palestine, le vice-consul suisse Carl Lutz rencontre Edmund Veesenmayer en 1944 et celui-ci lui dit: « En ce qui concerne les Allemands, ils préfèrent de beaucoup que les juifs hongrois soient concentrés, pour éviter toute possibilité qu’ils n’attaquent les troupes combattantes par derrière ». En 1943, Veesenmayer avait parcouru la Hongrie incognito à la demande personnelle du Führer et lui avait remis un rapport hautement confidentiel. « Il y signalait que les autorités hongroises sabotaient systématiquement la politique allemande et qu’entre autres, le gouvernement hongrois, Horty en tête, ignorait toutes les injonctions allemandes à « résoudre » le problème juif. Cette « désobéissance » n’était pas seulement un affront pour le Führer, insistait Veesenmayer, les juifs constituaient vraimnt un risque militaire aigu. Chacun des 1,1 million de juifs hongrois (il exagérait, car ils n’étaient « que » 750.000) était un espion ou un saboteur potentiel, avide de poignarder dans le dos les braves soldats allemands qui défendaient l’Europe contre ses ennemis. Le soulèvement du ghetto de Varsovie n’avait-il pas montré en 1943 de quoi était capable une bande de juifs désespérés, mais résolus? »

A la fin de l’entretien « le gros nazi », suggéra « à M. le consul d’aller voir un certain lieutenant-colonel Eichmann, Adolf Eichmann, qui était à la tête d’un unité spéciale, arrivée à Budapest « ces derniers jours » pour conseiller ses collègues hongrois à propos des questions juives d’ordre technique, telles que transports, horaires, etc. S’il y avait un spécialiste de ces questions, c’était bien le colonel Eichmann. […] Tournant les talons, il se dirigea vers une armoire et en tira un petit flacon de parfum Chanel, à ce que déchiffra Lutz. L’envoyé allemand sourit. Il priait M. le consul de présenter ses hommages à Madame en lui offrant ce petit cadeau. Il espérait la rencontrer en personne un de ces jours. Il poursuivit en racontant que, dans les années 1930, il s’était lancé dans le commerce en gros de parfumerie, entre autres activités. Puis la guerre avait imposé d’autres activités [comme, par exemple, l’extermination des Juifs et des Tsiganes]. Il espérait cependant reprendre ces affaires dès que les « troubles » seraient passés – comme si ses activités du moment n’étaient qu’une digression par rapport à sa véritable vocation. »

Source: Diplomatie dangereuse, Carl Lutz, l’homme qui a sauvé les juifs de Budapest, par Theo Tschuy

Photo: Yad Vashem

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