PROCHE-ORIENT DANS L’ENTRE-DEUX-GUERRES

L’Empire ottoman
Par Christine Assaf

La situation de l’Empire
Après le démembrement de l’Empire entre les années 1850 (Guerre de Crimée) et 1870 (Congrès de Berlin en 1878), les sultans voient échouer leur politique d’ottomanisme et se tournent donc avec Abd el Hamid vers l’islamisme, premier sultan à se présenter toujours comme calife. Ayant peur de perdre désormais les provinces arabes, il va chercher à les favoriser (chemin de fer du Hedjaz…). Malgré tout le démembrement se poursuit. Les Britanniques sont présents en Egypte à partir du début des années 1880. La colonisation se double d’un impérialisme informel dans l’empire ottoman car la modernisation en cours demande des capitaux dont les Européens, eux, disposent. Cela passe soit par des emprunts, soit par des investissements dans les infrastructures surtout destinées à drainer les matières premières ottomanes vers l’Europe ou à importer les produits européens. Il n’y a pas d’investissements productifs dans l’industrie ou pas assez. Donc l’Empire s’endette pour rester dépendant, de plus en plus. En 1876, l’Empire est en faillite et l’administration de la dette publique est créée en 1880 pour directement rembourser les créditeurs européens. Le règne d’Abd el Hamid est marqué aussi par le despotisme (« Grand saigneur »), le massacre des Arméniens… Des opposants commencent donc à se faire entendre pour réclamer des réformes profondes et démocratiques. Les réformes des tanzimats venaient du haut, des fonctionnaires et de l’Etat. Là on veut la participation du peuple. En 1876 le sultan crée une constitution mais la suspend l’année suivante. Les académies militaires d’Istanbul voient alors naître un mouvement d’opposition, celui des Jeunes Turcs. Ces milieux n’est pas élitiste mais regroupe des fils de familles cherchant la promotion via l’armée. Ce mouvement s’appuie aussi sur les émigrés mais est traversé par deux tendances :
– celle décentralisatrice pour une plus grande autonomie aux provinces pour éviter l’éclatement et acceptant de faire appel encore à l’Occident
– celle centralisatrice disant que l’élément turc doit dominer et centraliser le pouvoir pour maintenir l’unité de l’Empire.
C’est cette seconde tendance qui s’impose en formant le Comité Union et Progrès (CUP)  d’une dizaine de membres se diffusant en petites cellules dans l’Empire utilisant notamment beaucoup les loges maçonniques. L’armée menace le sultan de marcher sur Istanbul sauf s’il restaure la constitution ce qu’il fait en 1907 mais ils le renversent quand même en 1909 et entament une politique de turquification et de centralisation (fonctionnaires turcs, éducation turque, fin de l’exemption militaire…). Ceci n’empêche pas la prise de la Tripolitaine par l’Italie en 1911-1912 et les emprunts persistent auprès des Européens.

Les ambitions des Européens
Face à cette situation de l’Empire qui a repris de l’intérêt depuis l’ouverture du canal de Suez en 1869, on a l’impérialisme européen.
– La Grande-Bretagne est la puissance de l’époque avec le « two powers standard ». Deux principes organisent cette puissance :
o Garder la suprématie navale
o Assurer la route des Indes qui est leur joyau
Ils veulent endiguer la puissance montante de l’Allemagne en Europe et dans le monde et celle de la Russie en Méditerranée mais aussi en Asie centrale menaçant les Indes. Face au défi allemand, les Anglais se rapprochent des Russes et signent un accord en 1906 partageant l’Asie centrale en zones d’influence.
– La France, elle, est traditionnellement la protectrice des catholiques d’Orient mais développer aussi ces ambitions territoriales dans le monde arabe et dans le Levant surtout où ils possèdent énormément d’intérêts financiers et économiques. Elle a aussi des intérêts culturels importants avec des missions religieuses nombreuses.
– La Russie jusqu’en 1876 veut s’étendre soit dans les Balkans en dominant une zone orthodoxe, soit en passant par la Mer Noire pour contrôler les détroits et maîtriser le Caucase pour poursuivre vers l’Anatolie. Echec de la guerre de Crimée puis fin XIXe se tourne vers l’Orient sibérien avant de rencontrer l’échec face au Japon et de se retourner alors encore vers l’Empire ottoman.
– L’Allemagne est lancée avec Guillaume II dans la Weltpolitik mais tardivement. Beaucoup de liens se créent avec l’Empire les Allemands n’étant pas perçu directement comme des impérialistes. Nombreux voyages et démonstrations d’amitié du Kaiser.
L’Empire ottoman face à toutes ces puissances n’est pas indépendant. Le seul chemin de fer construit sans capitaux étrangers est celui du Hedjaz. Toutes les autres voies ferrées sont européennes : l’Etat ottoman leur garantit une indemnité kilométrique fixe et donne le droit de prospecter dans le secteur minier d’où un découpage de l’Empire en zones d’influence qui préfigure le découpage à venir en Etats.

La montée des nationalismes
Le nationalise turc se développe dans le Caucase turc face à l’émergence du panslavisme. Son théoricien est Ziya Gokalp. La théorisation est en cours quand la première guerre mondiale éclate. Il est fort chez les Jeunes Turcs et cherche à favoriser les Turcs dans l’Empire. Ensuite volonté de rassembler tous les Turcs jusqu’à ceux d’Asie centrale en passant par l’Azerbaïdjan.
Le nationalisme arabe est embryonnaire aussi au début du XXe siècle. Un mouvement de renaissance culturelle (« nahda ») apparaît favorisé notamment par les missions culturelles anglo-saxonnes (imprimerie à Beyrouth par exemple). Il y a aussi volonté de se réformer pour être compétitif par rapport aux Occidentaux. Il s’agit de redonner sa valeur à la civilisation musulmane arabe. Al Afghani pense que tout être doté de raison doit pouvoir lire et interpréter le coran. Il faut prendre au monde moderne tout ce qui peut être utile. Ce mouvement échoue. Un autre émerge alors expliquant que le déclin de l’Islam est dû au fait que des non Arabes ont pris le califat. Depuis les années 1880, il y a une contestation du pouvoir ottoman mais pas représentative de la population, seulement de quelques élites de la Nahda. Le mouvement s’élargit au début du XXe siècle profitant de la turquification ottomane. Des mouvements nationalistes arabes se forment aussi chez les émigrés : congrès « syrien » à Paris en 1912 réunit tous les nationalistes arabes dont la majorité viennent de la wilaya de Syrie. Il demande l’autonomie, l’enseignement en arabe… mais on ne demande pas l’indépendance.
Le sionisme apparaît alors aussi. La majorité des juifs sont alors en Russie et en Europe centrale. Dans les années 1880, les juifs étaient assimilés dans les pays d’Europe occidentale mais pas dans l’empire russe où l’antisémitisme est puissant : on les accuse d’être responsables de l’assassinat du Tsar. Les pogroms se multiplient. Toute une catégorie de juifs embourgeoisés sont bloqués dans leur ascension sociale car ils ne sont ni slaves ni orthodoxes. Deux solutions donc :
– dans l’empire, soit la renaissance hébraïque, soit la révolution
– hors de l’empire : soit l’émigration vers l’Ouest, soit le nationalisme juif, le sionisme dont Herzl est le fondateur avec le premier congrès sioniste en 1896 (Vienne). La tendance majoritaire impose alors l’idée de retourner en Palestine. Herzl pense que pour avoir un Etat il faudra l’accord des grandes puissances. Il démarche donc les diplomates, chefs d’Etat… jusqu’au sultan. Celui-ci refuse l’immigration des Juifs en Palestine car une fois sur place, ils sont protégés par les puissances occidentales. Le mouvement est donc limité.

