Al Qaeda cherche loup solitaire

Julien Chauvierre, qui collabore à GeoSintel et à l’Académie Européenne de Géopolitique, abordait la menace représentée par un « loup solitaire ». Après les évènements dans le Sud-Ouest de la France son livre Les Fils maudits de Ben Laden est toujours d’actualité.
En voici un extrait (p. 99)
Al Qaeda cherche loup solitaire

Les meilleurs spécialistes américains en la matière pensent que AQ « historique » sera de plus en plus marginalisé sur le plan physique : possibilités d’actions et capacité de déplacement de plus en plus réduites, coordination devenue impossible pour de grosses actions, etc… Et la mort de Ben Laden semble bien confirmer cette analyse.
Mais en même temps, ces spécialistes préviennent que l’idéologie djihadiste va, elle, se répandre de plus en plus et que les groupes « autonomes » pourraient maintenir une menace de niveau moins élevée mais néanmoins permanente.
Cette crainte est renforcée par les appels publiés sur le net de certains leaders djihadistes qui appellent à mener des attaques simples mais contre un grand nombre de cibles variées. Ceci afin d’user les services de sécurité occidentaux et d’augmenter le chaos et la psychose.
C’est en fait le concept du « Leaderless Jihad » (Djihad sans chefs) défendu, entre autres, par Mustafa Setmarian Nasar [1], qui dans un texte déjà paru en 2005, conseillait aux djihadistes de créer des réseaux décentralisés d’individus et de cellules locales unis par la foi plutôt que des structures hiérarchiques qui risquent d’être ciblées par la répression. Dans ce même texte, il qualifiait Oussama Ben Laden de « pharaon ».
Le but est donc que se créent des cellules informelles composées d’islamistes immigrés ou nés en Occident. Ces « mécontents et révoltés potentiels » sont souvent des amis qui partagent le même logement ou fréquentent la même classe, et qui vivent ensemble un processus de radicalisation.
Les djihadistes autonomes sont effectivement souvent enracinés dans les pays occidentaux, cibles potentielles d’Al Qaeda. Parfois, il s’agit même d’autochtones convertis à l’Islam.
A noter que parmi les djihadistes autonomes, beaucoup ont été recrutés grâce à Internet. En effet, de nombreux sites et autres « chat room » propagent l’idéologie djihadiste et servent à amener de jeunes excités sur la voie du « Djihad pour amateur »…
Un exemple de la menace que ce genre de « djihadiste spontané » peut faire peser est celui de cet officier américain de religion musulmane, Nidal Hassan qui avait abattu plusieurs soldats américains à l’endroit même où il travaillait.

Massacre à Fort Hood

Le 5 novembre 2009, vers 1h30, le major médecin Nidal Malik Hasan, psychiatre au sein de l’US Army, pénètre dans un bâtiment des installations militaires situées à Fort Hood dans le Texas. Personne ne porte attention à ce major médecin qui porte son uniforme. Jusqu’au moment où il va sortir un pistolet FN Herstal et se mettre à tirer en criant : « Allahu Akbar » (Dieu est grand !).
Cette fusillade va durer 30 minutes et causer la mort de dix militaires et d’un civil. Il y aura de plus trente blessés.
La tuerie ne s’arrêtera qu’à l’arrivée de deux policiers en civil. Le premier arrivé sur place, Kimberly Munley, va hésiter dans la confusion et sera blessé par balles. Son collègue, Mark Todd, va plus vite comprendre que la menace porte l’uniforme américain et va tirer sur Hasan et le blesser.
Il apparaîtra par la suite que Hasan, né aux Etats-Unis de parents d’origine jordanienne, s’est laissé influencer et radicaliser via une mosquée locale radicale et via Internet. Il a d’ailleurs échangé des mails directement avec un des chefs d’AQPA, lui aussi né aux Etats-Unis, Anwar Al Awlaki. Hasan est le pire exemple de ce que peut donner la stratégie du « loup solitaire » à la sauce Al Qaeda.