Situation du Moyen Orient à la veille de la guerre
Le Nord de l’Afrique est dominé par les Européens. Le Hedjaz est aux mains du chérif Hussein qui gouverne pour les Ottomans. Les pourtours de la péninsule arabique sont sous le contrôle des Britanniques. Ceux-ci ont très peur de la Bagdad Bahn qui menace leur influence en Mésopotamie. Ils découpent alors un large Koweit. Les Ottomans conservent la Thrace orientale.

La première guerre mondiale
Quand la guerre éclate le CUP décide de se rallier à l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. Les anglais ayant refusé de livrer des cuirassés, les Allemands prennent leur place. Les Britanniques remontent en Mésopotamie. En Anatolie, les Turcs sont défaits et accusent les Arméniens de trahison. Offensive sur le Sinaï mais arrêtés par les Britanniques. Une fois la Bulgarie entrée en guerre en 1915, les Ottomans ne sont plus isolés. L’offensive européenne sur les Dardanelles en 1915 échoue et Atatürk apparaît là pour la première fois.
A Londres, India Office, Foreign Office, et Colonial Office gèrent la politique de la GB. Un bureau important se trouve au Caire et un autre à Simla, en Inde. Les deux bureaux ne sont pas d’accord. Les Indiens veulent discuter avec l’homme fort de la péninsule : Ibn Saoud. Ceux du Caire veulent miser sur Hussein car ils veulent utiliser son influence sur la région proche-orientale car le sultan a déclaré le Jihad et ils veulent donc contrer ceci en s’alliant avec le chérif de la Mecque, protecteur des lieux saints. En 1915-1916, le génocide arménien est déclenché. Jamal Pacha réprime les autonomistes à Beyrouth et Damas et les survivants se tournent donc vers Hussein. Une correspondance s’établit alors entre Mac Mahon, Haut commissaire britannique, et Hussein. Correspondance assez longue portant sur l’assurance que les Britannique devaient donner à Hussein pour un royaume assez vaste. Les Britanniques jouent sur les mots et la traduction. Pendant ce temps, George-Picot et Sykes négocient les accords franco-britanniques. Lawrence d’Arabie qui conseille les Britanniques considèrent que les populations de la côte, à l’Ouest ne sont pas de vrais Arabes comme les bédouins, d’où le projet de « zone bleue » sous contrôle français, une zone rouge sous administration britannique. Zone A sous influence française et B sous influence britannique sont des morceaux de l’Etat arabe indépendant qui ne verra jamais jour. Jérusalem dès cette époque est prévue comme une zone internationale. Hussein appelle alors à la révolte arabe mais qui est un événement secondaire. Durant l’année 1917, tournant avec la déclaration Balfour : certaine déception chez les Juifs qui attendaient un Etat et auxquels on offrait un « foyer national ». Révolution russe aussi et entrée en guerre des Etats-Unis : fin du mode de raisonnement impérialiste car EU imposent le droit des peuples à l’autodétermination. Britanniques avaient la supériorité militaire sur le terrain : prise de Jérusalem en décembre 1917. Ils remettent alors en cause les accords Sykes-Picot et font l’entrée triomphale de Fayçal, fils du chérif Hussein,  à Damas. Armistice ottoman en octobre 1917. Les négociations sur la paix commencent alors. Anglais veulent revoir les accords grâce à leur victoire militaire sur le terrain : ils veulent la Palestine et la Syrie. Peu de délégations : seulement syriens, libanais et Fayçal. Présence de Wilson est importante aussi car respect des 14 points s’impose. Ce contexte se modifie cependant avec le retrait un peu après des Américains (pas isolationnisme mais volonté de ne pas se lier par des accords). Les Britanniques se trouvent confronter à des révoltes en Irlande, en Inde, des mutineries apparaissent, les difficultés économiques se multiplient. Le communisme menace.
En France, Clemenceau est assez anticolonialiste. Il rencontre Lloyd George et cède aux Britanniques la Palestine et Mossoul où l’on sait que se trouve du pétrole. Les Britanniques abandonnent alors Fayçal et le laissent face à face avec les Français. Par ailleurs, Fayçal et ses officiers sont mal vus par les notables de Damas. Il est aussi débordé par les nationalistes arabes qui proclament le royaume arabe alors qu’il est à Paris où il accepte que son Etat soit sous influence française. Finalement, Fayçal se révolte et est battu par les Français en 1920.
Les Américains envoient une population au Proche-Orient pour demander aux populations sur place sous quelle tutelle elles souhaitent vivre. Mais les rapports faits en 1922 sont enterrés. Français et Britanniques se battent donc pour la Syrie mais sans réel moyen militaire ni financier. Donc est inventé le concept de mandat par le Général Smuts : trois mandats A, B et C selon le degré de retard des populations : C en Afrique dans les anciennes colonies allemandes. A pour celles les plus avancées. Mais tout ceci n’est qu’une forme de colonisation déguisée.

La genèse des Etats syriens et libanais
Par Carla EDDE

Les années 1918-1920 sont une espèce d’entre-deux dans lequel on ne sait pas exactement ce qui se passe : années tournant donc car le Grand Liban que l’on connaît aujourd’hui n’était pas voulu par la majorité des partis dans le débat.

La France au Levant avant et après la guerre

Avant la guerre
La France dans le Levant et l’EO est avant tout la protectrice des catholiques et des maronites libanais (cadre du Mont Liban) avec lesquels le rapprochement date du XVIIe et surtout de 1860 quand la France envoie des troupes protéger les maronites contre les Druzes. La France est aussi le premier banquier de l’Empire ottoman : prêt et investissements surtout dans les infrastructures. La Syrie n’existe pas et le Liban non plus alors dans la réalité de l’époque. Les investissements se font surtout dans la région de la Syrie actuelle. Gros intérêts donc culturels (missionnaires)  et financiers. Politique officielle de la France : « la laïcité n’est pas un produit d’exportation » (Gambetta).
La France veut avoir une politique syrienne : elle prend le risque de déplaire aux Ottomans pour s’ouvrir aux Arabes qu’elle accueille lors du premier congrès de 1912. La France avertit ses alliés britannique et russe que la Syrie sera à elle en cas de démantèlement. La Guerre éclate et semble avoir satisfaction avec l’accord Sykes-Picot. Mais en fait…

Après la guerre
La France est ruinée humainement et matériellement. De principal banquier du monde, elle devient débitrice. Le franc est dévalué de 80% en quelques années. Le mythe colonial joue alors à plein et l’on pense que les colonies vont permettre de dépasser les difficultés. Damas prend une grande importance pour la France qui a désormais un nouvel objectif : la Syrie française. La protection des catholiques passe au second plan. Le Liban doit être inclus dans cette aire de domination.
– seul atout : le libanisme. Les libanistes sont des militants, une minorité agissante, de nationalistes prônant un projet national articulé autour du Mont Liban : ils réclament un Etat libanais élargi, indépendant et avec le soutien français. Indépendance face à l’Empire ottoman mais aussi face aux « arabes » de Syrie. Ce nationalisme s’accorde mal avec les enjeux religieux. La contradiction n’est pas encore évidente à une époque où le nationalisme est une idéologie toute jeune (dernier tiers du XIXe en Europe). Le caractère chrétien maronite de l’Etat désiré est donc passé sous silence. C’est un atout grâce à l’apparition de l’URSS et des EU qui ont dénoncé l’impérialisme européen et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cela donne un argument recevable aux Français.
– Mais Arabes et Syriens disent très vite refuser l’aide européenne et précisément française. Désir d’indépendance sans restriction aucune. Ces  nationalistes « unionistes » veulent l’unité du monde arabe mais sans que ses frontières soient encore délimitées de manière claire. Unionistes par principe donc. Ont le soutien de l’ambiguïté britannique. Ceux-ci ont mis fin à la domination ottomane et possède à la fin de la guerre plus d’un million d’hommes sur le terrain. Les Français 8.000 hommes seulement. Allenby va alors découper les Territoires Ennemis Occupés (TEO) : la France est présente de la Cilicie jusque sur le littoral de la zone bleue mais l’intérieur (en hachures sur la carte) est confié à Fayçal.
La France va donc choisir dans cette situation difficile la conciliation pour réaliser son projet syrien.

Grande Syrie ou Grand-Liban ?

La politique française de négociation
A l’échelle internationale, trois niveaux de négociation :
– Lors de la Conférence de paix de Versailles : France et RU imposent le démantèlement de l’Empire ottoman et l’adoption du principe des mandats reposant sur un compromis entre deux idées : droit des peuples à disposer d’eux-mêmes car durée est transitoire et fruit de conventions internationales pour des territoire reconnus indépendant. Mais reconnaît le principe de la mission civilisatrice européenne face à des peuples en retard. Mais les mandatés ont le droit de choisir leur mandataire.
– Avec Londres, Clemenceau négocie et réclame la Syrie en contrepartie du district pétrolier de Mossoul (25,5% de participation française) et de la Palestine. Londres doit en échange pousser Fayçal à se rapprocher de la France.
– Fayçal et Paris doivent négocier : un certain rapprochement a lieu. Les relations s’améliorent.
Au niveau local : action diffuse et propagande dans les régions que la France occupe sur le littoral en particulier dans la région de Beyrouth. Deux politiques sont mises en œuvre :
– il s’agit de mettre en place une sorte de coordination entre les agents français et les responsables locaux pour montrer localement les bienfaits de l’aide française à venir pour essayer de convaincre les unionistes que la tutelle française serait beaucoup plus rentable que celle ottomane.
– Il s’agit de couper avec l’idée de l’image protectrice de la France envers les seuls maronites. Il faut convaincre d’une certaine impartialité. On distribue donc des rations alimentaires et des mensualités aux foyers qui sont dans le besoin. On gagne ainsi l’appui des démunis qui savent que les distributions viennent des Français mais aussi des élites locales qui servent d’intermédiaires pour faire les distributions.
– Pour se concilier les nationalistes arabistes « unionistes », les Français vont négocier les demandes libanistes. Face aux deux demandes unionistes : unité et indépendance, les Français disent aux unionistes que l’indépendance est impossible (mandat) mais que l’unité est possible pour les unionistes au détriment des libanistes si les unionistes choisissent la France.
o Salim Ali Salam, Ryad el Sohl et Amin Beyhmin sont unionistes et ont des relations très complexes avec Fayçal.
o Petro Trad, Alfred Sursork sont libanistes et finissent par quitter les négociations

Les demandes locales
Une commission est programmée par les accords de paix et la SDN. Britanniques et Français s’en sont retirés mais Wilson veut la maintenir même si les EU n’ont pas ratifié le traité de Versailles. La commission King-Crane fait son travail et le congrès syrien réclame indépendance de la Syrie. Ce congrès veut faire contrepoids aux libanistes mais aussi à Fayçal, bédouin dont on mesure mal le véritable degré d’arabité ou d’arabisme. A l’échelle locale, les musulmans sunnites et chiites mais aussi les druzes font leur les demandes du congrès syrien.
Le résultat le plus net est le rejet de la Grand Syrie française : unionistes ont refusé l’aide française et les libanistes ont refusé le fédéralisme syrien. Le projet britannique est rejeté lui aussi : refus de l’immigration juive.

L’échec ou le succès imprévu de la conciliation
Du coup, les Britanniques se retirent et laissent la place aux Français qui font venir dans la région des contingents  de plus en plus importants de soldats. Pour enclencher le règlement, la France prend deux engagements :
– Clemenceau promet l’indépendance au patriarche maronite d’un Grand Liban sans limites très claires : Liban avec la Bekaa et facilités pour accéder à Beyrouth et à son port mais Beyrouth serait la capitale du mandat français. Le patriarche représente le Mont Liban et est accepté comme tel par les interlocuteurs internationaux.
– Les Français signent un accord avec Fayçal acceptant de fait le mandat sans le citer. Une concession importante des Français tout de même : admission de la Syrie à la SDN et donc Fayçal devient roi de la Syrie pour laquelle les frontières restent à définir. Fayçal reconnaît en échange l’indépendance du Liban sans dire les limites non plus. Il devient donc roi de Syrie à condition de convaincre les unionistes du bienfait de l’aide française.
Il rentre en Syrie et est accueilli très mal. Le Congrès syrien qu’il a fait dissoudre est débordé désormais par des comités populaires beaucoup plus radicaux. Il doit donc reconstituer un congrès mais qui le proclame roi d’une Syrie indépendance et grande. Les libanistes maintenant décident de réclamer indépendance sans l’aide française. Ils tentent de se rapprocher des unionistes pour mettre la France hors-jeu : si les libanistes ne demandent plus son aide, la France n’a plus rien à faire dans la région. Gouraud décide alors d’une vague d’arrestations chez ces libanistes dont des proches du patriarche maronite. Gouraud se rend compte que Fayçal est un allié inutile. L’armée française prend alors l’offensive et les Arabes sont défaits : Damas et les villes de l’intérieur syrien sont occupées. La France a récupéré le mandat sur la Syrie de la part de la SDN. Pour utiliser la force, la France a besoin d’alliés stratégiques que sont les libanistes auxquels tout est finalement donné. Quatre entités syriennes ont été créées : une alaouite, une autour de Damas, une autour d’Alep et une au Sud qui permettent d’enclaver les unionistes.

Le mandat français en Syrie et au Liban
Par Edmond CHIDIAC

Les mandats ne sont pas des colonies. Deux grandes différences :
– Le mandataire doit rendre des comptes au titre de l’alinéa 7 de l’article 22 du pacte de la SDN sur la gestion de son mandat. Les deux puissances ont donc dû essayer d’atteindre leurs objectifs conformément à la charte du mandat de 1922 :
o préparer ces pays au développement
o trois ans pour préparer une constitution
o développement économique
o respect du patrimoine culturel et archéologique…
– le mandat n’a pas de durée fixée mais est destiné à ne pas durer.
Ce mandat est mis en œuvre sur le terrain par un haut-commissariat qui montre justement qu’il y a un projet de développement du territoire sous mandat. Par contre, le représentant de la France contrôle les pouvoirs législatif et exécutif. Structure assez imposante de quelques centaines de fonctionnaires français avec aussi des recrutements locaux.