Les djihadistes appellent donc régulièrement les musulmans radicaux, partout dans le monde, à recourir à la stratégie du loup solitaire : c’est-à-dire frapper seul, avec les moyens dont ils disposent. Stratégie qui, par définition, évite les indiscrétions et les risques d’infiltration que peut connaître une cellule terroriste.
Le but étant que ces « petites » attaques se multiplient et finalement provoquent un état permanent de tensions au sein des sociétés occidentales.
Mais pour que ces attaques solitaires aient un minimum d’efficacité, les forums djihadistes donnent également des consignes en ce qui concerne les cibles potentielles. Il faut que ces cibles soient facilement accessibles à l’auteur, qu’une action efficace soit possible contre elles et que les cibles soient de nature à ce qu’on puisse s’attendre à un impact médiatique.
Pour le dernier point, il est donné comme consigne de frapper des symboles du capitalisme ou des endroits de grande consommation, afin de saper la confiance de la population envers le modèle occidental. Sans oublier évidemment les symboles de la décadence et de l’immoralité.
On constate d’ailleurs un recrutement de plus en plus important de jeunes djihadistes en Occident et même en Amérique du Nord. On a ainsi pu le constater dans l’affaire dite de la « cellule de Minneapolis ».
Cellule qui recrutait aux Etats-Unis, des jeunes gens pour se battre en Somalie auprès du groupe terroriste al-Shabaab appartenant à la mouvance Al Qaeda.
A la vue des documents saisis à cette occasion, il apparaît que des cellules de ce type existeraient ailleurs et notamment à Toronto (Canada). Au moins six jeunes d’origine somalienne, établis avec leur famille à Toronto, ont ainsi disparu en novembre 2009 et sont plus que probablement partis faire le Djihad en Somalie. Ces jeunes, une fois expédiés en Somalie, passent par une série de « safe-house [2] » avant d’être dirigés vers des camps d’entraînement où ils sont initiés à l’utilisation d’un grand nombre d’armes mais sont aussi soumis à une rhétorique anti-occidentale.
Outre le recrutement pour aller mener le Djihad à l’étranger, le FBI a aussi démantelé plusieurs réseaux terroristes en cours de constitution et qui comptaient soit des jeunes musulmans nés aux Etats-Unis soit des américains fraichement convertis à l’Islam.
La mort de Ben Laden va augmenter le risque de voir surgir des « djihadistes spontanés », recrutés et endoctrinés via Internet. D’autant moins repérables par les services de sécurité qu’il peut s’agir de gens nés et élevés dans les pays occidentaux. Lorsqu’il ne s’agit pas de convertis qui, par définition, peuvent passer encore plus inaperçus.
Si bien évidemment, la capacité opérationnelle de ces militants autonomes sera moins élevée que celle de militants chevronnés et entrainés ; il n’en reste pas moins que la multiplication de « loups solitaires du Djihad » pourrait devenir un problème majeur dans les années, voire les mois qui viennent.

Quelques djihadistes « made in USA »

Adam Gadhan de son nom islamisé (il est né sous le nom d’Adam Pearlman) est un des porte-parole d’Al Qaeda et est américain. Egalement connu dans les milieux djihadistes sous le nom de « Azzam, l’Américain », cet homme d’une trentaine d’années s’est converti à l’Islam voici 15 ans.

Michael Finton, American converti à l’Islam, impliqué dans des tentatives d’attentats.

Sharif Mobley, Américain, membre d’Al-Qaeda, arrêté au Yémen en 2010.

Aafia Siddiqui, membre d’Al-Qaeda, ancien résident aux Etats-Unis, condamné en 2010 pour avoir essayé d’assassiner des citoyens américains.

Bryant Neal Vinas, American converti à l’Islam, condamné en 2009 pour sa participation à un complot d’AQ en Afghanistan et aux Etats-Unis.

Najibullah Zazi, résident aux Etats-Unis, a plaidé coupable en 2010 pour avoir planifié des attentats suicide dans le métro new-yorkais.

Colleen LaRose, citoyenne américaine convertie à l’Islam en 2008, arrêtée en 2010 par le FBI. Elle encourageait sur Internet les adeptes de la guerre sainte et avait proposé ses services pour des actions terroristes.

David Headley (cf. chapitre 9)

Jamie Paulin-Ramirez, arrêtée en Irlande pour un complot contre un des caricaturistes de Mahomet

[1] alias Abou Moussab al-Souri, djihadiste d’origine syrienne, soupçonné d’être le cerveau des attentats suicide de Madrid et de Londres.

[2] Terme anglo-saxon utilisé dans tous les services de renseignement pour désigner une maison sécurisée, une cache théoriquement inconnue de l’adversaire.

http://www.geosintel.org/Al-Qaeda-cherche-loup-solitaire.html

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