Le sentiment identitaire

Les élites locales
En Syrie, ce sont des notabilités urbaines minoritaires mais qui tirent surtout leur influence :
– soit de propriétés foncières très vastes grâce à la corruption donnant beaucoup d’influence sur les paysans travaillant pour eux ou chez eux
– soit de fonctions administratives détenues parfois de façon héréditaire dans une famille
Ces élites constituent la classe instruite, qui a accès aux livres et prend conscience de son identité. Quand les Jeunes Turcs essaient de lutter contre eux en marginalisant l’arabe, leur sentiment identitaire se renforce.
Dans les villes portuaires du Liban actuelle se trouvent aussi des minorités instruites et enrichies grâce au commerce qui réagissent de la même manière face aux tentatives de « turquification ».
Dans le Mont Liban cette fois-ci, les villes côtières sont détachées de la « Moutasafiriya » (province qui a un privilège : normalement un territoire qui a cette superficie était un sandjak rattaché à une wilaya. Il était devenu une moutasarifiya [ottoman chrétien non libanais] ne dépendant plus d’un cadi mais directement du sultan. L’armée ottomane ne pouvait pas entrer dans la province. L’ordre était maintenu par une gendarmerie locale. Autonomie budgétaire aussi : si déficit, comblé par Istanbul et si excédent, dépensé dans la province). Cette « Moutasafiriya » qui s’étend sur un tiers du Liban actuel environ allant du Sud de Tripoli au Nord de Saïda et jusqu’à Zahlé à l’Est. Dans cet espace, les élites sont soit culturelles soit familiales (on ne peut pas dire féodale car elles ne possèdent pas de grands domaines fonciers). Bourgeoisie donc née de la première vague d’industrialisation, professions libérales, classe moyennes instruites, familles soutenues par le patriarcat maronite, mais aussi les « drogmans » (interprètes traducteurs et sous protection consulaire).

Les minorités
Ecole hanéfite imposée dans l’ensemble de l’empire. Chrétien et juifs avaient un statut particulier gérant leurs affaires. Mais les chiites eux sont des musulmans considérés comme hérétiques. La loi sunnite hanéfite leur était donc imposée pendant plus de 400 ans. C’est aussi le cas des Druzes.
Le Grand Liban est proclamé en 1920. On y a rattaché des régions composées de populations différentes : les chiites avaient donc intérêt à s’intégrer dans ce grand Liban pour y peser plus que dans la Syrie.
Les familles musulmanes sunnites de ce nouveau Grand Liban, elles, étaient plutôt liées (par mariages, culturellement, commercialement) aux familles des autres villes sunnites de la région : Damas, Homs… Elles soutiennent donc l’idée de la Grande Syrie plus que celle du Grand Liban dans lequel elles sont isolées.

Politique de lutte contre le nationalisme

Division territoriale
En juillet 1920, bataille de Mayssaloun : Fayçal est évincé et perd son trône de Syrie. Les Français vont pouvoir organiser les Etats comme ils l’entendent. 1er septembre 1920 sont proclamés les Etats :
– Grand Liban
– Syrie morcelée : Etat de Damas, Etat d’Alep, Territoire des Alaouites, Djebel Druze (sans ceux du Liban)
o Entre l’Etat d’Alep et le Territoire des Alaouites, se trouve le Sandjak d’Alexandrette qui sera donné aux Turcs à la fin des années 1930.
o D’autres territoires intercalés existent aussi
C’est à Damas que se trouvent les principales revendications politiques indépendantistes. Moins à Alep plus concernée elle par le commerce. Damas se retrouve coupée de son débouché maritime Beyrouth tout comme Homs voire Hama se trouvent coupés de leur débouché qu’est le port de Tripoli. Alep est coupé de la Méditerranée par le territoire des Alaouites. Donc tous sont mécontents de ce découpage, soit pour des raisons politiques (plus à Damas) soit pour d’autres plus économiques (Homs et Alep surtout). Dans toutes les grandes villes, une part des élites au moins se lance dans le combat pour la Grande Syrie.
Pour dépasser ces problèmes, les Français rassemblent tous ces territoires dans une seule entité économique et monétaire. Le Liban va devenir pour les postes et chemins de fer la plaque tournante du commerce régional.

Les relations avec les élites locales
Les Français veulent donc marginaliser l’influence des grands propriétaires terriens en utilisant l’économie : ceci en Syrie avant tout pour « noyer » les chefs nationalistes.
– cadastration des terres pour éviter les fraudes et faire payer des taxes
– volonté de faire émerger une classe de paysans aisés

Manifestations et contestations
Les manifestations vont enflammer le Liban et la Syrie en 1920. En 1922, Damas et Alep ont été rattachés par les Français dans une fédération syrienne afin de calmer les revendications nationalistes. En 1925 se déclenche la révolte dans le Djebel Druze car expropriation et arrestations. La révolte est soutenue par des élites de Damas d’abord druzes mais ensuite plus largement nationalistes. Elle touche en partie seulement le Liban mais surtout le Sud de la Syrie. Il faut environ un an et demi pour la mater. Conséquence : pas de constitution envisageable car il faut des élections pour avoir une assemblée constituante dans laquelle les nationalistes ne soient pas majoritaires. Une première Conférence du Littoral a lieu en 1933 puis une seconde en 1936 : quelques grandes familles libanaises sunnites et des représentants syriens de Damas réclament le rattachement à la Syrie des provinces rattachées au Grand Liban en 1920. Le découpage est donc encore remis en cause.

Le changement des années 1930
On fait un découpage en petites circonscriptions (les cazas), plus petites que les sandjaks pour limiter autant que possible l’influence des familles de grands propriétaires terriens. On déplace les bédouins pour les installer et donc les faire voter dans les espaces où ils peuvent faire basculer le vote. Le résultat : les gouvernements sont dirigés par des modérés. La censure est utilisée aussi pour interdire certains journaux.
A partir du milieu des années 1930, d’autres changements :
– la crise économique de 1929 : refus de dévaluation du franc : politique du franc fort sur laquelle est fixée la livre libano-syrienne. Donc les intérêts français prédominent et rendent la monnaie locale « chère » d’où une baisse des exportations donc moins d’importations aussi : la crise est ressentie de plein fouet.
– Traités signés par la GB avec les pays voisins : Egypte et Irak. Ils essaient de mettre en place des gouvernements locaux indépendants théoriquement mais qui sont liés par des traités donnant des pouvoirs importants aux Britanniques, plus même que s’ils étaient restés des puissances mandataires.
En Syrie et au Liban on intègre, en les appuyant, un certain nombre de nationalistes radicaux dans les « affaires ». De cette manière, ils doivent coopérer avec les Français. Il s’en rapprochent donc et un traité d’indépendance est finalement signé en 1936 avec la Syrie puis avec le Liban (surtout ici pour clamer les sunnites mais pas les maronites qui eux veulent la protection française) : ratifiés par les assemblées syrienne et libanaise. Mais blocage en France car le Front Populaire n’est plus au pouvoir et les tensions montent en Europe mais aussi en Palestine. Le Sénat français ne valide donc pas et ces traités ne sont pas ratifiés. Du coup, les nationalistes nouvellement modérés se retrouvent dans une position difficile et les arguments des radicaux prennent plus de valeur.
Pendant la guerre, le mandat reste fidèle à Vichy jusqu’à ce que les FFL de De Gaulle (Général Catroux) prennent le pouvoir. L’influence britannique devient forte et le général Spears pousse les nationalistes à revendiquer l’indépendance pour évincer la France du Liban. Le délégué de Catroux occupé à Alger, le Général Helleu fait alors une erreur : gouvernement libanais propose à l’assemblée une modification de la constitution supprimant tous les articles relatifs au mandat et au mandataire. Helleu réagit en mettant le gouvernement entier en prison sauf deux ministres. Toutes les communautés réagissent alors en réclament la libération des membres du gouvernement, et les deux ministres créent un gouvernement d’union nationale. Les Britanniques menacent d’un ultimatum. Catroux revient en catastrophe et libère les prisonniers, validant de fait la modification constitutionnelle. Bechara Khoury (Président) et Ryad El Sohl (PM) concluent ensemble le Pacte National. Le 22 novembre 1943, jour de l’indépendance devient fête nationale.

L’œuvre du Mandat

Œuvre législative
Elle passe notamment par la rédaction des constitutions démocratiques et républicaines au Liban comme en Syrie mais chapeautées par le Haut Commissaire qui éventuellement pouvait les suspendre.

Œuvre institutionnelle et administrative
Cadre législatif ottoman très avancé mais l’administration a des visée plus fiscales qu’autre chose. Le mandat crée un cadre plus propice au développement. Il crée une justice moins corrompue et aussi un instrument important : la Banque de Syrie et du Liban qui émet la monnaie. Création aussi d’une administration moderne comme l’Etat civil (obligation d’inscription mais les cérémonies restent religieuses pour ne froisser ni le patriarcat maronite, ni le clergé sunnite), formation de fonctionnaires, cadastration (registre foncier, système de repérage…) : à la fin des années 1930, entre un quart et un tiers des territoires en Syrie et au Liban sont cadastrés. Les listes électorales ont été faites comme l’état civil, c’est-à-dire par confessions. Avancées importantes aussi sur le plan de la fiscalité rationnalisée : fermiers généraux et capitation disparaissent.
Le Mandat a aussi créé un réseau d’écoles publiques. Un réseau avait été créé par les Jeunes Turcs précédemment. Le Mandat a renforcé cela avec un effort sensible. L’école publique au Liban dans les régions chrétiennes n’a pas connu beaucoup de succès car les populations allaient vers les missions étrangères donc des écoles privées. Les musulmans surtout dans les milieux ruraux sont eux beaucoup plus concernés. Les progrès sont importants entre 1924 et 1938 (voir documents). Au Liban ces progrès se font aussi dans les régions nouvellement intégrées. En Syrie l’essor concerne surtout les écoles primaires. Supériorité chrétienne culturellement car l’instruction est plus anciennement organisée et efficace dans le Mont Liban mais aussi dans les communautés chrétiennes de Syrie.

La politique économique
Création d’un budget commun en 1920 qui devient en 1928 la Conférence des Intérêts Communs. Cette institution gère :
– les douanes : à travers la politique douanière se définit la politique commerciale protectionniste ou libérale. Pas de politique réfléchie avant 1934. Jusqu’alors les produits étaient, sauf exception, en fonction de leur provenance et pas de leur utilité pour l’économie. Les divergences font que le Liban s’oriente vers le tertiaire dès le mandat (2/3 de services) alors que la Syrie est tournée vers l’agriculture et la petite industrie : donc le Liban a besoin de libéralisme pour le commerce et le transit alors que la Syrie elle a besoin de protectionnisme. Le Liban est la façade maritime de la Syrie : Lattaquié, après la cession d’Alexandrette, reste le seul port syrien et son trafic est très faible. Les recettes de la douane sont sous le contrôle du Haut Commissaire.
– Les principales infrastructures de communication et de transport : les ports et les chemins de fer mais aussi les postes et les télégraphes
– Les sociétés concessionnaires liées à la Banque de Syrie et du Liban contrôlée en fait directement par la banque ottomane, elle-même à capitaux franco-britanniques.
Les Etats contrôlent un budget propre qui est alimenté par des recettes locales (impôts fonciers…).
En 1918-1919, il y a des envois massifs d’aides mais en 1920 cela stoppe (d’où d’ailleurs la démission de Gouraud). Ensuite, les budgets des intérêts communs servaient à financer les dépenses civiles du Mandat (fonctionnaires notamment). Les dépenses militaires étaient financées par les autorités françaises. Un noyau d’armée fut cependant créé sous l’autorité de l’armée française.

Conclusion
Le Mandat a fait un travail très important sur le plan administratif, législatif, institutionnel, qui a permis aux deux pays de prendre leur indépendance sans trop de difficultés. Par contre, le statut des communautés, la place des minorités (druzes et alaouites en Syrie), les relations chrétiens-musulmans au Liban sont restés des blocages importants. La politique économique n’a pas connu de planification d’où un succès plutôt mitigé.

La question de la Palestine
Par Edmond CHIDIAC

Introduction
Le statut des Juifs dans l’Ancien régime en Europe faisait que le Juifs étaient privés d’un certain nombre de droits : pas d’accès à la fonction publique et à l’armée ; pas de droit de possession de grande propriété ; beaucoup de métiers leur étaient interdits et donc leur principale activité était le négoce et l’usure (la banque). Cette série de privations auxquelles s’ajoutent des pogroms et des massacres collectifs au XIXe dans l’Est de l’Europe mais aussi le développement du nationalisme font émerger le sionisme. L’idée qu’il y a une identité différente débouche sur la volonté d’un Etat. Herzl crée pour cela un Congrès à Bâle en 1896 puis des associations (Alliance israélite, Amants de Sion…) et des circuits de financement de celles-ci faisant deux choses :
– achat de terres en Palestine
– encouragement de l’immigration en Palestine
Le succès de ces actions est quand même mitigé. Il n’y pas de grande colonisation agricole juive en Palestine. A peu près 25.000 juifs au XIXe pour 83.000 en 1922. Succès donc mais pas spectaculaire.

La question identitaire en Palestine

Des intérêts occidentaux séculaires
– Les lieux saints : Surtout concentrés autour des lieux saints remontant au Moyen Age et aux capitulations avec l’Empire ottoman. France, RU et Russie se veulent les principaux protecteurs de ces intérêts dans la région. D’autres sont présents aussi : Autriche, Pape… Jérusalem est essentiel pour les trois religions de la région : Alliance pour les Juifs, mort du Christ, ascension de Mahomet pour les Musulmans
– Intérêts économiques : surtout sur le littoral.

La répartition des populations
Dans les villes du littoral se trouvent toutes les communautés (juifs, chrétiens, musulmans, occidentaux. Les musulmans de ces villes sont généralement plus instruit que ceux des ragions du Sud ou de l’intérieur dans lesquels ils ne se reconnaissent pas vraiment.

La politique du mandat britannique

L’organisation de la communauté juive
Les premières alyas (vagues d’immigrations) sont organisées avec l’appui des associations juives renforcent la présence de cette communauté dans les villes surtout. Les achats de terres se multiplient d’où la création de colonies agricoles. Se développent aussi des activités commerciales. Dans les quinze premières années du mandat, les activités agricoles fonctionnent bien puis les concurrences augmentent tout comme les tensions avec les Arabes de Palestine : l’agriculture perd de son intérêt pour les communautés juives qui ont besoin de la productivité des Arabes mais ne peuvent s’entendre avec eux.
En Allemagne, Hitler arrive au pouvoir fin janvier 1933 et il pousse les Juifs à quitter l’Allemagne en voulant garder leurs biens. Les associations juives s’entendent avec le consul allemand à Jérusalem : les juifs doivent pouvoir aller en Palestine avec une part de leurs capitaux. La part qu’ils laisseront en Allemagne doit donner lieu à un dédommagement en équipement sur place en Palestine qui doit permettre de développer un début d’industrie moderne (jusque vers 1937). Au total, environ un tiers des juifs quittant l’Allemagne viennent en Palestine, le reste allant vers l’Amérique et dans le reste de l’Europe.

L’organisation politique
– Pour les juifs, l’existence des associations citées précédemment facilite cette organisation. Des hommes vont réfléchir et travailler à cette organisation : Jabotinsky, Weizman. Existe par exemple un syndicat : Istadrout. Mais aussi une organisation paramilitaire créée par des officiers juifs ayant servi dans les armées européenne (britannique surtout) : la Haganah. Dans les années 1930, scission avec l’apparition de l’Irgoun (Begin) auquel appartient le Groupe Stern (Shamir). Ils veulent élargir les possessions juives pas seulement par l’achat de terre (Arabes et Anglais sont réticents) mais aussi par la voie militaire. Par ailleurs, politiquement, les Anglais ont créé dès les années 1920 une structure représentative : système d’élections qui au début ne fonctionne pas bien car pour voter il faut renoncer à sa nationalité d’origine pour prendre celle palestinienne. C’est l’Agence Juive. Donc système complet.
– Pour les Arabes, clivage fort entre régions rurales et le littoral et structure clanique avec beaucoup de conflits entre les familles qui essaient de contrôler la Mairie de Jérusalem (famille Nashashibi) et la position de Mufti de Jérusalem (famille Husseini). Ces deux institutions sont convoitées et utilisées.

Les livres blancs
Déclaration Balfour en 1917 promet un « foyer national » juif. Le premier Haut Commissaire britannique en Palestine est Samuel Herbert et il est juif et favorable au sionisme. La première révolte arabe éclate en 1921 et est réprimée assez sévèrement par les troupes britanniques. S’ensuit une visite de Churchill alors ministre des colonies : prend contact avec toutes les parties et publie en 1922 un premier livre blanc traçant les principaux axes de la politique britannique en Palestine. Il limite la zone susceptible de contenir le « foyer juif » à l’Ouest du Jourdain. La Transjordanie ne fait donc plus partie des prétentions juives par décision britannique. L’idée s’impose donc de vouloir être majoritaires dans ce cadre réduit en Palestine pour créer un Etat à terme.
En 1929, la 2ème grande révolte arabe éclate qui aboutit au 2ème livre blanc en 1930. Il pose l’idée de la limitation et de la vente des terres et de l’immigration. Il est très mal reçu par les Juifs et finalement aboli sous la pression en 1931 (hauts fonctionnaires, Lord Rotschild, membres du gouvernement) d’où :
– une méfiance juive, malgré ce recul, à l’égard des  Britanniques qui s’inquiètent des répercussions dans le reste de leurs possessions
– l’accentuation de la révolte arabe malgré des divisions internes entre ceux favorables au travail (les Nashashibi par exemple) avec les Britanniques et ceux qui sont contre (les Husseini par exemple).
Donc en 1939, les Britanniques font un troisième Livre blanc (voir documents).

Conclusion
La guerre éclate en 1939 et les revendications juives en Palestine se font moins pressantes car les Britanniques sont du bon côté, contre les nazis. Les Arabes prennent contact avec les Allemands mais ne sont pas en mesure de mener de grandes actions. A la fin de la guerre, les Britanniques épuisés par celle-ci doivent lâcher la Palestine, la Grèce et l’Inde d’où ils se retirent chaque fois en 1947.
La proportion de terres appartenant aux Juifs en 1947 équivaut à peu près à 7% maximum car beaucoup de biens sont en ville mais aussi parce qu’existe un large domaine public. Ce qui détermine finalement les frontières se décide par les armes en 1948.

L’Irak de 1918 à 1939 sous mandat britannique
Par Christine Assaf

Très ancienne civilisation. Invasions mongols ont beaucoup détruit avant insertion dans empire ottoman sous la forme de trois provinces : Mossoul, Bagdad et Bassorah. Pas d’unité entre ces provinces. Mossoul plus tournée vers le Nord et les Kurdes d’Anatolie. Bagdad tournée vers les provinces syriennes et Bassorah vers le Golfe persique. La Mésopotamie est en fait une marche de l’Empire ottoman face à l’ennemi perse et considéré comme un lieu très peu attractif. Administration difficile, climat peu favorable. Le wali ottoman avait peu de pouvoir et quelques familles notables urbaines avaient la réalité du pouvoir. Mais les citadins étaient minoritaires dans ces provinces. Les tribus dominaient dans l’espace rural. La conscription et la fiscalité sont très mal ressenties par la population donc il est difficile d’en avoir un recensement fidèle. Ce qui caractérise la Mésopotamie, c’est une « culture de la division ». La société est très hétérogène quant aux modes de vie, langues, confessions, ethnies… 90% sont musulmans dans le futur Irak et 10% de minorités dont des chrétiens (assyriens et chaldéens descendant de l’Eglise nestorienne) mais aussi des Yézidis qui se considèrent comme sunnites mais que les musulmans considèrent comme hérétiques, ou encore les Bahai dissidents du chiisme. Les juifs font environ 4% de la population. Chez les musulmans, 58% (des 90%) sont chiites et les sunnites font 42% mais divisés entre Kurdes et arabes. Assabiyya : conscience d’appartenir à un clan (tribu ou famille élargie) est très importante dans la région et en Mésopotamie ce qui gène l’émergence d’un Etat. Cela soit parce que l’Etat est trop faible et il faut un clan pour survivre et se développer, soit parce que l’Etat est trop fort et oppresseur et donc le clan protège. Les Chiites sont issus des tribus remontées d’Arabie vers le Nord à la recherche de pâturages et installées sur les bords du Tigre et de l’Euphrate réunis dans le Chaat el Arab. Tribus converties au chiisme en Irak où se trouvent les villes saintes de Najaf, Kerbala, Samarra (Ali et Hussein y ont été assassinés ; croyance pas en les califes mais en les douze imams dont le derniers assassiné dont ils attendent le retour : le mahdi). Il y a plusieurs écoles (marja’a).
A la veille de la première guerre mondiale, il y a des transformations avec les tanzimats : presse, école, formation dans les écoles militaires d’Istanbul, contrecoup de la turquification et donc sensibilisation au nationalisme arabe. Mais surtout transformations économiques dues aux contacts avec les Britanniques par le Sud : monnaies, transports fluviaux et maritimes, intégration dans l’économie de marché d’où l’enrichissement de certains grands cheikhs chefs de tribus.

La naissance de l’Irak et la mise en place de la monarchie

De la première guerre mondiale à la grande révolte de 1920
Dès 1914, les Britanniques occupent Bassorah et leur gouverneur est Sir Percy Cox jusqu’en 1917. Il est proche du gouvernement des Indes qui veut intégrer ce territoire mésopotamien. Mais la population surtout chiite est très sensible au jihad lancée par le sultan et des combats commencent aux côtés des ottomans contre les Britanniques qu’ils arrêtent à Kut al-Umara en 1917. Mais les Britanniques prennent Bagdad et appliquent une administration directe sur le territoire suscitant la révolte d’une grande partie de la population surtout chiite qui se révolte dans la région de Najaf en 1918. Finalement, les Britanniques décident de mettre l’Irak sous mandat. Ils se présentaient comme des libérateurs et lancent un référendum pour voir quel genre de gouvernement veut la population :
– favorable à un Etat arabe sous mandat britannique ?
– voulez voius un émir arabe ?
– qui ?
les chiites demandent un Etat arabe et islamique avec à sa tête un des enfants du chérif Hussein (4 fils : Ali, Fayçal, Abdallah et Zeid). Les Sunnites réclament un Etat arabe mais non islamique. Dans tous les cas on demande l’indépendance. Les Britanniques truquent les résultats et font apparaître une demande de mandat britannique. La conférence de San Remo en avril 1920 entérine cela et suite à celle-ci éclate une grande révolte en 1920 qui unit chiites, sunnites et tribus du moyen Euphrate et du Sud mais aussi élites urbaines. Révolte partie des mosquées à l’appel à l’origine des religieux chiites. Elle dure 5 mois durant lesquels les britanniques sont chassés du moyen Euphrate. Mais ils finissent par la mater grâce à l’aviation notamment mais aussi au manque de coordination, à l’arrestation de chefs, au manque d’armement moderne et aussi parce que deux défections :
– en juillet 1920, les officiers de Fayçal lâché par les français ont besoin des anglais
– les cheikhs tribus achetés par les anglais se désolidarisent de la révolte.

Vers la monarchie
Les britanniques forment un gouvernement provisoire avec à sa tête le chef des chérifiens de Bagdad, Al Gaylani, puis font couronner Fayçal roi en mars 1921 suite à la Conférence du Caire qui réunit toutes les éminences grises britanniques de la région (Gertrude Bell, Percy Cox, Clayton pour le Caire, Samuel Herhert ou encore Lawrence d’Arabie). On décide de faire donc de Fayçal le roi d’Irak et d’Abdallah roi de Transjordanie qui y était localisé avec ses troupes depuis la révolte de 1920. Churchill ne veut pas que cela passe sous domination française et Abdallah l’intéresse donc mais celui-ci accepte le projet seulement si intégration future de la Palestine.
Après cela il faut élire une assemblée en Irak pour ratifier un traité instituant le mandat britannique en Irak. Désormais Britanniques se rendent compte qu’ils n’ont pas les moyens d’une administration directe et veulent donc contrôler via des pays autonomes. Les marja’a chiites lancent alors des fatwas contre ce processus politique et les élections : les grands leaders sont alors exilés en Perse par les Britanniques. La nouvelle assemblée élue signe finalement le traité en 1924 :
– l’administration est contrôlée par les Britanniques qui ont un droit de veto
– prise en charge des frais d’occupation britanniques par les irakiens
– Irak n’a aucun droit sur l’exploitation pétrolière
– deux bases aériennes pour les Britanniques : Bagdad et Bassorah
– demande le respect des droits culturels des Kurdes (enseignement et administration) : car traité de Sèvre avait créé un Kurdistan autonome annulé par le traité de Lausanne et manœuvre de Kemal avec l’URSS contre les Républiques caucasiennes et donc le Kurdistan
– maintien de la législation tribale à part de la législation nationale

[Le Baas a une idéologie (modernisation, laïcité, préoccupation économique et sociale voire socialiste) qui précède son accession au pouvoir. Le pouvoir corrompt ensuite cette idéologie.]

La question du pétrole
Il est connu depuis l’Antiquité pour la médecine mais aussi l’armement (feu grégeois) et le calfatage des navires. Premières exploitations en Roumanie et à Bakou puis aux Etats-Unis et en Indonésie au XIXe. Importance grandissante mais devient vraiment stratégique quand on l’utilise dans la marine avec la chauffe au mazout. Churchill visionnaire sur ce point. Quelques compagnies exploitent ces ressources : Royal Dutch en Indonésie, Shell autour de Bakou qui fusionnent au XIXe dans la Royal Dutch Shell. Les seuls gisements en exploitation au Moyen Orient avant la première guerre sont en Perse à Abadan exploité par un Britannique, William Knox d’Arcy, dont la société est la « Anglo Persian Oil Company » (APOC). L’Amirauté britannique prend la majorité des parts dans cette entreprise pour avoir des ressources indépendantes des Etats-Unis et de la Russie. Un autre homme d’affaire Gulbenkian prouve l’existence de ressource dans le Nord de la Mésopotamie autour de Mossoul et en 1912 se crée la Turkish Petroleum Company possédée à 45% par l’APOC, 25% à la Royal Dutch Shell, 25% à la Deutsche Bank (banque d’investissement allemande dans l’EO) et 5% à Gulbenkian. C’est pourquoi les Britanniques réclament Mossoul à Clemenceau. La TPC devient Irak Petroleum Company (IPC) : 23,75% à l’APOC, 23,75% à la Cie Française des Pétroles, 23,75% à des Cies US et 5% à Gulbenkian. Il faut des pipe-lines pour exporter ces ressources : deux embranchements
– un par territoires français jusqu’à Tripoli
– un par territoires britanniques à Haiffa

Le règne de Fayçal de 1921 à 1933

La constitution de 1925 et le projet de Fayçal
En 1925, l’Irak devient une monarchie constitutionnelle avec de très larges pouvoirs au roi. Le code de la nationalité exclut les chiites sauf ceux qui avaient la nationalité ottomane et donc beaucoup doivent aller en Perse. La monarchie s’appuie sur les Britanniques et sur l’entourage de Fayçal, officiers chérifiens, mais encore sur les notables urbains sunnites, aussi sur les grands propriétaires fonciers. Sont exclus du pouvoir la majorité de la population constituée par une paysannerie quasiment asservie aux Cheiks tribaux. Les Kurdes ont été intégrés à l’armée mais pas au pouvoir politique. Chiites sont exclus de tout mais s’excluent eux-mêmes aussi.
Fayçal doit d’abord construire un Etat à partir de trois provinces (75%) essentiellement rurales et largement analphabètes (90-95%), un taux de mortalité infantile très élevé et une population très hétérogène avec des tribus puissantes.
– L’éducation est une priorité pour moderniser le pays mais surtout pour lui fournir des cadres administratifs même si les Britanniques, méfiants, freinent ce mouvement. Les écoles publiques se multiplient et attirent les classes moyennes sunnites alors que les chiites refusent d’envoyer leurs enfants. Le programme pédagogique avait été en effet élaboré par Cati al Huçri et mettait l’accent sur la nationalisme arabe, le patriotisme, dans une certaine mesure la laïcité.
– L’armée est favorisée aussi par Fayçal pour soutenir l’Etat par la force et pour en faire un creuset national. Elle recrute dans les classes moyennes sunnites encore une fois ou dans des milieux plus populaires encore qui voient là une possibilité d’ascension sociale, mais encore les Kurdes. Les Britanniques avaient eux recruté des forces auxiliaires chez les Assyriens chrétiens rescapés des massacres turcs en Anatolie : les « levies » qui protégeaient leurs bases. L’armée dépendait largement des Britanniques.

Vers l’indépendance ?
En 1930, les Britanniques acceptent de négocier l’indépendance de l’Irak et son entrée à la SDN. Mais maintien d’une alliance pour 25 ans et de bases militaires et aériennes. L’Irak se voit verser des royalties sur son pétrole mais en contrepartie un certain contrôle britannique sur les affaires étrangères. La SDN recommande le respect des droits des minorités mais dès juillet 1933, les Assyriens qui avaient demandé leur autonomie au sein de l’Irak, sont massacrés par l’armée irakienne : étant étrangers et perçus comme les éléments de la domination des Britannique désormais partis.

En septembre 1933, Fayçal meurt désabusé face à l’ampleur de la tâche. Il est malgré tout le créateur de la nation irakienne. Les Britanniques ont malgré tout apporté un encadrement de fonctionnaires de très haute qualité. C’est à cette époque que l’arabisme se développe.

Son fils Ghazi, peu intéressé par l’Etat et assez frivole, lui succède entouré par des proches de son père dont Yasin al-Hachimi et Nuri Saïd bras droit de Fayçal. On décide d’établir la conscription en 1934. Les tribus, les Yezidis, les Kurdes se révoltent mais l’armée matent ces révoltes dans le sang en 1935 et l’armée prend une place encore plus importante d’autant que l’administration est faible et la monarchie affaiblie par le décès de Fayçal. La fiscalité favorise les grands propriétaires. La Bagdad Bahn est finie et l’Etat s’intègre et se construit mais en 1936, premier coup d’Etat militaire du monde arabe par deux hommes : un Kurde (Baqr Sidki) et un turkmène d’origine (Hikmat Suleyman). Trois éléments dans la politique irakienne : l’irakien, le kurde et le panarabe sont en concurrence. Finalement les « panarabistes » plus nombreux dans l’armée renverse ces deux officiers et remettent Nuri Saïd au pouvoir

L’Irak est aussi un Etat qui s’investit dans les causes arabes comme la Palestine en 1931.

La fin des mandats
Par Carla EDDE

La fin négociée des mandats et ses limites

Les territoires sous domination britannique
En 1920, mandat sur l’Irak et dès 1922, le RU envisage déjà de signer un traité qui soit presque d’indépendance avec l’Irak. A la même date, l’Angleterre impose un traité à l’Egypte sans négociation. Des traités sont finalement signés avec l’Irak en 1930 et l’Egypte en 1936.
Pourquoi ces traités ? Pourquoi ce libéralisme ? Les raisons sont nombreuses :
– coût du « fardeau » colonial à un moment où le RU a de grave problèmes dans des zones éminemment plus stratégiques (Irlande, Inde)
– graves problèmes économiques et sociaux en Angleterre même dans l’entre-deux-guerres
– l’essentiel est de contrôler des voies, des points de passage et la technologie de plus en plus maîtrisée rend cela possible sans véritable colonisation. Quelques bases suffisent pour l’empire dont on a une vision pragmatique. D’où à la même époque la création du Commonwealth
– l’idée qu’en prenant les devants, le RU peut en imposer les termes
Voir le document pour les principales idées à retenir (solidarité et utilité militaire ; contrôle sur le canal ; condominium maintenu sur le Soudan).
Pas d’autres possibles indépendances dans le voisinage britannique.

Les entités sous mandat français
En Syrie, mandat mis en place par la force et maintenu ainsi. C’est un échec. Y compris par des interventions militaires devenues nécessaires mais coûteuses en 1925 et 1927 face à de grandes révoltes. Remobilisation forte en 1935 au moment où les Britanniques négocient en Egypte : « grève des 50 jours » et offensive des nationalistes. Le pays est ingouvernable. Les nationalistes syriens (« unionistes ») se rapprochent des libanais « libanistes », dialoguent avec le patriarche maronite (Arida). Constitution du Liban suspendue en 1932 suite à des tensions et rétablie seulement entièrement en 1937. Même les libanistes commencent à réclamer l’indépendance et un traité. Du coup les responsables français s’orientent vers cette idée en 1936. Par ailleurs, des changements en France jouent aussi : le Front Populaire arrivé au pouvoir en 1936 ; la montée en puissance de la menace allemande. Préserver les intérêts en Syrie-Liban par la négociation est donc préférable : ne pas multiplier les fronts éventuels.
Négociations donc à partir de mars 1936 à Paris pour éviter la pression locale. Un traité d’amitié et d’alliance est signé le 9 septembre 1936 : il préserve le maintien de bases militaires mais fait des concessions sur l’unité de la Syrie (fusion des différents Etat) mais aucune sur le Grand Liban. Les nationalistes syriens acceptent.
C’est un traité de fait qui instaure l’indépendance et un Etat syrien mais sans le dire officiellement. Des garanties sur les intérêts économiques et culturels sont acquises par la France.
Avec le Liban, traité signé en octobre 1936 : occupation militaire sans changement ou presque mais le Liban accède à la SDN. Français satisfaits et libanistes aussi qui craignaient la Syrie en cas de départ des Français. Prévu donc pour l’indépendance et l’entrée à la SDN en 1939. Mais finalement le parlement français tergiverse et refuse en 1938 de ratifier ces traités. Le gouvernement a changé mais surtout, deux courants s’opposent : ceux parmi les hauts fonctionnaires qui voulaient un traité et ceux qui ne voulaient faire aucune concession signe de faiblesse.
Avec l’entrée en guerre, suspension de la constitution syrienne, désunion territoriale (retour aux quatre entités) et rétrocession illégale du Sandjak d’Alexandrette à la Turquie. Au même moment, les Britanniques reprennent pied en occupant l’Egypte et l’Irak.

L’émancipation syro-libanaise

Les percées allemandes dans l’orient arabe
Fascination pour un Etat fort et surtout ennemi commun qu’est la France mais aussi le RU font que les sympathies sont nombreuses pour l’Allemagne au Proche Orient. Ouvertures et contacts sont faits avec des officiers et même Hitler. Trois promesses sont faites par les nazis : émancipation, union, fin de la menace sioniste en Palestine.
En Irak, coup d’Etat de Rachid Ali Qilani en avril 1941 aidé par un pont aérien allemand via la Syrie pour tenir tête aux Britanniques. Les nazis eux souhaitent saper la puissance britannique.

Offensive britannique en Syrie-Liban
En réaction au soutien apporté par la Syrie au pont aérien allemand. Ils y associent la France Libre qui elle ne veut pas se laisser évincer de ses territoires alors même que Vichy semblait les avoir préservés. Elle veut aussi mettre la main sur une armée coloniale de 35 à 40.000 hommes. Les Anglais espèrent ainsi ne pas avoir à se battre contre l’armée française vichyste. Offensive lancée le 8 juin 1941 mais combats pendant plus d’un mois et probablement autour de plusieurs milliers de morts. Bataille surtout dans le Liban Nord (cf ouvrage de Le Corbeiller). Finalement, le 8 juin, sur « invitation » de Londres, le Général Catroux qui connaît la région (délégué du Haut commissaire dans l’Etat d’Alep en 1920-22 notamment) fait une déclaration dans laquelle il abolit le mandat et donne l’indépendance sous condition de la signature d’un traité « dès que possible ». L’autorité politique semble donc rester aux mains des Français mais le contrôle militaire sur le terrain est britannique ; situation assez comparable à celle de 1918-19. Finalement sous pression britannique, les constitutions sont rétablies et des élections organisées en 1943.

L’offensive syro-libanaise
Les responsables locaux se rendent compte que l’opportunité existe de gagner l’indépendance en profitant de la présence de l’armée britannique sur le terrain. Les libanistes, alliés aux unionistes se lancent dans le combat suite à un accord informel : la Syrie ne remet pas en cause les frontières du Liban et celui-ci accepte en contrepartie une solidarité arabe de principe et donc la fin de la demande de protection envers les Européens et les Français notamment. S’il faut agir politiquement donc, les libanistes doivent le faire eux car ils auront plus de légitimité. D’où la déclaration ministérielle de Riad el Sohl du 7 octobre qui enclenche un processus qui se termine le 8 novembre par le vote des amendements supprimant toute référence au mandat. Le 11 novembre, les Français procèdent aux arrestations des leaders nationalistes. Sous la pression britannique, la France doit cependant vite les libérer mais ne cède pas allant même jusqu’à bombarder Damas alors que la Syrie a procédé aux mêmes amendements constitutionnels le 27 novembre. La France veut, contre ces indépendances, des traités qui lui garantissent des privilèges dans la région. Les Syriens malgré tout sont près à concilier car ils craignent les projets de Grande Syrie britannique à partir de la Transjordanie ou de l’Irak (projets d’Union Arabe fédérale de la Palestine à l’Irak), projet d’ailleurs que les Britanniques ne rejettent pas forcément comme solution aussi en partie au problème juif en Palestine : une petite entité judéo-chrétienne contre une grande entité arabe pour compenser.
L’Egypte prend les devants et engage des pourparlers bilatéraux au sujet de l’Unité arabe qui aboutissent à la création de la Ligue Arabe minimaliste fruit de visions très divergentes (Egypte et Syrie / Irak et Transjordanie / Liban et Arabie Saoudite) en mars 1945. L’Irak (1958) et l’Egypte (1952) mais aussi la Transjordanie (1954) restent lié à l’Angleterre par traité. D’où aussi l’échec de la guerre de 1948 : les émancipations nationales, l’effacement des rivalités internes, la construction de leurs structures internes sont les priorités de ces Etats.

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